Veuve et pauvre

 

Jésus appela ses disciples et leur déclara ….

Si Jésus n’avait exprimé son admiration, personne, sans doute, n’aurait remarqué cette « pauvre veuve » qui venait de glisser, si discrètement, ses deux piécettes dans le tronc du Temple. C’est plutôt vers les riches qui défilaient devant eux et faisaient d’importantes offrandes que les disciples, comme la foule assemblée dans le temple, avaient les yeux fixés.

En voyant Jésus attirer l’attention de ses disciples sur cette « pauvre veuve », nous apprenons à regarder autrement la réalité de ce monde. En effet, Il nous enseigne à découvrir les splendeurs de bonté, de douceur, de patience et d’amour qui sont là, sous nos yeux, et que nous ne voyons pas, que nous ne voyons plus. Il nous invite à faire renaître en nous ce regard d’enfant qui s’émerveille de tout, qui n’est blasé de rien.

Aujourd’hui encore, nos villes regorgent de ces « pauvres veuves », de ces gens humbles et discrets, tellement effacés qu’ils semblent être sans nom et sans visage. Et ce passage de l’Évangile de Marc nous révèle que nous avons besoin d’une guérison de notre regard, d’une conversion de notre regard pour nous aider à regarder ces petits, ces pauvres, à les reconnaître, à les faire sortir de leur anonymat : eux qui sont tellement précieux aux yeux de Dieu, sont là, autour de nous, passant souvent inaperçus à nos yeux ou nous laissant indifférents.

Or, tant de gens, parfois très proches, nous parlent silencieusement de Dieu ! Leur simple fidélité, leur générosité, leur bienveillance sans prétention embellissent notre monde … mais nous ne savons plus les voir. Alors, laissons-nous guérir de notre cécité ou de notre vision sélective et sachons regarder au-delà de ce qui brille, au-delà de l’apparence pour discerner l’essentiel de l’accessoire, le bon du mauvais, le juste de l’injuste, la vie de la mort. Aujourd’hui encore, le Seigneur fait des merveilles ! Il nous suffit d’ouvrir nos yeux et notre cœur …

Soeur Catherine Aubry  

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Quel est le premier de tous les commandements ?

Lorsque j’étais enfant, j’ai – comme beaucoup d’entre nous – souffert les questions réponses du catéchisme d’alors.

Jésus est logé à la même enseigne : un piège lui est-il encore tendu ? Les scribes sont maîtres en la matière  du permis/défendu.

La question est toute faite, elle vient de l’extérieur :

« Quel est le premier de tous les commandements ? »

La réponse est à inventer, elle vient de l’intérieur :

« Tu aimeras … Le Seigneur ton Dieu …et ton prochain comme toi-même ».

Comme souvent la réponse de Jésus élève le débat : le scribe parle commandement et Jésus répond Amour ! Or l’amour ne se commande pas. Existe-t-il un amour obligatoire ? Que resterait-il de l’amour qui serait commandement : Un article de loi exécuté sous la crainte, une nécessité sous la contrainte ?

Aimer suppose de choisir d’aimer

Aimer est un risque….

Aimer est une folie …

Relisons  l’ hymne à la charité (2Co 13,4-8)

« La charité est longanime.

la charité est serviable,

La charité » n’est pas envieuse, ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas.

Elle ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal.

Elle ne se réjouit pas de l’injustice mais elle met sa joie dans la vérité.

Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passera jamais. »

La charité n’est pas un commandement, la charité est un projet de vie.

Sœur Françoise-Chantal  

Et si Toussaint rimait avec encouragement ?

Fra Angelico, La ronde des bienheureux

Comme chaque année, nous accueillons ce beau texte des béatitudes.

Le risque est de l’entendre, une fois de plus. Heureusement la Parole se fait toujours nouveauté. Pour moi, le message fort de cette fête de Toussaint 2018 est le mot encouragement !

En effet, tous ces « heureux » s’adressent d’abord à chacun de nous pour nous dire : tu essaies, alors félicitations, bravo … le royaume qui t’est confié, comme à tant d’autres depuis si longtemps, avance un peu aussi grâce à toi !

Oui, le Royaume avance chaque fois que tu pleures avec un autre car tu vis la compassion

Oui, le Royaume avance chaque fois que tu romps la spirale de la violence par la douceur

Oui, le Royaume avance chaque fois que tu ouvres ton cœur à la détresse du monde

Nous le savons, le premier à y être parvenu est bien le Christ. Il est donc légitime qu’il nous invite. A poser un regard différent sur les autres et sur nous-mêmes en posant, Son Regard !

Tout ceci nous parait si habituel … mais revenons au début de cet évangile : « en ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait ».

En regardant bien, la solennité du moment est là ! Jésus ayant déjà vécu avec les disciples sent le moment de délivrer le cœur de son message en fidélité à la mission reçue de son Père. Il se met à l’écart, prend de la hauteur (nous savons aussi ce que représente la montagne en langage biblique) et se pose. L’instant est grave : les disciples l’ayant senti, s’assoient. C’est alors que Jésus « ouvre la bouche » pour délivrer ces 10 paroles.

… On se croirait au mont Sinaï, avec Moïse qui recueille les 10 commandements.

Voilà le poids de ces béatitudes, de ces 10 encouragements reçus !

Mais « en marche » nous dit Chouraqui ! Nous comprenons donc que ces encouragements se transforment en 10 engagements : à écouter, à faire miséricorde, à lutter pour un monde où la justice de Dieu l’emporte, à nous dépouiller parfois et à demeurer dans la vérité.

Alors bravo et continuons – parfois à la manière des saumons qui remontent à contrecourant le fleuve afin de donner la vie – continuons à chercher la paix, à vivre la compassion … afin de contribuer nous aussi à la vie en abondance offerte pour qu’elle grandisse !

 

Soeur Elisabeth Lemière 

Confiance, Il t’appelle !

Bartimée, du bord de cette route où il semble en panne, s’est mis à crier :

«  Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! ». Voici donc que cet aveugle, en panne au bord de la route, en panne au bord de la vie, se remet à espérer en apprenant  que c’est Jésus qui passe. Il met une  confiance « aveugle » dans cet homme qu’il reconnaît comme le messie tant attendu !. Blessé, mendiant, misérable, enfermé dans sa solitude, il est assis au bord de cette route qui est l’avant dernière étape de Jésus dans sa montée vers Jérusalem, vers sa croix. Jésus va le rejoindre dans son désir le plus profond.

Exclu par son handicap, il est riche d’un élan intérieur qui le pousse à désirer ardemment la lumière. Plus clairvoyant que beaucoup de ceux qui le font taire, au mépris de sa souffrance, Il bondit vers Jésus. Sa cécité corporelle n’a pas aigri son cœur qui s’est tenu ouvert pour recevoir la lumière du jour et de la foi, quand celles-ci se révéleraient  à lui. L’aveugle, en panne au bord de l’existence, a reconnu Jésus. Il est devenu voyant, voyant de la lumière du jour, voyant de « la lumière du monde ». Il marche maintenant en sachant où il va, à la suite de Jésus.

Le cri de Bartimée  est un cri d’espérance pour nous-mêmes. Quand  parfois l’obscurité nous gagne et que le chemin devient ténèbres, crions.  La compassion de Dieu nous saisira dans notre nuit et fera éclater en joie, nos espérances les plus secrètes. Comme Bartimée, en quête de lumière, nous cheminons avec des frères, tels ceux qui ont dit à l’aveugle, « Lève-toi, il t’appelle ». Nous empruntons le seul chemin qui puisse combler notre espérance de bonheur, celui qui monte vers Jérusalem à la suite de Jésus ; c’est celui au bord duquel Bartimée s’était assis. .

Sr. Claudine Perquin

Avançons-nous avec pleine assurance

Avançons-nous donc avec assurance
vers le Trône de la grâce,
pour obtenir miséricorde
et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

Hb 4,16

 

L’auteur de l’épitre aux Hébreux insiste sur ce mot, parrhêsia, qui signifie à la fois, l’assurance de ceux qui parlent « ouvertement » à Dieu et aux hommes, la loyauté et le courage de la vérité. Peu avant, l’épitre avait déjà eu cette parole encourageante :

« Sa maison, c’est nous, si toutefois nous gardons inébranlable l’assurance (parrhêsia) et la joyeuse fierté de l’espérance » (Hb 3, 6).

Cette assurance joyeuse et grave tout à la fois est une forme d’anticipation de la fin des temps. La victoire a eu lieu, et le Christ l’a portée. Si nous ne sommes pas dispensés de traverser la nuit avec lui, il nous a été donné de croire que la nuit n’est pas le dernier mot prononcé sur ce monde et ce temps.Alors, Jésus accepte tout, y compris les demandes un peu étonnantes des siens. Lorsque les fils de Zébédée lui demandent de siéger l’un à droite et l’autre à gauche, ils font preuve d’une certaine assurance que Jésus ne méprise pas. Et ils nous apprennent que l’on peut tout demander à celui qui nous prend comme nous sommes ; il réorientera nos demandes si elles sont un peu mal dégrossies. Venez comme vous êtes, ne cesse-t-il de nous dire. N’ayez pas peur. Vous voulez être à côté de moi ? mieux encore, vous serez avec moi. Vous voulez partager mon pouvoir ? mieux encore, vous partagerez ma victoire, mais c’est une victoire de pauvre, afin que tous y soient associés.

Le trône de la grâce est pour tous, et si le Christ y siège, c’est avec toute l’humanité qu’il a entrainée dans sa victoire. Il nous faut en vivre pour que d’autres trouvent en Lui pleine assurance.

Anne Lécu o.p. 

Une parole tranchante

Trancher.

Trancher non pour tuer, non pour blesser. Trancher pour comprendre, distinguer, séparer. Trancher ce qui fait vivre et ce qui fait mourir, ce qui est ténèbres et lumière en nous. Trancher, car tout ne se vaut pas.

En ces temps si douloureux pour les victimes des crimes commis par des membres de l’Église, en ces temps de tempête hivernale pour tous les catholiques de bonne volonté, bouleversés, interdits, devant ces désastres, oui, il importe que la parole tranche et soit efficace. Qu’elle nomme pour de vrai et fasse ce qu’elle dit. Qu’elle qualifie le crime comme elle sait nommer le miracle de la bonté, de la justesse de vivre, de la générosité. Qu’elle qualifie ce qui détruit comme elle raconte la merveille des vies données pour le Christ, telles celles des témoins de l’Église Algérie, en son humilité et son humanité. Telles celles de tant et tant de visages inconnus, ordinaires, quotidiens, burinés par la vie, par l’engagement et la souffrance d’aimer.

Alors oui la parole est là pour être énergique, pour sauver et libérer.

Faisons un détour par une vieille histoire.

Il était une fois deux femmes[1], prostituées, venues solliciter l’arbitrage d’un jeune roi. Deux femmes qui vivent sous le même toit, de « mauvaise vie », marginalisées, pointées du doigt par la bonne société. Deux femmes sans nom, indifférenciées, on parle de l’une et de l’autre, sans homme, ou alors avec trop d’hommes, de passage, pour que l’un ou l’autre se reconnaisse responsable de l’avenir. Dans ce tobu bohu,comment distinguer le vrai du faux, le bien du mal ? La seule chose de certaine, c’est qu’un des deux nouveau-nés est mort.

Elles se disputent un bébé comme une propriété : la première des femmes se présente au roi comme une victime : son bébé lui a été enlevé par l’autre qui par négligence a provoqué la mort de son propre nourrisson. Mais la seconde se défend, soutenant l’inverse.

Qui croire ? au nom de quoi ? Comment sonder leur cœur et leurs reins, comment discerner le ténébreux, l’avidité, le mensonger, en l’une ou l’autre ?

Le roi Salomon ne veut pas juger sur de seules apparences, sur ouï-dire. Il doit faire la vérité, afin que sa parole coupe la vie de la mort. Il demande alors une épée, pour trancher justement, en coupant l’enfant en deux, puisque toutes deux revendiquent cet enfant unique, sans témoin.

Mais voilà que la femme dont l’enfant était vivant, prise aux entrailles, au risque de le perdre, supplie qu’il soit donné à la première, afin qu’il reste vivant.

L’ordre du roi oblige chacune d’elles à se dévoiler en sa vérité. Si la première préfère donner l’enfant plutôt que de le voir mourir, l’autre réclame sa mort plutôt que de le voir partir avec sa rivale.

Décidément, tout ne se vaut pas. La vérité et la justice se font quand ce miroir trompeur des apparences se brise enfin. La vie, alors et alors seulement, peut être sauvée et libérée de l’emprise et du mensonge.

Notre parole doit rendre des comptes à la parole du Christ qui jamais ne retient ni n’emprisonne. Si elle ne le fait pas, elle est du côté du « mentir ». Autrement dit du « je m’en tire ».

Notre parole agissante, énergique doit, dans la fidélité au Dieu vivant et vrai, extraire ce qui fait mourir et démasquer ce qui enlise, confond, détruit.

Et ainsi rendre à la vie et à l’avenir aux vies brisées.

 

Véronique Margron o.p.

[1]1erlivre des Rois, chapitre 3, versets 16 à 28

Jésus fixa son regard sur lui et l’aima

«  Une seule chose te manque ; va, vends tout ce que tu as, donnes-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis- moi »

Dans cette page d’évangile, il est question d’un jeune homme en dialogue avec Jésus. En abordant Jésus, il porte en lui un souci  auquel il veut à tout prix trouver une réponse déterminante pour sa vie. On peut pourtant constater un Paradoxe : Il a tout pour son bonheur et néanmoins, il sent un manque, une insatisfaction, il a une aspiration à une félicité parfaite. C’est dans cette quête profonde qu’il s’adresse à Jésus : «Bon maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en partage ? »

Conscient qu’il ne peut pas par lui-même trouver la bonne voie qui va lui permettre d’avoir la vie éternelle en partage, alors il a besoin d’un guide bien éclairé qui est déjà sur le bon chemin et qui pourra l’aider en toute sûreté à emprunter la bonne voie. Pour ce faire, il va trouver Jésus, en toute confiance, il lui pose sa question et ainsi un dialogue s’établit entre lui et Jésus. Si ce jeune homme a osé freiner l’élan de Jésus qui était sur le point de s’en aller, c’est que ce n’est pas un hasard, probablement qu’il a déjà écouté Jésus, l’a admiré et s’est laissé toucher par ses Paroles. Il est donc un des auditeurs de Jésus. Les Paroles de Jésus, certainement l’ont bouleversé dans son  for intérieur.

Le  jeune homme de l’évangile qui d’ailleurs n’est pas nommé, pourrait  être chacun de nous aujourd’hui. Nous pouvons avoir une multitude d’interrogations dans nos cœurs voire des préoccupations .Mais laquelle est la prioritaire ? Nous conduit-elle sur le chemin de la vie éternelle ? Nous sommes souvent tentés de nous laisser enliser dans les préoccupations mondaines qui sont éphémères telles que : Comment faire pour être  plus riche ?  Plus puissant ? Comment avoir plus de plaisirs possibles en ce monde ? Ces aspirations et besoins matériels étouffent en nous le désir de la recherche de la vraie Vie si bien qu’il nous est presque impossible d’entendre la douce voix du Christ qui résonne à la porte de la conscience de nos cœurs.

Si Jésus a  demandé  au jeune homme d’aller vendre tout et de venir à sa suite pour avoir part à la vie éternelle, c’est parce qu’il a perçu son grand désir et sa ferme  volonté de se perfectionner.  La sincérité, le désir ardent et la soif de ce homme dans sa recherche de la volonté de Dieu, lui ont valu un regard particulier et plein d’amour du Christ : « Alors Jésus fixa sur lui son regard et l’aima ».Le regard du Christ est toujours plein de tendresse et très parlant. Les paroles de Jésus sont très exigeantes et demandent de l’abnégation et de l’oubli de soi. Avec le Christ il n’y a pas de complaisance, il faut savoir quitter tout et préférer Dieu plus que tout. Pour le Christ l’unique observance de la loi ne peut pas suffire pour avoir « la vie éternelle ». La Loi doit être enveloppée par la charité car la charité et l’amour vont de pair.

Nos bien matériels, nos richesses sous toutes leurs formes peuvent nous emmener à ne pas voir nos frères qui sont autour de nous ni faire attention à eux. C’est la raison pour laquelle Jésus nous demande à travers ce jeune homme « Va, vends tout ce que tu as, donne le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi ». La réponse de Jésus est bien claire. Pour suivre Jésus il faut un changement de vie qui permettra d’emprunter le vrai chemin qui conduit à la vie. Il ne suffit pas non plus de « faire »mais « d’être ».La question ultime qui se pose à tout chrétien, membre à part entière du Corps du Christ demeure celle-là : qu’est-ce qui est essentielle dans ma vie et quelle place occupe Dieu dans mon cœur ?

Puissions-nous ouvrir nos cœurs à cette parole du Christ afin qu’elle y trouve un écho favorable et nous bouscule à la radicalité pour lui et pour la vie éternelle. Amen.

 

Bonne fête de notre Mère la Bienheureuse Marie Poussepin. Qu’elle intercède pour nous au près du Seigneur. Amen.

 

Soeur Patricia Yameogo