Prêcher, au féminin aussi ?

Nous reproduisons ici l’intervention de notre soeur Véronique Margron pour le blog de Ouest-France, publiée le 14 mai 2016

 

L’hospitalité de la Parole de Dieu

« Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin : c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » (Evangile de Jean, 20, 1-2) Et c’est ainsi, par des femmes que la rumeur de la résurrection va se répandre…jusqu’à nous ! Sans les femmes, les « saintes femmes » dit-on dans la tradition, point de transmission. Marie Madeleine, apôtre des apôtres en quelque sorte.

 

Devant la force de cette mémoire vive, comment ne pas s’interroger sur notre situation aujourd’hui dans l’Eglise, quant à la prédication de l’évangile.

Faut-il rappeler les paroles essentielles de l’apôtre Paul dans sa 1ere lettre aux Corinthiens (9, 16) ? « annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »

Voilà pourquoi je crois, avec tant d’autres, que tout laïc, au nom de son baptême qui l’institue comme « prêtre, prophète et roi », est en devoir de prêcher, d’une manière ou d’autre.

J’appartiens à un Ordre, l’Ordre dominicain, dont le sens même est la prédication, lui qui fut confirmé comme « sainte prédication » par le pape Innocent III en 1215. La « Sainte Prédication de Prouilhe » naquit dans l’effervescence d’une Eglise qui cherche à retrouver l’authenticité des ses commencements. Elle prit corps dès 1207 lorsque des laïcs rejoignirent Ia balbutiante aventure de Dominique et quand quelques femmes, converties à l’évangile, virent se mettre sous sa protection. Aventure de la prédication, à l’image du groupe qui accompagnait Jésus, passant «à travers villes et villages, proclamant le Royaume de Dieu » (Luc 8, 1-3).

 

Alors oui, tous nous sommes envoyés pour prêcher l’évangile et annoncer un Dieu proche de chacun, à commencer par ceux et celles qui se croient les plus lointains. Un Dieu qui vient « converser avec le monde », comme aime à le dire le Frère Bruno Cadoré, maître de l’Ordre.

« Vos fils et vos filles prophétiseront » ! (Joël, 2, 28) Ils parleront «de la part de Dieu ». Proclamer le Royaume de Dieu, prêcher l’Evangile de la paix, prend de nombreuses formes, dans la vie la plus ordinaire de chacun. Parmi celles-ci, quelques unes se trouvent davantage liées à des temps de la vie de l’Eglise, essentiels à la vie chrétienne, comme la catéchèse, la formation, ou la pastorale des funérailles.

Dans sa tribune, le fr. Enzo Bianchi, prieur de Boze, (publiée le 2 mars dernier dans l’Osservatore Romano), plaide pour l’octroi de la faculté de prêcher aux laïcs, et donc aux femmes, dans les assemblées liturgiques, dont l’eucharistie. Il rappelle opportunément qu’avant que Grégoire IX (1228) ne décrète l’interdiction de la prédication aux laïcs, parmi les diverses formes de prédication, une prévoyait un mandatum praedicandi accordé à de « simples fidèles ». C’était le cas par exemple de Robert d’Arbrissel (1045-1116), qui prêchait devant le clergé, les nobles et le peuple, avec l’approbation du pape Urbain II. Ou encore de Norbert de Xanten (1080-1134) qui reçut l’officium praedicandi de Gélase II. Mais il y avait aussi des femmes ( !). Parmi elles, Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse de son couvent bénédictin, près de Mayence, et proclamée docteur de l’Église par Benoît XVI. A la demande d’évêques, elle prêcha dans leurs cathédrales. Le pape Eugène III lui-même venait l’écouter.

 

Ainsi donc, il ne s’agit pas de donner un nouveau droit aux laïcs. Pas davantage de les cléricaliser. Mais de répondre au mieux à l’impérieuse mission de l’Eglise d’annoncer la bonne nouvelle du Christ à tous.

La prédication, afin que l’hospitalité du Christ soit manifestée à tous, par la voix de sensibilités, d’engagements, d’expériences de vie variés car parole de prédication est là pour accueillir les humains, pour que la communauté et chacun puissent remettre sa détresse et son espérance au Christ lui-même.

Pour ce faire, tous nous sommes requis. Prêtres et laïcs, hommes et femmes. Non pour faire un panel représentatif de l’Eglise, mais parce que la voix la plus singulière, si elle ancrée en Christ et envoyée par l’Eglise, est celle qui peut devenir la plus universelle.

 

 

Véronique Margron, op.

 

 

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