Une voix proclame

 

« Il envoie sa parole sur la terre, rapide, son verbe la parcourt » (Psaume 147)

 

Une voix, proclame : « Que la lumière soit, et la lumière fut ! »

Une voix proclame : « Préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu […] Alors se révèlera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé »

Une voix venant du ciel proclame : « Toi, tu es mon Fils bien aimé, en toi, je trouve ma joie ».

La joie de Dieu est au commencement de tout. C’est d’elle que surgit tout être vivant et la création entière. C’est d’elle que surgit la promesse d’un chemin praticable pour tout être de chair, sans trop de ravins, sans trop de montagnes, sans trop d’aridité. Et c’est elle qui ouvre le ciel pour nommer Jésus « Fils Bien aimé », et offrir à chacun de nous la promesse d’être associés à cette nomination. Oui, en Jésus son Fils, le Père trouve sa joie. A sa suite, il la trouve en chacun de nous.

C’est lui le Fils unique, qui pour nous va affronter les ravins, les montagnes et le désert. C’est lui qui va descendre dans l’ombre de la mort, et ce dès aujourd’hui, en plongeant dans l’eau du Jourdain – et l’on connait la crainte des hommes de la Bible pour cette eau évocatrice de mort, et en remonter pour nous offrir la vie.

Il n’y aura plus d’autres paroles venant du ciel. En lui, tout est dit.

Dans le quotidien des jours ordinaires, il nous reste à l’écouter, à l’entendre, à en vivre. Sans crainte, puisque bien-aimés.

 

Anne Lécu o.p. 

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Venez, adorons le Seigneur

Jean Poye, Adoration des mages, 1500.

Dieu se manifeste en ce petit enfant qui vient de naître  dans la ville de David : Bethléem. La lumière a chassé les ténèbres. Ce petit enfant apporte la révélation de Dieu que les ténèbres ne peuvent pas étouffer tant sa présence est grande, tant sa présence était attendue. Le prologue de Jean au chapitre 1erle montre bien, je ne peux que vous inviter à le lire, le relire et le méditer.

La lumière a pris notre condition humaine, cependant tout n’est pas acquis car le roi Hérode supporte mal un autre roi sur ses terres.

Des Mages vêtus d’une manière somptueuse, arrivant avec leurs chameaux de régions lointaines vont trouver le roi Hérode. Une étoile les ayant guidé jusqu’à Jérusalem. « Où est le roi des Juifs qui vient de naître. Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage ». A cette question, le roi est troublé. Les grands prêtres et les scribes indiqueront la ville où se trouve ce roi des Juifs : Bethléem. Voilà, trois étrangers se dirigeant vers le Fils de Dieu, ce bébé. Mais ils arrivent avec des présents : or, encens et myrrhe. L’or, métal précieux que l’on offre à un roi. L’encens dont la prière monte  vers le Seigneur. La myrrhe, ce baume qui sert à embaumer les corps et que l’on retrouve le Vendredi Saint.

L’ayant trouvé et adoré, ces Mages vont retourner chez eux par un autre chemin sans en informer le roi Hérode, sur le lieu où Dieu a choisi de se manifester, de rejoindre son peuple.

Et nous, en ce jour où nous fêtons l’Epiphanie, pouvons-nous apporter à notre monde cette Paix, cette Joie, cette Espérance tant annoncée, tant attendue.

Les premiers venus adorer le Fils de Dieu, ce sont les bergers, des personnes rejetées, vivant à l’écart près de leurs troupeaux. Les suivant, ce sont les Mages, des étrangers venus de pays lointains attestant la réalisation des Ecritures.

Aujourd’hui notre monde attend des chrétiens qu’ils témoignent de ce qui les habitent par leur manière de vivre, d’être. Ce ne sont pas des choses extraordinaires mais c’est le quotidien. C’est là que Dieu se révèle entre autre.

« Venez, adorons le Seigneur »

Sœur Corine op     

Fête de la Sainte famille

Jésus vient d’avoir 12 ans.

C’est l’âge de quitter l’enfance, l’âge de s’intégrer à la vie sociale.

Quelle liesse … ce pèlerinage où l’on chemine ensemble par voisinage !

Car il y a de la route : quelques 150 kms, ce n’est pas rien.
Il peut s’en passer des choses !

Apprentissage d’un itinéraire : monter à Jérusalem pour la Pâques.

Il y a comme de la mort et de la naissance dans l’air !

Puisque c’est l’âge de quitter l’enfance, Jésus prend du large …

« A l’insu de ses parents » …

Il  crée de la distance…

Il prend au sérieux sa bar misva.
Il affirme sa liberté … de Fils …

Il reste à Jérusalem quand la caravane prend le chemin du retour.

Et pour Marie et Joseph quelle inquiétude !
Ils le croient devant ou derrière, mais non.
Il n’est pas non plus « parmi leurs parents et connaissances ».

Ils le cherchent 3 jours durant.

Peut-être le croient-ils mort ?

Et 3 jours plus tard, les retrouvailles !

Comme un jour de résurrection,

Un jour de sortie du tombeau.

« Vois comme nous avons souffert ! »

 

Marie et Joseph n’ont pas pris la vraie mesure du geste de Jésus.

Il est sorti de la famille, des liens de parenté.
Il est ailleurs.

« Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »

Il est dans le Temple « au milieu des docteurs de la Loi,

 Il les écoute et leur pose des questions ».

Débat d’égal à égal.
Sauf que la Loi  et le vrai Temple à venir, c’est Lui, Jésus.

On ne met pas la main sur Dieu.

Je dédie cette courte méditation

aux parents de Florian, Vinciane, Virgile, David …

à Lilou, 16 ans, dont on a enterré la maman cette semaine,

à Manon qui attend des jumeaux,

à toutes les familles en difficulté

et à celles dont l’amour transfigure la vie,

la leur et celle des autres.

 

Sœur Françoise-Chantal Lelimouzin o.p.    

Exposition de crèches

Vous rêvez d’une promenade sur la presqu’ile de Quiberon ? Ne ratez pas l’exposition de crèches que nos soeurs ouvrent à ceux qui le souhaitent.

« Un rameau sortira de la souche de Jessé » (Is 11,1).

A travers cette exposition de crèches qui aura lieu de la fête de la Nativité à la fête de l’Epiphanie (le 6 janvier), nous venons adorer cette naissance du Fils de Dieu parmi nous. Vous êtes invités à venir découvrir plus de 200 crèches qui marquent de manières différentes, par l’œuvre d’artistes connus ou inconnus, ce mystère de la Nativité.

Cette exposition a lieu à l’Accueil St Joseph – communauté Dominicaine – 9 rue Pasteur – 56510 St Pierre Quiberon

 

« Marie se mit en route avec empressement »

Quelle joie habite si intensément Marie pour lui faire entreprendre un tel voyage ?

Est-ce le désir d’aider Elisabeth qui en est à son 6èmemois … et elle est âgée ?

Est-ce celui de partager un bonheur inouï avec une future maman qui comprendra son allégresse ?

Voilà deux êtres en présence qui dans leur intimité secrète savourent des moments inexprimables, et qui louent Dieu !

Qui nous dira l’émotion d’Elisabeth face à l’imprévu de Dieu, sinon ce cri d’adoration, de joie, de louange : «  Bienheureuse es-tu d’avoir cru ! ».

Elisabeth avait-elle eu connaissance du refus de croire de Zacharie ? Quel contraste entre les deux réponses !

Oui, Marie était bienheureuse entre toutes les femmes !

N’avait-elle pas cru, de suite, à l’accomplissement de ce qui lui avait été promis de la part de l’ange de Dieu ?

Et Marie de tressaillir de joie en Dieu, son Sauveur !

Un chant jaillit, qui a jailli, qui continuera de rejaillir pour célébrer ce Dieu de miséricorde qui secourt les pauvres et les petits au détriment des riches et des puissants, qui rassasie les affamés de justice et de paix, qui n’oublie pas son peuple choisi et qui lui pardonne.

La pureté du cœur de Marie lui fait découvrir comme autrefois les prophètes, « la Miséricorde divine qui s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ».

Et nous ? Quelle est notre allégresse, notre « empressement » à préparer la venue de notre Sauveur ?

Est-ce que nous croyons vraiment à l’étendue de cette Miséricorde ?

N’aurions-nous pas envie aujourd’hui de fermer la radio pour ne pas entendre tous ces cris de guerre, de vengeance, de haine, qui saturent les esprits et les cœurs ?

Marie, que nous dirais-tu ? … Comme le Pape François ? « En quoi consiste la Miséricorde ? Elle consiste à donner, à aider, à servir les autres, à comprendre, à pardonner (…) [1]».

Jésus ne dit pas : heureux qui planifient la vengeance mais il appelle « heureux » ceux qui pardonnent et qui le font soixante-dix-sept fois. Il faut savoir que tous, nous constituons une armée de gens pardonnés. Si nous nous approchons sincèrement du Seigneur et si nous tendons l’oreille, nous entendrons parfois, probablement ce reproche : ne devrais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi j’ai eu pitié de toi ? (…) [2]».

Comprendre, se mettre à la place de l’autre, comprendre pourquoi tels chemins ont conduit mes frères aux pures méfaits … à enseigner la vengeance … A nous, n’ont-ils rien à reprocher ?

Reprenons les versets d’Isaïe : «  Il a porté secours à Israël son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, ainsi qu’il l’avait promis à nos frères, en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais ». Notre descendance ! La promesse divine est pour tous ! Pécheurs que nous sommes !

Marie, Elisabeth avaient entendu cette promesse. Elles y ont cru, d’où cette allégresse, cet empressement de l’une vers l’autre, à reconnaître la Miséricorde infinie de Dieu.

Marie ! Soutiens notre foi si fragile, aide-nous à comprendre, à pardonner et la Joie du Seigneur dont tu fus pétrie jaillira parmi tous nos frères et sœurs, réconciliés et heureux !

Soeur Monique Wagner      

[1]Jubilate et exultaten°80.

[2]Jubilaté et exultaten°82.

Faiseurs de paix

Hier lundi 10 décembre, nous célébrions les 70 ans de la déclaration universelle des Droits humains de 1948. Après plus 60 millions de morts, dont plus de 45 millions de civils, 6 millions de juifs, Hiroshima et Nagazaki, les nations se décident enfin pour la paix, affirmant que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… » Une promesse était ainsi faite : les droits des individus compteraient autant que les droits des États. « Un sombre anniversaire », pourtant, au regard de la vague réactionnaire qui s’étend et des “hommes forts” qui attisent la haine et bafouent les libertés fondamentales.

Mais il est aussi des visages qui éclairent cet anniversaire, donnent force et espoir.

Dimanche à Oran Pierre Claverie, évêque d’Oran, les 7 moines de Tibhirine, et les 11 autres religieuses et religieux ont été reconnus bienheureux. Bienheureux de n’avoir rien préféré à l’amour du peuple au milieu duquel ils vivaient, au nom de l’amitié du Dieu unique, le Christ pour eux. Bienheureux de ne pas s’être souciés d’eux-mêmes. Bienheureux d’avoir aimé la vie jusqu’à la perdre. Visages magnifiques d’une Église de proximité, de dialogue, de compassion. Une Église sans prétention, sinon celle d’être servante pour la dignité de tous.

D’autres visages encore. Comme ceux de Nadia Murad, 25 ans, et Denis Mukwege, 63 ans, qui se battent contre une même barbarie : le viol utilisé comme arme de guerre. Ils ont reçu ce lundi 10 décembre à Oslo, le Prix Nobel de la paix.

Nadia Murad, jeune Irakienne Yézidies a pourtant déjà vécu mille vies. Elle a survécu au génocide perpétré par l’État islamique en août 2014 dans son village natal. Après l’assassinat de ses frères elle devient une esclave sexuelle, vendue et revendue à différents bourreaux. Aujourd’hui, elle se bat pour les 3 000 femmes yézidies toujours captives de Daesh et « pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains ».

Denis Mukwege, dont j’ai déjà souvent parlé, chirurgien gynécologue congolais se bat depuis vingt ans pour réparer le corps de femmes, d’adolescentes, d’enfants brisées dans leur intimité sexuelle et leur intégrité psychique par des actes de torture, des viols et des mutilations atroces. Ces corps mutilés qu’il répare, sont des « terrains de guerre ». Il déclarait hier en recevant le Nobel, « Ce ne sont pas seulement les auteurs de violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard. S’il faut faire la guerre, c’est la guerre contre l’indifférence qui ronge nos sociétés ».

Les 19 bienheureux d’Algérie, Nadia Murad, Denis Mukwege, en ces temps troublés et incertains nous montrent le cap. Vivre à hauteur d’homme, rien de plus. Rien de moins.

 

Véronique Margron op. 

Chronique diffusée sur RCF mardi 11 décembre 2018.