Christ, Roi de l’univers

Nous célébrons  aujourd’hui le 34ème dimanche du temps Ordinaire, le dernier dimanche de l’année liturgique. Nous célébrons le Roi de tout l’univers, et non un roi particulier. Nous célébrons le Roi de qui dépendent tous les autres rois de la terre, des rois limités dans le temps et dans l’espace. 

                                             Mais, depuis quand célébrons-nous cette fête ?  

Cette célébration  à été instituée le 11 décembre 1925 par le Pape Pie XI (Encyclique « Quas Primas »), en vue de ramener et consolider la paix, par le Règne du Christ, dans une société alors en mal d’être.

A vrai dire, la royauté du Christ apparait clairement dans l’interrogatoire que Pilate a fait à Jésus, auquel il répond sans aucune ambigüité : « Je ne suis pas le roi de ce monde. Ma royauté ne vient pas d’ici : si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux juifs ».

Oui, la royauté du Christ est complètement différente  à celle de notre monde, où elle rime avec  luxe et richesse matérielles, gloire et honneur, force et puissance. Jésus est roi, mais roi à la manière de Dieu, c’est-à-dire : un roi humble, serviteur, ami de la vérité et de l’amour. En somme, l’amour et l’humilité sont ses armes de prédilection.

Prenant les lectures d’aujourd’hui, cette fête  nous suggère plusieurs pistes pour notre chemin dans la vie quotidienne :

Le prophète Ezéquiel nous  rappelle que le Seigneur veille. Nos vies sont précieuses à ses yeux, il prend soin de son troupeau et vient au secours des plus faibles comme un berger veille sur ses brebis quand elles sont dispersés, ainsi, je veillerai  sur mes brebis. Pour décrire l’action de Dieu dans nos vies, Ezéquiel utilise l’image du berger, figure quotidienne et banale de la vie de l’époque. Il montre comment Dieu se comporte avec chacun, connaissant les spécificités des différentes brebis, il est attentif à leurs besoins. Le berger est  proche, doux, compréhensif,  capable d’interpréter les situations de chacune de ses brebis, apte à être un soutien qui aide chacune à se relever, à revenir  avec les autres, et à profiter pleinement de la vie. Ezéquiel nous donne à comprendre que Dieu n’est pas une entité extérieure à la vie de tous les jours et que par toute action, tout geste, nous avons le grand défi d’être de vrais témoins de sa présence  dans nos vies.

Saint Paul sait que la mort n’aura pas le dernier n’aura pas le dernier mot. Par sa résurrection, le Christ règne désormais sur la Création. En lui, toutes les puissances du mal seront détruites et Dieu sera « tout en tous ».  Dans la lettre adressée aux Corinthiens, Paul leur répond sur ce qui concerne les derniers jours et la résurrection des morts. A ceux qui doutent encore de celle-ci, il donne l’exemple de la Résurrection de Jésus. Alors qu’Adam avait conduit l’humanité à sa perte, Jésus la conduit à la vie. Il marche en tète de la procession des hommes montant vers Dieu, en introduisant dans le Royaume du Père ceux qui  l’auront suivi. Alors apparaitra  son vrai pouvoir. Dans un monde arraché à la mort, Dieu sera tout en tous. L’exposé de Saint Paul sur la résurrection de Jésus et de son peuple était annoncé dans le Psaume 22 proposé ce dimanche : «  si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ».

L’Evangile révèle de quelle manière le Règne de Dieu transforme déjà notre monde. Le Royaume avance lorsque les besoins de nos frères produisent de gestes de solidarité. Oui, pour nous actuellement  dans les circonstances que nous nous vivons, honorer le Christ-Roi de l’Univers, c’est savoir écouter sa voix, c’est agir avec lui contre toutes formes d’exclusions, c’est vivre en tout moment en attitude de solidarité et en dynamique d’attention aux besoins des autres. En tant que chrétiens, nous sommes appelés à vivre suivant l’exemple de Jésus, dont la vie n’a été  rien d’autre que service dans l’humilité et la simplicité, jusqu’au don total de son existence.

Suivant son exemple, nous nous engageons dans la construction du Royaume de Dieu, à travers de gestes concrets d’accueil : tel un sourire, un regard respectueux et aimant et aussi avec des gestes de réconciliation et de paix. Nous serons jugés sur l’amour que nous aurons témoigné à nos frères : «  Au soir de votre vie, vous serez examinés sur l’amour » disait Saint Jean de la Croix.

       Prions le Christ Roi, lui qui est le Chemin, la Vérité et la vie, de toucher nos cœurs, de    nous convertir, afin que nous puissions, en tant qu’héritiers de son Royaume, travailler à le construire et à le consolider chaque jour dans l’amour, le service et le don de soi, dans l’humilité. Amen 

Soeur Maria Fabiola Velasquez

Jour de fête

Nous célébrons aujourd’hui notre fête patronale, la fête de la présentation de Marie au Temple. Bonne fête à toutes les soeurs et à nos amis.

L’enfant eut deux ans, et Joachim dit : « Conduisons-la au Temple du Seigneur pour accomplir la promesse que nous avons faite, de peur que le Maître n’envoie la chercher et que notre offrande ne soit plus admise. » 

Et Anne dit : « Attendons sa troisième année, pour qu’elle ne cherche point son père ou sa mère ». Et Joachim dit : « Attendons ».

Or, l’enfant eut trois ans, et Joachim dit : « Appelons les filles des Hébreux qui sont sans tache ; qu’elles prennent chacune une lampe, et que ces lampes soit allumées, pour qu’elle ne se retourne pas en arrière et que son cœur ne soit pas retenu captif hors du Temple du Seigneur. Et le prêtre la reçut et, l’ayant embrassée, il la bénit et dit : « Le Seigneur Dieu a exalté ton nom dans toutes les générations. En toi, aux derniers jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d’Israël. » Et il la plaça sur le troisième degré de l’autel. Et le Seigneur fit descendre sa grâce sur elle. Et ses pieds se mirent à danser et toute la maison d’Israël l’aima.

Protévangile de Jacques

Confiance

Nous voilà presque à la fin : à la fin de l’évangile de Matthieu, de l’année liturgique et presque aussi de l’année civile…  nous attendons également avec impatience la fin du virus. 

Aujourd’hui la liturgie nous offre la parabole des talents dans l’ évangile de Matthieu (25,14-30). Il me semble que nous pouvons en retirer trois mots :  confiance, dynamisme et peur. 

Confiance La parabole parle d’un homme riche qui part en voyage et qui confie huit talents à  ses trois serviteurs. Dans le passage biblique on trouve treize fois le mot talent. Cette insistance nous indique que l’affaire est importante, que le talent a une grande valeur. D’autre part pour Matthieu le talent représente une somme d’argent, (lui qui était collecteur d’impôts connait bien les affaires économiques). Cet homme riche a confiance en ses serviteurs et il connait la capacité de chacun, ce qui le conduit à confier cinq talents à l’un ; deux talents à l’autre et un talent au troisième (V.15). L’évangile ne précise aucune instruction donnée de la part de l’homme riche, pour l’administration de ses biens, pas plus que la date de son retour. Ici il y a un acte de confiance sans limite : Il laisse toute liberté pour la gestion de ses biens. 

En l’absence du maître (v.16-18), les serviteurs sont confrontés au dynamisme, à l’action, à la créativité ; ils sont dépositaires d’un immense trésor. Que vont-ils faire ? L’évangile dit « aussitôt » ; les deux premiers agissent avec promptitude, ils se risquent à faire fructifier les biens qui leurs ont été confiés. Ces serviteurs agissent comme des partenaires de leur maître, ils font leur ce qui leur a été donné dans un acte de confiance en leurs capacités. Ils ont compris qu’il fallait agir immédiatement, qu’il n’y avait pas une minute à perdre. Le temps pour faire fructifier les talents, c’est le temps présent, il y a là presque qu’une urgence. Et le troisième serviteur que lui est-il arrivé ? 

La peur. Face à des réalités nouvelles, qui nous demandent un effort, il y a la peur de ne pas réussir, on peut ne pas croire en nos capacités et on finit par ne faire ni le bien ni le mal. Le troisième serviteur se laisse envahir par la peur et va creuser la terre pour cacher l’argent de son maître (v.18). Il n’est pas soucieux du talent confié par son maître. Il s’est endormi, n’a pas compris l’importance de la confiance de son maître, il n’a pas cru en ses capacités, et s’est laissé envahir par la peur. 

Arrive le moment de rendre des comptes (V.19-30). « Longtemps après le maître revient » ; avec cette expression, Matthieu nous introduit à une lecture eschatologique, du retour du Seigneur, qui vient pour « régler les comptes » Le Seigneur n’oublie pas ce qui lui appartient, ni à qui il a confié ses richesses. 

Les serviteurs n’ont pas tous reçus les mêmes talents, et tous ne reçoivent pas la même récompense.  Les deux premiers sont récompensés pareil parce qu’ils sont allés jusqu’au bout de leurs capacités. Le Seigneur reconnait cette attitude et invite le premier, comme le deuxième, à « entrer dans la joie du maître » (V.21.23) ; ce qui n’est rien d’autre que la pleine participation au Royaume de Dieu. Cette joie est celle des banquets : l’heureux élu passe de sa condition de serviteur à celui d’invité du Seigneur. 

Le troisième serviteur commence par déclarer qu’il sait la dureté et l’avidité de son maître, et que c’est cette pensée qui l’a conduit à la peur. Et il ajoute « voici ton talent, tu as ce qui t’appartient » ;  à la différence des deux autres, ce serviteur n’a pas fait sien le souci des biens de son maître. Ce dernier va se montrer dur contre ce serviteur paresseux (V.26), ce bon à rien (V.30). Ce serviteur est dépouillé de son talent, en plus d’avoir perdu la confiance que le maître avait déposée en lui, les attentes du maître ; sont trahies. Ce serviteur n’a fait rien de mauvais, seulement il s’est laissé envahir par la peur de perdre son confort et il est finalement livré à la condamnation.

Bref : Dieu à confiance en nous, il veut faire de nous les partenaires de ses biens et de la joie du Royaume. A nous de veiller aux intérêts du maître, de travailler avec promptitude et dynamisme pour faire croître les biens que le Seigneur nous a confié.

Soeur Maria Esperanza

Vous ne savez ni le jour ni l’heure

Aujourd’hui, c’est une parabole que les textes liturgiques nous proposent. Tout au long de son Evangile, Matthieu fait l’usage de deux types de paraboles : les premières, aident à comprendre le Royaume de Dieu, déjà présent dans la vie des hommes alors que les autres nous préparent au retour du Christ dans sa Parousie. Les premières, situées au début de la vie apostolique de Jésus,  nous révèlent la présence du Royaume de Dieu dans les petits gestes de la vie quotidienne, la Création…. Royaume caché dans les évènements de nos vies de tous les jours tandis que les secondes, elles sont présentes quand il devient clair pour Jésus, qu’Il va être persécuté et tué. Grâce à ces dernières, les hommes sont appelés à se préparer à la venue du Christ dans la gloire. Le Royaume de Dieu présent dans ces deux types de Parabole reflète ensemble l’adage théologique du « déjà là et pas encore ».

Dans le texte qui nous est présenté (Mt 25, 1-13), il est question de la Parabole dite des « 10 Vierges ».   La Passion approche peu à peu, elle se prépare, s’annonce au fil des chapitres de l’Evangile. Jésus s’adresse à ses disciples et leur annonce que bientôt il mourra pour le Salut du monde. Comment pourront-ils vivre sans Lui ? se demandent alors ceux-ci. Jésus, à l’aide de cette Parabole les enseigne :  En se montrant fidèle à son amour, en s’inscrivant dans une attitude d’attente. Comment ? En étant prêt à chaque instant de sa vie, en étant disponible au moment le plus imprévisible pour l’accueillir lors de son Retour car, nul ne connait ni le jour ni l’heure de sa venue dans la gloire. 

Pour faciliter la compréhension à ses disciples au sujet de l’attente, Jésus emploie une parabole s’inscrivant dans un moment important de la vie des hommes et des femmes, à savoir la célébration des noces. En effet, cette parabole raconte une des étapes d’un mariage juif. Dans la tradition, au début des noces, des jeunes filles attendent avec des lampes allumées le fiancé pour le conduire vers sa bien-aimée. Or, dans la parabole, le fiancé tarde à venir. Il tarde tellement, qu’elles s’endorment. Elles sont réveillées par un cri « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre » au milieu de la nuit et comprennent que c’est celui qu’elles attendent. Cette parabole nous montre combien il est difficile d’attendre la venue de l’époux – et cela aussi bien pour les insensées que pour les avisées -, surtout lorsqu’il tarde à venir ! Toutes s’endorment tandis que le niveau de l’huile baisse dans les lampes pendant ce temps. Seules les vierges avisées, ayant une réserve avec elles, pourront éclairer le chemin conduisant à l’épouse. Attendre et rencontrer le Seigneur qui vient cette nuit est de l’ordre de l’intime, d’une relation construite et nourrie par le manque et l’espérance. Malheureusement, la moitié d’entre elles n’avaient pas prévu cet imprévu : attendre plus que prévu. Elles se sont endormies et n’ont pu voir le niveau de l’huile diminuer peu à peu. Comment pourront-elles être prêtes à l’appel de l’époux et le guider grâce à leurs lampes ? Veiller, préparer son cœur à la rencontre finale lors des noces dans le Royaume des cieux, est un long travail qui s’accomplit tout au long de sa vie de chrétien, dans la rencontre, le désir de connaitre toujours plus celui qui nous appelle, afin de répondre et être prêt à son invitation, à ses noces. Cette préparation se fait dans un cœur à cœur avec Lui, dans la prière, l’amour envers Dieu et son prochain, l’Annonce de la Parole, le service de charité…. Attendre, c’est tout simplement se rendre digne d’être invité à la noce au Royaume des Cieux, être prêt.   L’attente que les disciples vivront après l’ascension s’inscrit – et nous chrétiens baptisés, vivons encore aujourd’hui – s’inscrit dans la ligne de cette parabole. 

Un autre moment dans l’Evangile, au début de la Passion (Mt26,36-46), nous rappelle comment certains disciples choisis (Pierre et les deux fils de Zébédée) par Jésus pour l’accompagner au jardin des Oliviers lutteront eux aussi contre ce sommeil, puis s’endormiront jusqu’à ce que Jésus les réveille. Ce dernier sera trahi par Judas et remis entre les mains des responsables religieux. Le Mystère Pascal n’avait pas encore eu lieu. Dans la parabole des « 10 Vierges », il est fait allusion au retour du Seigneur dans la gloire. Dans ces deux récits, là aussi se joue le « déjà là et pas encore », tension théologique qui sous-tend notre Pèlerinage terrestre vers le Royaume de Dieu. Veillons donc car nous aussi ne savons ni le jour ni l’heure ! 

Soeur Pascale Moisy

Réjouissez-vous !

« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse car votre récompense est grande dans les cieux ! ».

Dessin de frère Yves (Pierre Qui Vive)

La fête de la Toussaint que l’Eglise célèbre en ce jour est la fête de tous les saints connus ou inconnus. C’est la fête de tous bien aimés de Dieu, c’est la fête des vivants en Dieu. La question qui pourrait habiter toute personne qui aspire à la sainteté est la suivante : comment faire pour parvenir à la sainteté ? Répondre à une telle question n’est pas chose aisée, certes, mais n’est pas impossible. Car, le Christ nous donne les moyens nécessaires pour répondre à cette question. Mais la réponse nous engage, elle nous met en route à la suite du Christ. Le Christ ne cesse de nous inviter à la sainteté à l’image de son Père. « Soyez saints comme votre Père Céleste est Saint ».

Qui peut être saint ? Il importe de comprendre que la sainteté n’est pas réservée à des élites. Elle est proposée à tous, à « une foule immense, que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues ». Cela veut dire que nous sommes tous appelés à la sainteté comme le pape François le souligne dans l’exhortation apostolique Gaudete Et Exsultate. «  Nous sommes tous appelés à être saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve ». C’est pour cela que Jésus s’adresse à la foule et à nous aussi à travers les béatitudes. (Mt 5, 1-12a)

Placées en tête du Sermon sur la montagne, les béatitudes se présentent comme un condensé des thèmes importants de l’Evangile. Chacun est invité à découvrir la nouveauté provocante de la Bonne Nouvelle, à la suite d’une multitude de saints. Les béatitudes qu’évoque Jésus expriment des exigences à observer par chaque personne humaine pour vivre de la vie de Dieu et proposent des attitudes et des comportements que chacun est invité à développer.

« Heureux les pauvres de cœur ; heureux ceux qui pleurent ; heureux les doux ; Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ; heureux les miséricordieux ; heureux les cœurs purs ; heureux les artisans de paix ; heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ; heureux êtes-vous si l’on vous insulte ».

Nous sommes invités à faire une lecture attentive des béatitudes afin d’y tirer profit par l’application de ce que dit Jésus. L’application des béatitudes n’est pas une évidence en soi. Les béatitudes constituent un programme de vie. Ce programme ne s’impose pas comme une loi extérieure mais on entre de façon progressive dans ce programme.  La réalisation de ce programme est l’œuvre de toute vie avec Dieu. Les béatitudes tracent un chemin d’espérance et donc de bonheur pour l’humanité.

Une chose est sûre, au creux de nos pauvretés, comme au cœur de nos combats pour la justice et la paix, Jésus est là. Chacune des situations évoquées par les béatitudes, Jésus les a vécues. Il a fait l’expérience de tout cela. Il parle aussi de lui quand il évoque les doux, les humbles, les affamés de justice. 

En définitive, les béatitudes proclamées à chaque fête de la Toussaint ne sont pas facile à vivre. Nous ne pouvons pas les vivre sans la force de l’Esprit Saint qui nous envahit avec sa puissance et nous libère de l’égoïsme et de l’orgueil.

Que les saints et les saintes que nous fêtons aujourd’hui nous y aident.

Soeur Pacaline Bilgo

Le commandement de l’amour : Aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même.

Trentième Dimanche du temps ordinaire année A

Mat 22,34-40

Dans l’évangile le docteur de la loi cherche à tendre un piège à Jésus qui, en retour lui répond avec bienveillance. Par une telle attitude, Jésus nous enseigne comment vivre avec notre prochain et comment enseigner concrètement la Parole de Dieu avec bonté et douceur par notre vie. Il aurait pu se mettre en colère, mais non ! Il est resté calme en dépit de la provocation des pharisiens. Cette attitude de Jésus nous amène à interroger nos attitudes : comment réagissons-nous face à une personne qui nous importune ? Quel accueil réservons-nous à celui ou celle qui ne partage pas les mêmes idées que nous ?

Nous voyons que Jésus répond au docteur de la loi en s’appuyant sur la Parole de Dieu. Cela signifie que c’est la Parole de Dieu qui nous éclaire. Elle nous montre le chemin d’une vie harmonieuse envers nous-même, envers nos prochains et envers la société. En outre, l’usage de l’adjectif possessif « ton » dans ce passage : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu », semble symboliser l’appartenance et la rencontre personnelle que nous sommes appelés à avoir avec Dieu qui est « notre Dieu » et aussi « notre Père ». 

Aimer Dieu et son prochain comme soi-même. Ce passage de l’évangile selon Saint Mathieu dont nous retenons trois éléments essentiels : l’amour de Dieu, l’amour de ses frères et l’amour de soi-même, nous situe au cœur de la vie chrétienne. Il s’agit d’aimer entièrement : aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force. C’est un amour qui doit venir librement de notre cœur et c’est à nous de le faire grandir chaque jour. Aimer Dieu et son prochain comme soi-même paraît simple en théorie, mais pas toujours évident dans la réalité, car nous laissons parfois nos besoins, nos désirs et nos intérêts étouffer notre relation avec Dieu et avec nos frères et sœurs. 

Permettez-moi d’illustrer mon propos par une petite anecdote. Lors d’une conversation avec des étudiants en management marketing sur la solidarité et l’économie solidaire, l’un d’entre eux m’a fait savoir que la solidarité tant clamée de nos jours est une idéologie, car d’après lui, « les intérêts guident les pas ».  Pour cet étudiant, l’amour du prochain est conditionné par les intérêts qu’il tire dans sa relation avec autrui. Or, dans la vie chrétienne, l’amour du prochain et la solidarité ne doivent pas être une « idéologie », mais une réalité qui consiste à aimer l’autre pour lui-même et non pour son statut social, ni pour ses biens.

Jésus ajoute : « Voici le deuxième commandement, qui est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

La loi de Moïse réunit deux commandements : aimer Dieu, et aimer nos frères. Parce qu’on ne peut pas les séparer. Ils sont interdépendants. Saint Jean nous l’explique clairement en ces termes : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu » et qu’il déteste son frère qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas ». (1 Jean 4,20). Nous ne pouvons pas dire que nous aimons Dieu, si nous ne cherchons pas à voir et à aimer nos frères et sœurs, qui souffrent autour de nous, qui ont besoin de notre attention et de notre écoute. Et Saint Paul de renchérir dans son hymne à la charité : « J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. » (1Co13,1).

Dieu nous a créés par amour. C’est cet amour qui nous permet de vivre heureux dans le monde et que nous sommes invités à transmettre à nos frères et sœurs. L‘amour que demande Jésus n’est pas celui des discours, mais celui qui se concrétise dans notre vie quotidienne et dans les petites choses comme nous le suggère saint St Jean : « aimez en actes, véritablement. C’est à cela que vous saurez, que vous êtes dans la vérité » (1 Jean 3,18).

Seigneur, obtiens -nous la grâce d’un cœur qui sache t’aimer sincèrement en nos frères et sœurs. 

Amen !

Sœur Catherine ZONGO

Le temporel et le spirituel

Dans l’Evangile de ce dimanche, nous sommes en présence des Pharisiens. Ceux-ci supportent les Romains comme un mal inévitable et en présence des Hérodiens. Ces derniers, tiennent à la restauration du pouvoir d’Hérode sur toute la Palestine.

Ici, l’objectif est de piéger Jésus mais auparavant ils font ressortir ses qualités : « Tu es franc, tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité sans te laisser influencer car tu ne tiens pas compte de la condition des gens ».

Et la question est posée : « Est-il permis de payer le tribut à César ? »

La réponse souhaitée est oui ou non. C’est un peu court comme réponse me direz-vous, aussi Jésus fait apporter la monnaie qui sert à payer le tribut.

A l’époque, la pièce de monnaie porte une représentation du buste de l’empereur, couronné comme un dieu avec cette inscription « Tibère César, fils de divin Auguste ». Les prétentions divines étaient nettes. Cependant, l’Ancien Testament interdit les images humaines en raison de ce risque de déification. Ainsi pour respecter cette sensibilité religieuse, les gouverneurs romains ne frappaient, sur le territoire juif, que des monnaies sans image. Ici, cette monnaie semble sortir de la poche des Pharisiens…Dans l’Ancien Testament, le livre de la Genèse met en garde contre les idoles. On n’adore que Dieu seul.

A la réponse souhaitée oui ou non, Jésus pose cette question : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » La réponse sera donnée par ses interlocuteurs eux–mêmes : « la monnaie porte l’effigie de César ». Donc « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Cet impôt pour l’empire romain, était le même pour les Juifs. Il était considéré comme le signe infamant de la sujétion du peuple à Rome.

Jésus fait une séparation entre le pouvoir de l’empereur et la vie en Dieu dont il vient accomplir la loi. Il n’abolit pas la loi mais l’accomplit par lui-même. D’où cet agacement des Pharisiens car il accomplit l’Ecriture. Ce Messie tant attendu dont le prophète Isaïe mentionne dans divers passage de son livre, ira jusqu’au bout. A travers lui, il révèle son Père : « Qui m’a vu, a vu le Père » (St Jean).

Ce texte d’Evangile comporte la séparation des pouvoirs – l’empereur et Dieu ; le temporel et le spirituel – On pourrait dire aujourd’hui : l’Etat et les religions ; séparation des pouvoirs et respect mutuel des pouvoirs dans l’intérêt du bien commun.

Pour les Pharisiens qui subissent l’occupation romaine, leur souci premier est les droits de Dieu.

Aujourd’hui, le chrétien est attendu dans le quotidien de ses journées. En allant chaque jour puiser à la source, sa vie va refléter son intérieur. Il posera question à son entourage. Peut-être …

Être chrétien, c’est oser dire, oser être, oser témoigner, contre vents et marées, habité par l’Esprit qui nous anime, sans s’imposer.

Sœur Corine op

Les noces du Fils

« En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux prêtres et aux pharisiens et il leur dit en parabole : le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils… »

     Que ce soit un roi ou un frère de famille de condition modeste, prépare le mariage de son fils requiert nombres occupations : choix des invités, invitations à envoyer et tout cela, nous l’imaginons dans un climat de joie ! il faut que la fête soit belle !

      Mais  subitement le tableau change : les personnes invitées ne tiennent pas compte de l’appel, les unes et les autres vont se désister…invoquant comme nous le dirions aujourd’hui, une activité pressante, une opération bancaire difficile, un voyage à l’étranger… mais qui plus est, devant la pression des serviteurs se révoltent et les tuent…dans la plus flagrante indifférence… !

     Nous arrivons au centre de la parabole : que veut bien nous faire saisir Jésus ?

Reportons-nous aux verset précédant cet épisode, terminant la parabole des vignerons assassins : « en    entendant ces paroles, les grands-prêtres et les pharisiens comprirent que c’était d’eux qu’il parlait ; ils cherchaient à l’arrêter mais ils eurent peur des foules car elles le tenaient pour un prophète « .

     Dans la parabole de ce dimanche, nous nous retrouvons dans le même climat hostile, violent, où la parole de Jésus est refusée ; et ce que les petits, les publicains comprennent de son enseignement …les pharisiens, les grands-prêtres le réfutent !

     La salle du festin, après le refus, va-t-elle rester vide ? La joie du banquet nuptial va-t-elle disparaitre ? Or ce Royaume que Dieu offrait n’est-il pas une communauté joyeuse et définitive de tous les hommes qu’ Il a créés (T.O.B.)

     Que penser alors de ces invités ? Pourquoi ne tiennent-ils pas compte de l’invitation reçue ? Ne ressemblent-ils pas à ces personnes que le Pape François cite dans son encyclique : Tutti  Fratelli ? «  Ils vivent de ressentiments, ne se privent pas de violences verbales sur les réseaux sociaux , considèrent les migrants comme indignes d’être accueillis, propagent l’inégalité entre hommes et femmes jusqu’à devenir des meurtriers ».

     Non, la salle du festin ne va pas rester vide… Voici le Roi qui se tourne vers les gens de la rue, les bons et les mauvais, ceux que l’on méprise ou qu’on ne regarde pas. Les voici qui vont pénétrer dans la salle nuptiale et participer à la joie du Royaume ! Mais toutefois à une condition : revêtir le vêtement de noce !

     N’est-ce pas ce que le Seigneur nous rappelle aujourd’hui ? Le vêtement de noce, nous l’avons revêtu avec le Baptême nous sommes alors entrés dans ce Royaume et nous voilà investis de la mission de l’Eglise ! Et quelle est cette mission pour nous aujourd’hui ?

     Elle nous est fortement rappelée par le Pape François qui nous exhorte à laisser de côté toutes les différences de races, et face à la souffrance que nous côtoyons à devenir proche de toute personne, l’antithèse des invités de la noce !

     Faisons nôtre ce que le Pape appelle  « l’amitié sociale qui peut se développer au sein d’une communauté et elle devient la condition de la possibilité d’une ouverture universelle vraie, combattant celle des invités.

     Prions le Seigneur ! que nous puissions répondre à cet appel de notre Pape François en cherchant à créer un climat de joie, partout où nous sommes, en rendant visible et vraie une fraternité universelle authentique, pour qu’en chacun de nous coule le fleuve de l’amour fraternel.

Soeur Monique Wagner op

Plantons la vigne

Parmi les images des paraboles utilisées par Jésus, la vigne est une de ses préférées. Ce dimanche, une fois de plus et dès le premier texte, il est question de vignerons, de maitre du domaine… Il est vrai que, de Noé à Isaïe, la vigne tient une place de choix dans l’économie et dans la spiritualité de la Palestine ancienne. Son abondance est bénédiction divine et son vin a saveur d’éternité. Mais la qualité de son fruit se mesure à la fidélité que l’homme y aura engagée. Pour la troisième fois, Matthieu prend cette image pour réaffirmer qu’Israël, « la vigne du Seigneur de l’univers », n’a pas été à la hauteur de sa vocation. Cet héritage lui sera retiré, pour avoir tué le fils que le Maître de la vigne lui envoyait. Le soin si minutieux de Dieu pour sa vigne sera reporté sur une autre « nation » : celle qui aura reconnu son Fils. Un Fils comparé lui-même à la vigne dont le vin sera le sacrement surabondant de sa vie, versé pour la multitude en rémission des péchés. 

Ce qui se joue, à travers cette image si féconde, vaut donc pour nous, et de multiples façons. Nous sommes aujourd’hui les ouvriers de la vigne du Seigneur, que nous soyons appelés à la première ou à la dernière heure. Nous sommes la vigne elle-même, ou plus exactement, ses sarments. Nous sommes appelés à nous laisser émonder pour donner le fruit le meilleur. 

Et nous sommes les héritiers de la promesse du Père, communiant déjà au vin de fête du Royaume à venir. 

La fin du récit évoque la pierre rejetée qui devient la pierre d’angle. Elle réaffirme, en annonçant la résurrection, que l’amour de Dieu a renversé tous nos refus. 

Sr Claudine Perquin