Ceci est mon corps, ceci est mon sang

 

Ceci est mon corps, ceci est mon sang.

Ces paroles mémorables, consacrant le mémorial de la passion et de la mort de Jésus, nous plongent d’emblée dans le mystère de l’Amour et du don total. Jésus se fait totalement don à l’humanité qu’il rachète au nom de son amour dont il aima les siens jusqu’au bout.

En cette solennité du Saint Sacrement, le Seigneur nous rappelle le fondement de sa mission. Elle est en effet une œuvre d’amour qui se manifeste de façon tangible dans l’existence terrestre de Jésus. De l’Incarnation jusqu’à la Croix, se déploie une vie où Jésus a toujours accepté de partager avec les démunis et les rejetés de la société leurs souffrances, en les guérissant et en leur procurant la consolation par ses actions heureuses de la providence. C’est bien évidemment ce que traduit l’évangile du jour, où Luc présente Jésus qui nourrit d’abord les foules par le pain de la Parole et ensuite par le pain matériel.

L’enseignement que Jésus donne aux foules nombreuses, montre l’importance pour l’être humain, de soigner sa dimension spirituelle sans négliger sa dimension corporelle que Dieu a créée par amour. Jésus alimente ainsi l’âme et le corps pour signifier le salut intégral qu’il accorde à l’homme par sa passion et sa mort continuellement renouvelées et rappelées dans l’Eucharistie, le Saint Sacrement, Sacrement par excellence du don.

Le don de Jésus appelle en réalité l’abandon qui doit témoigner de la réponse de l’homme à l’Amour divin. Le Corps et le Sang de Jésus que nous recevons comme nourriture de la foi, fortifient en nous l’élan qui nous pousse à nous consacrer sans réserve au Christ en tâchant de devenir ce que nous recevons : l’amour. Vivre de ce Sacrement par lequel Dieu se donne, c’est accepter d’être au milieu de nos frères, un reflet de l’amour évident du Christ à travers une noble attitude de considération de l’autre, de respect de sa différence et d’abnégation pour soulager le plus fragile dans la vulnérabilité de sa condition.

En prenant le Corps et le Sang du Christ, souvenons-nous toujours de cette exigence de charité qu’est l’attention aux autres, bien concrète dans le ministère de Jésus qui jamais ne s’est dérobé à ce devoir de sollicitude vraie et tangible. L’étranger qui passe devant notre maison demandant l’hospitalité nous rappelle ce devoir, tout comme le mendiant dans un coin de la rue ou le malade invalide de ma communauté, obligé de rester seul et confiné chez lui. Par ailleurs, le repas d’amour que nous prenons dans l’Eucharistie, éclaire et éveille en nous le sens de la communion des membres du seul Corps que nous formons, et où la solidarité permet de produire de véritables fruits d’amour en vue du Royaume.

Le Sacrement du Corps et du Sang du Christ, fait sonner pour nous, l’urgence du don et de l’abandon. Puissions-nous à chaque communion à ce grand Mystère, redécouvrir la signification profonde de la Rédemption qui en appelle à notre sens de charité. Daigne le Seigneur nous faire grandir encore plus dans son amour.

 

Soeur Pascaline Bilgo op

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Solennité de la sainte Trinité

Parler de la Trinité parait pour nous un risque, car nous risquons de déformer dans nos pensées la réalité de la personnalité de Dieu, et de faire de Dieu une idole. Nulle part, nous ne trouvons la Trinité. Et pourtant, Notre Dieu est celui qui, par excellence, se veut en relation avec les hommes. C’est le Dieu de l’Alliance. Que nous enseignent les lectures de cette solennité qui occupent une place centrale dans notre foi ?

L’aspect trinitaire dans la prière : la prière est une participation dans la vie de la Trinité. La dimension du père dans la prière est notre transcendance. C’est un don de soi ; un amour. La dimension de l’Esprit est une imminence. Nous sommes conscients que l’Esprit n’est pas l’objet de la prière mais le sujet de notre prière. L’Esprit Saint nous rend capables de prier et d’appeler Dieu, notre Père, « Abba ». La dimension du Fils est la transparence et l’ouverture. Par nature les êtres humains sont ouverts. Cette ouverture, cette disposition est nécessaire et primordiale dans la rencontre et la  découverte de l’autre. Tout chrétien doit mettre le Christ au centre de sa vie. Jésus a le Père comme le centre de sa vie. Qui  est le centre de notre vie ? Si Jésus est le centre de notre vie, alors notre vie doit changer. Elle doit se transformer. Ainsi nous pourrons dire avec Saint Paul dans la lettre aux Galates, « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. » (Gal.2 :20). La dimension trinitaire dans la prière nous invite à avoir une vie centrée sur l’amour du Dieu Trinitaire ; qui est notre « source de vie » fondamentale.

La Sainte Trinité est un mystère. Nous ne pouvons pas le définir, le décrire ou l’expliquer avec des mots humains. Nous pouvons seulement faire l’expérience. En ce sens, l’amour du Dieu-Trinité reste la clé pour comprendre le mystère de la Trinité. Jésus nous le rappelle dans ces paroles : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. » (Jn 14 : 22-23). Jésus continue de nous révéler la nature de Dieu le Père et Dieu l’Esprit Saint. Il nous montre son Père comme un Dieu de compassion ; un Dieu miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour. Il est un Dieu aimant. Jésus rappelle à la foule réunie, « Voyez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? […] Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, mon Père les revêt. Ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! Alors je vous le déclare : Ne vous inquiétez donc pas en disant : Qu’allons-nous manger ? Qu’allons-nous boire ? De quoi nous allons-nous vêtir ? Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroit. » (Mt. 6 : 26-34).

Jésus nous a appris à prier ainsi, « Notre Père qui es dans les cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne arrive, que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6 : 9-10).

Il nous exhorte à la perfection : « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Considérez tous comme vos frères et sœurs et aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Mt. 5 : 43-48).

Jésus nous présente son Père comme un Père miséricordieux qui attend le retour de son fils et lui accorde un pardon sans condition, tout en l’accueillant non pas comme un serviteur mais son fils ; et supplie le fils aîné d’accueillir et d’accepter son jeune frère que « voilà était perdu et il est retrouvé ! ». (Lc. 5 : 11-32).

Quand l’apôtre Philippe demanda à Jésus, « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit ». Jésus a  répliqué, « Qui m’a vu a vu le Père. Croyez en moi ! Je suis dans le Père et le Père est en moi ». (Jn. 14 : 8-11).

Jésus nous rappelle dans l’Evangile de Jean que, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jn.3 : 16).

Au baptême du Seigneur, nous avons la présence du Dieu Trinitaire. « Aussitôt baptisé, Jésus remonta de l’eau ; et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venue des cieux disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. » (Jn. 3 : 16-17). Toute chrétienne, tout chrétien est invité(e) à avoir son expérience personnelle de Dieu avant de commencer sa mission de la proclamation de la Bonne Nouvelle ; du message d’amour de Dieu miséricordieux.

Maintenant, posons un moment notre réflexion sur Jésus, la deuxième personne dans la Trinité. Paul nous présente le Christ crucifié d’une manière belle dans l’Epître aux  Philippiens en ces termes, « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans cieux, et que toute lange proclame, de Jésus Christ, qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. » (Phil. 2 : 6-11).

Méditons un tout petit peu sur le Saint Esprit. Il est le second plus grand don envoyé par le Père après Jésus. Il est le vent qui souffle, la langue de feu descendu sur les Apôtres et Marie la mère de Jésus à la Pentecôte. Il est le chemin et la force des Martyrs. Il est l’eau qui donne vie ; cette source intarissable ; celui qui nous fortifie. Il est le conseiller qui prend un total contrôle sur nous si nous nous mettons entièrement à sa disposition. Sommes-nous conscients que le Saint Esprit soit déjà au travail parmi les gens à qui nous prêchons la bonne nouvelle ? Pendant que Paul prêchait, le Saint Esprit ouvrit les cœurs des fidèles afin qu’ils puissent accueillir la Parole de Dieu. Avant de commencer notre prédication, l’Esprit du Seigneur agit en nous et dans nos interlocuteurs. Jésus continue de nous envoyer l’Esprit du Père pour que  nous soyons témoins de son amour jusqu’aux extrémités de la terre.

Aujourd’hui, nous faisons toujours l’effort avec la grâce de l’Esprit Saint de comprendre le mystère de la sainte Trinité en commençant et en terminant nos prières et nos rassemblements par « Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit ». De même, le prêtre bénit l’assemblée lors des célébrations avec la prière suivante : « La grâce de Notre Seigneur Jésus, l’amour de Dieu le Père, et la communion de l’Esprit Saint soit toujours avec vous, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

Sœur Catherine ZONGO   

Pentecôte

21 Arcabas Trinité
Eglise de St-Vincent de Paul à Grenoble
180 x 180 cm
Huile sur toile 21
http://arts-cultures.cef.fr/
ARTS CULTURES FOI… Des artistes exposent

Absence.

Depuis dix jours déjà le Christ ressuscité est remonté vers le Père. Perte encore. Nous avions dû faire le deuil de Jésus de Nazareth en cet hiver du Vendredi Saint. Du cœur de la mort, il était ressorti victorieux. Son corps à nouveau, autre, et pourtant le même, nous était rendu. Une voix, une manière d’aimer, les marques des clous aussi. Et puis, 40 jours plus tard il s’en retourne, définitivement, vers le Père.

N’avez-vous pas senti, depuis l’Ascension, comme un vide, un silence ? Pourtant notre cœur ne demeurait-il pas brûlant ?

La Pentecôte arrive alors tel un accomplissement. Il ne nous a pas laissés orphelins, il vient. Promesse d’une présence intime autant et universelle, du cœur de l’absence.

Jésus nous livre son secret. Il nous le confie, don intime et précieux qu’aucune puissance se saurait nous arracher : son Esprit de vie et de vérité est pleinement en nous. Pour tout temps.

Car nous sommes au début du temps, inauguré par la résurrection. Temps de l’amitié du Fils. À l’ami est promis qu’il accomplira des œuvres aussi grandes que le Fils. Lui aussi connaîtra le Père, est aimé de Lui, vit en Lui. L’antique promesse biblique « je serai avec toi » est accomplie. Dans l’absence, sa présence ne saurait nous manquer.

Mystère divin.

Mystère humain. « Je m’en vais et je viens vers vous ». La mort qui n’est pas que séparation mais aussi communion. « Il a rendu son dernier souffle », disons-nous souvent devant la mort d’un proche. Oui, le dernier souffle est donné mais non perdu. Il est transmis. Mystérieusement légué. C’est avec une infinie pudeur, crainte, que nous l’écrivons, tant des séparations peuvent être tragiques et inconsolables.

Mais la Pentecôte, pas plus que les autres mystères de notre foi, n’est affaire seulement religieuse. Se dit de l’essentiel pour l’existence. Le plus réel, secret parfois, discret toujours, est là, disponible : L’esprit du Fils, donné par le Père, ne peut faire défaut aux croyants, à tous et à chacun, comme le si singulier des visages aimés continu à se faire tangible du sein de leurs retraits. Un réel qui nous rend meilleur.

Mais notre évangile évoque une autre promesse. La liberté. L’esprit de vérité nous enseignera, nous fera nous souvenir de « tout ce que je vous ai dit moi ». Le Paraclet, le Défenseur, a autorité pour transmettre une Parole vivante qui se donne en partage. Le souffle de Dieu, présent à notre esprit, n’est pas répétiteur du passé ; mais créateur fidèle pour l’aujourd’hui de l’Église. À qui écoute est ainsi promis qu’il saura répondre. Là où il se trouve ; en sa propre histoire et sensibilité. L’Esprit nous rend libre pour répondre de la justice, de la paix et de la vérité. Humblement. Aucune incertitude n’est épargnée au croyant. Mais il cherche avec la sûreté du compagnonnage du Défenseur, du cœur des tâtonnements, des égarements peut-être. Il ne fera pas défaut à qui l’implore. Il est tissé avec l’intime de notre conscience. Nous pouvons alors nous aventurer, chacun dans sa langue, sans perdre le souffle ! Sa présence est définitive.

Véronique Margron op  

Appel à témoins

 

En novembre 2018, l’Assemblée plénière des Évêques de France (CEF) puis celle des Religieux et Religieuses de France (CORREF), votaient la création d’une commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE). M. Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État en était nommé président. Quelques semaines plus tard, ce dernier annonçait la composition de sa commission, avec des membres retenus pour leur indépendance et leur excellence professionnelle. Depuis lors, elle a reçu nombre de grands témoins, d’associations de victimes et par ailleurs des dizaines de courriers de témoignage.

Cette semaine, la commission lance un grand appel à témoins (voir 2019-06-03 CIASE – Communiqué de presse), car rien ne pourra changer si la parole n’est pas d’abord donnée aux victimes et aux témoins d’abus et d’agressions sexuels sur mineurs comme sur personnes en situation de vulnérabilité.La priorité est que soit exprimée et recueillie la parole de ceux qui ont souffert et souffrent dans leur chair, comme dans le tréfonds de leur âme.

Sans cette reconnaissance, pas de mémoire.

C’est là un travail vital pour tenter de toucher vraiment l’ampleur du mal commis, des traumatismes subis, de la façon dont le déni, le silence et la complicité parfois sont venus les redoubler.

Ce travail ne guérira malheureusement pas les vies bouleversées, blessées, parfois brisées. Mais il permettra d’entendre, de comprendre ce qui peut et doit l’être, de prévenir et de proposer, publiquement, de nouvelles voies pour sortir de ces pages scandaleuses et tragiques.

Je sais qu’aujourd’hui des victimes ou des associations de victimes ne font pas confiance à cette instance la pensant encore inféodée à l’Église car nommée par elle. Ce sera à la commission de prouver, à chaque pas, son indépendance pour gagner leur confiance. Je la sais déterminée dans ce travail de vérité au service de celles et ceux qui n’ont que trop souffert et, profondément, de l’intérêt général.

Alors mes amis, si vous avez été victime, si vous connaissez des victimes, si vous avez été témoins, d’une manière ou d’une autre, appelez le numéro dédié, ou adressez un courriel ou un courrier postal. Cela, autant qu’il vous est possible.

Véronique Margron op.

Vous retrouverez ces coordonnées sur le site d’RCF :  (Edito de RCF du 4 juin 2019)

Téléphone : 01 80 52 33 55.

Courriel : victimes@ciase.fr


Adresse postale : Service CIASE – BP 30 132 – 75525 Paris cedex 11

 

 

 

Les yeux levés au ciel, Jésus priait

Dans évangile de Jean proposé pour la liturgie d’aujourd’hui, nous lisons la fin de la « Prière sacerdotale » de Jésus à son Père. Nous situant dans ce contexte, nous pouvons facilement nous imaginer cette scène : Jésus est à la veille de sa mort, le Jeudi soir. Après avoir fait longuement certaines confidences importantes à ses disciples qu’il va quitter bientôt, devant eux Il s’adresse au Père, Il le prie intensément, du fond du cœur.

Il est vraiment intéressant pour nous de constater que dans les évangiles, celle-ci est la plus longue prière que Jésus a adressée au Père…« Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront  leur parole et croiront  en moi » Jésus a donc prié pour toutes celles et ceux qui au cours des âges à venir croiraient en Lui ; il a prié pour toi, pour moi. A ce moment là, Jésus n’avait que trente trois ans. Depuis trois ans il avait constitué une communauté avec 12 hommes qu’il avait appelé et avec qui Il avait organisé une « école de vie ». Malgré le fait que l’un des douze qu’il avait choisi l’a vendu, et que seulement Jean l’accompagnera au moment de sa mort, Jésus « prie » intensément pour ceux qui « accueilleront sa parole et croiront en Lui dans l’avenir…

Mais qu’est-ce que Jésus demandait au Père pour les croyants?

 » Qu’ils soient un, comme toi, Père tu es en moi, et moi en toi »

Voilà le souhait fondamental de Jésus pour son Eglise: l’UNITE. Cette unité d’abord pour l’Eglise naissante qu’il a formée, mais aussi pour notre Eglise d’aujourd’hui, dans la crise si cruciale que nous vivons. Oui, L’UNITE est l’un des thèmes douloureux de l’actualité, surtout depuis un certain temps. En tant que membres de cette Eglise, quel est notre apport personnel et communautaire, pour la construire, la reconstruire?…

En cette prière, Jésus nous apparaît avec une grande lucidité. De la même manière qu’il a pressentit les foules qui croiraient en Lui, il a aussi pressentit un grand nombre de drames et de « divisions » entre les croyants à travers le temps, l’espace et les circonstances de la vie.

« Comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi »…

Le modèle donné par Jésus aux Chrétiens, c’est la Trinité: à plusieurs, ne faire qu’un. C’est dans le respect des légitimes différences que l’Eglise est appelée, plus que jamais, a construire son unité.

« Qu’ils soient un en nous, eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé »

A d’autres moments Jésus nous avait dit « d’aimer comme lui« , ici il nous dit « d’être un comme eux« , c’est à dire, comme les trois Personnes Divines… Et Il ajoute, en cette phrase, que c’est cette ressemblance-là qui est la constitution même de l’Eglise missionnaire. Autrement dit, l’Eglise est l’extension à l’humanité du type de relations interpersonnelles qui existent en Dieu.

 » Père, ceux que tu m’as donnés, JE VEUX que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée ».

Dans ce  » JE VEUX », Jésus nous surprend ! C’est une formule impérative, inhabituelle dans la bouche de Jésus, si soumise au Père, mais en même temps, elle est d’autant plus chargée de sens ! Quelle est donc cette unique volonté de Jésus, qu’il demande au Père avec telle audace? Tout simplement, que l’humanité partage son  « destin merveilleux de   Fils bien aimé ».

 » Je leur ai fait connaitre ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi aussi, je sois en eux » .  

C’est sur ces mots qui se conclue la prière de Jésus. Soyons sûrs et réconfortés en ces temps de l’Eglise : cette prière d’un soir, de la part de Jésus, ne cesse jamais, car maintenant qu’Il est à la droite du Père, Il intercède pour nous, comme le dit Paul aux Romains 8, 34: « Il est toujours vivant pour intercéder en notre faveur« .

Soeur Maria Fabiola Velasquez op

Constituer un peuple de témoins

Arcabas

 

« La paix soit avec vous », ainsi commence cette nouvelle et ultime apparition de Jésus à ses disciples. Offrir la paix, en cette dernière rencontre entre Jésus et les siens. Mais les disciples sont terrorisés que Jésus se manifeste à eux et peinent à le reconnaître. Pour qu’ils puissent s’apprivoiser à sa présence et croire en a paix, il leur parle, leur fait voir qu’il est fait de chair et de sang puis mange le poisson de leur pêche. Voir ne peut suffire, toucher non plus, il faut reconnaître et comprendre. La paix est à ce prix. La condition de témoin aussi.

Il est indispensable que Jésus explique les Écritures et raconte qu’en son corps elles se sont accomplies. Car comment être ses témoins sans mesurer le poids de sa chair, de sa vie partagée et donnée, de son engagement sans mesure avec nous ? Sans comprendre la profondeur du sens, relier les événements, lire la signification des marques des clous, l’inscription dans l’histoire d’un Dieu sauveur pour Jérusalem et pour toutes les nations. Pour les juifs comme pour les païens. Pour les croyants comme les peu croyants ou les incroyants. Son corps a tout récapitulé, sauvé. Non par le sang, non par la mort, mais par sa vie, par son amour en notre faveur, jusque dans la mort et le sang de son exécution.

Le corps de Jésus, tel un livre saint, nous constitue témoins. En ce jour de l’Ascension où il remonte vers son Père, nous sommes instaurés témoins, témoins ouverts par l’Esprit. Témoins pour être engagé dans la tempête de la vie des hommes, dans les tumultes du monde. Et là, sur l’arrière-fond de non-sens que révèle le mal subi par tant et tant, être des veilleurs et des chercheurs d’une signification et d’un goût de l’existence. À la suite du maître, les témoins que nous sommes, non par compétences ou mérites mais par sa vie à lui, racontent par leurs corps que notre Dieu nous prend tous en son amour. Et que cet amour rend libre.

En ces dernières heures décisives de compagnonnage avec l’ami revenu de la mort, la promesse de la vie à venir surpasse toute tristesse : aujourd’hui, tout est accompli. Tout a été visité de l’humanité, jusqu’en ses enfers. Tout est dit. S’ouvre alors un autre temps, le nôtre, celui de vivre de ce qui est accompli, d’interpréter ensemble la Parole. Temps d’inventer afin de transmettre, aujourd’hui, le souffle de la vie de Dieu, d’en être les corps vivants.

Alors que Jésus bénit les siens, tel le grand prêtre bénissant le peuple de Dieu, il est emporté vers le ciel. Emporté en disant du bien, en répandant ses bienfaits, en protégeant. Jésus part en nous enveloppant de sa paix, en nous donnant sa propre force. Il n’y a pas alors à regarder le ciel (Ac 1, 11), à se tourner vers ailleurs nébuleux, ni dans la nostalgie d’un passé imaginaire. Mais à habiter la réalité de ce temps, en sa dureté comme en sa douceur, en ses drames et ses espoirs secrets, et là se mettre en route. C’est notre tour maintenant.

Véronique Margron op.       

Vient de publier Un moment de vérité, Albin Michel

 

Vers la lumière de la joie

Ecoutons ce jour la Parole ultime de Jésus au cours d’un évènement situé à la fois dans le temps et hors du temps.

L’Ascension, fête chrétienne, en milieu de semaine parce que 40 jours après la fête de Pâques, n’a pas de similitude avec les ascensions à pieds, en montgolfière, en avion ou tous moyens ascensionnels qui sont à portée humaine.

Aujourd’hui Jésus ressuscité, rejoint ses apôtres d’une manière inattendue comme il le pratiquait depuis sa résurrection mais aussi différente puisqu‘en ce jour, il n’y a ni pain, ni poisson, ni feu…. Jésus

  • donne son dernier enseignement concernant sa Passion-Résurrection, à partir des Ecritures, comme chemin essentiel de la mission à venir.
  • constitue ses Apôtres, témoins authentiquesdu Messie de Dieu et leur confie la responsabilité de la proclamation en son nom de la conversion et du pardon à toutes les nations.
  • fait une promesse solennelle, ses témoins vont être revêtus d’une « puissance d’en haut » et pour cela ils doivent attendre à Jérusalem.

Ensuite après une dernière marche Jésus se sépare d’eux en les bénissant, les apôtres sont là, ils le contemplent montant au ciel et adorent Celui qui emporte en son corps de ressuscité l’humanité vers le Père comme il l’avait souvent dit dans ses entretiens aux Apôtres. Cette expérience unique de Jésus glorieux est le point d’orgue de la Pâques de Jésus, une conclusion de sa mission au milieu du monde. A nous qui entendons ce récit retournons avec les Apôtres, « en grande joie » et avec eux bénissions Dieu.

Oui c’est pour chacun le moment de faire monter de nos cœurs un immense merci pour le « mystère » pascal qui nous a été offert durant ces temps de passion et résurrection. Jésus venu d’auprès du Père est allé le retrouver. C’est bien ce que nous affirmons chaque dimanche quand nous proclamons le Credo : « je crois en Dieu, et en Jésus-Christ son Fils unique notre Seigneur….qui…est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts est monté aux cieux, est assis à la droit de Dieu le Père tout puissant… »

Que de fois Jésus a parlé de son Père, jusqu’à nous apprendre à le prier : notre Père.

Ce jour, en ces moments bouleversés par les crises multiples, les attentats et les dernières élections, est une invitation à faire mémoire de la mission du Christ en reconnaissant dans les évènements de nos existences, l’appel à passer de la mort à la vie, la conversion annoncée en ce jour concerne tout croyant ; l’expérimenter rend capable de la « proclamer » ainsi se manifeste le témoignage demandé par Jésus dans son « au revoir ». Il ne nous sera pas demandé de donner la vie comme le diacre Etienne qui, rempli de l’Esprit Saint, lors de sa lapidation fixait le ciel du regard et déclarait «  Voici que je contemple les « cieux ouverts et le Fils de l’Homme debout à la droite de Dieu » ; mais ce frère ainé dans la foi nous dit que la Parole de Jésus est lumière dans les ténèbres, là où chacun en est de sa vie terrestre.

La promesse de la force de l’Esprit est aussi pour tous, dans quelques jours elle sera célébrée dans toute l’Eglise. Cette vie chrétienne de tous les jours heureux ou douloureux est marquée par un rapport intime, parfois infime, qui indique une relation au ciel, là où est entré le Christ, même si ces mots gardent un brin d’obscurité.  En ce moment réentendre le « je suis avec vous » quoi qu’il arrive et vivre dans son attente jusqu’à ce qu’Il revienne.

Gardons la grande joie qui inonda le cœur des Apôtres quand ils retournèrent à Jérusalem, elle signe le passage de Jésus dans nos vies, rend le cœur humain sensible au partage dans les existences bousculées, questionnées ou souffrantes, elle est porteuse d’un plus, et redit l’inépuisable largesse de l’Esprit.

Déjà le psalmiste exprimait cette joie en plénitude, quand le peuple de souvenait de sa délivrance : « En Israël quelle joie ! » ps 13, 7,

quand dans la misère, le priant se sent oublié et crie  vers Dieu de le garder du sommeil de la mort,

« Moi, je prends appui sur ton amour

que mon cœur ait la joie de ton salut,

je chanterai le Seigneur pour le bien qu’Il m’a fait »  ps 12, 6.

Attendons, avec ceux et celles qui sont proches, le don de l’Esprit et supplions pour que ce même Esprit soit ardemment à l’œuvre dans les témoins de la Résurrection, que chacun de nous est à un moment ou à un autre,  en ce temps et en tous ces lieux qui attendent une « reconstruction » de la personne bien au-delà de la reconstruction des murs, une rencontre simple et vraie dans l’amour.

Belle fête de l’Ascension

Soeur Monique Colrat op