Qui peut être prophète du Seigneur ?

Qui peut enseigner en Son Nom, aujourd’hui ?

Ce sont les questions que j’ai perçues au travers des lectures de ce dimanche et au cœur d’une actualité encore brûlante…

Etre prophète du Seigneur, non de sa propre initiative mais de celle-là même du Seigneur qui envoie (Dt. 18, 15-20).

Être au Seigneur sans partage pour être rendu capable de parler en son Nom, d’enseigner …

Avoir le souci des affaires du Seigneur, chercher comment lui plaire, dire ce qu’IL pourrait dire ; faire ce qu’Il pourrait faire…Tout un programme semé d’embûches…

Mais nous savons bien que depuis la venue de Jésus en notre chair et dans notre histoire, tout a été dit. En tout cela, Jésus est bien notre seul maître, parce qu’il tient son autorité du Père de la Vie. Dès lors, impossible à qui ne vit pas de Son Esprit de parler au Nom de Dieu.

Se risquer à donner une interprétation de sa Parole, qui malgré tout, ne se laisse jamais saisir et nous échappe toujours, c’est fondamentalement accepter notre vocation baptismale de prophète (Co. 7, 32-35).

Notre critère demeure celui du contenu du message avec la cohérence de sa Parole dans les Écritures et de son Action dans notre Histoire humaine et Ecclésiale. Mais il nous appartient encore de rendre ce message audible pour nos contemporains sur ce terrain de notre commune humanité. Là, s’exerce le « sensus fidei ».

Ceci nous engage alors à parler et agir pour ce qui nous tient à cœur, ce qui nous fait vivre et aimer cette condition humaine que nous avons en partage. Cette attitude de cœur nous replace dans l’humilité d’une tâche modeste et provisoire, qui nous oblige à nous questionner, à nous repositionner et à creuser toujours plus profond, en nous remettant à « Celui qui sonde les cœurs et les reins » .

L’attachement à notre Seigneur est bien alors, cette consécration de toute notre personne, corps et esprit, à son service, comme les figures de Anne et de Symeon, que nous retrouverons demain, au temple, accueillant Jésus et révélant, en partie, à ses parents ce que serait cet enfant. Celui que tout le peuple espérait, qui parlerait avec autorité (cit.) comme en témoigneraient ses actes, et qui pourtant serait rejeté et condamné à mort, avant d’être reconnu par une poignée de prophètes, prêts à mourir pour Lui, pour être fidèles jusqu’au bout à cette transmission.

Ils ont transmis le message, pas toujours de la meilleure manière, mais il a traversé les temps et notre humanité.

Et si Dieu le veut, l’Evangile continuera à se transmettre tant qu’il y aura des prophètes suscités par son Esprit Saint.

Christine     photo

« Ne faites pas de la maison de mon Père, une maison de trafic ! »

Dédicace de la Basilique du Latran

Mais qu’est-ce qui nous vaut une telle colère ? On pensait avoir bien fait les choses…On venait à peine de finir de rebâtir le Temple. Les changeurs permettaient de ne pas faire entrer dans le temple, la monnaie à l’effigie de César, cet empereur qui se voulait l’égal de Dieu. On avait sur place, de quoi acheter ce qu’il faut pour les sacrifices rituels à offrir au Seigneur et à ses prêtres…

«  La fin justifie les moyens » selon le proverbe populaire surtout quand c’est pour une bonne cause, non ?

Alors, où est le problème ? Qu’est ce qui Lui prend ? Qui défend-Il ? De quel droit ?

Pour quelle cause, enfin…

Nous ne manquons jamais de trouver des justifications à nos paroles et à nos actes, pour aboutir à ce que nous voulons obtenir : ce qui nous semble le meilleur pour nous ou le plus bénéfique à nos intérêts propres ; parfois en toute bonne foi, parfois par simple égoïsme ou pure convenance.

Les chrétiens que nous sommes, sont bien de cette humanité là…

Mais dans tout ça, qu’en est-il de la volonté de Dieu, du don de la vie qu’Il nous a donné ?

Jésus, face à la hargne de ses détracteurs, conscient que c’est sa vie humaine et sa mission qui se jouent-là, adopte la seule attitude possible : remettre les choses à leur juste place en se livrant lui-même jusqu’au bout c’est-à-dire jusqu’à dévoiler (il est vrai, de façon encore énigmatique pour ses contemporains qui ne sont pas prêts à l’entendre) sa condition divine : « Détruisez ce temple et en trois jours, JE le relèverai. »

N’oublions-nous pas un peu vite que JESUS fait de toute femme et de tout homme, une sœur ou un frère d’égale dignité; une fille, un fils de DIEU aimé, pardonné et sauvé par grâce et grâce à LUI.

Que valent alors, au regard de cette réalité du Royaume déjà là et à venir, nos attitudes rituelles conformistes face à la miséricorde, nos structures ecclésiales face à l’Universalité du message évangélique, notre morale dogmatique face à la compassion devant la difficulté, voire la détresse des inévitables échecs de nos vies.

Nous sommes souvent désemparés.

Aujourd’hui, nous sommes entrés dans le XXIème siècle et la société continue de se transformer à une rapidité vertigineuse. Nous ne connaissons pas les risques, nous ne maîtrisons pas les enjeux des découvertes scientifiques et technologiques, nous ne sommes même pas capables d’imaginer ce que nous réservent les prochaines années…

La prudence s’impose… mais alors que reste-t-il aux chrétiens que nous nous efforçons d’être?

Peut-être seulement de joindre nos propres forces à celles de tous les hommes de bonne volonté qui œuvrent humblement pour plus de justice et de paix, dans les nombreuses associations caritatives, au cœur de leurs entreprises, sur leurs lieux de travail et de loisirs et plus silencieusement dans la prière …

Nous, les disciples d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, c’est sur la Parole, que nous croyons une autre réalité possible dont nous voulons témoigner en Eglise par la force de l’Esprit Saint que nous avons reçue.

Alors, nous oserons prendre à notre compte, l’affirmation du psalmiste : « L’amour de ta maison fera mon tourment ». (Ps 69, 10)

Sœur Christine Panin      photo