Pour vous qui suis-je ?

La question de Jésus dans l’évangile est comme le bilan de son ministère en Galilée. Après sa prédication, ses journées sont remplies de guérisons et de miracles, les gens sont encore divisés à son sujet. L’idée leur vient de le comparer à un prophète ou à Jean le Baptiste, ou encore au prophète Elie. La demande de Jésus est une question de confiance, elle interpelle ses disciples. Que disent les gens ?…et vous que dites-vous ? Ce n’est pas un sondage d’opinion pour connaitre sa popularité. Jésus demande à ses disciple une prise de position personnelle. Le Christ ne demande pas de refléter les idées des autres, ni même de dire leur idée personnelle. Il leur faut prendre parti. Il attend une réponse existentielle de leur part. « Pour vous, qui suis-je ? »  Et Pierre lui répond sans reprendre l’énumération de la foule : « tu es le Messie. » Tout au long de l’histoire la même question revient. Qui est Jésus pour moi et qu’est ce que je vois en lui ? Quelle est ma perception de lui ? Quels visages donnons-nous Jésus dans notre vie de foi et dans notre Eglise ? Que disons-nous de lui ? Il ne s’agit pas de répondre de manière mécanique et stéréotypée, comme si c’était une leçon apprise. Suivant la réponse que je donne personnellement à cette question, ma vie sera ou ne sera pas transformée en profondeur. Pour chacun de nous qui est Jésus ? Une tradition transmise ? De la foi transmise reçue de nos parents, catéchistes, prêtres, religieux etc. Nous devons passer à une foi personnalisée dans le Christ ; et nous deviendrons, à notre tour des témoins, car c’est en cela que consiste le centre de la foi chrétienne. La profession de foi de Pierre marque un grand tournant dans la vie publique de Jésus. Il va désormais privilégier la formation de ses disciples. Il leur dévoile un secret d’amour, pour la première fois, il leur annonce sa Passion et sa résurrection : « il faut que le fils de l’homme souffre beaucoup qu’il soit rejeté ! Il sera tué et le troisième jour il ressuscitera » En parlant de sa Passion et de sa Résurrection à saint Pierre qui lui répond : « Tu es le Messie », Jésus ne fait que dire qu’il est bien le « Serviteur souffrant » dont parle le prophète Isaïe, celui dont Daniel parlait dans le psaume 22. Il rappelle à ses apôtres la dimension réelle qui est la sienne selon la révélation biblique. La riposte de Jésus aux reproches de Pierre a quelque chose de cinglant et de brutal : « passe derrière moi, Satan ! » Il veut faire comprendre que le salut de Dieu ne consiste pas à supprimer la souffrance, la mort et la haine par la force ou par un coup de baguette magique. C’est pourquoi Il nous invite à un changement de perspective dans l’image que nous avons de Dieu et nous appelle à marcher à sa suite, à entrer dans sa victoire qui sauve l’humanité dans le plus grand amour. Demandons la grâce au Seigneur de nous donner la force et le courage de le témoigner aux autres par une expérience plus profond de lui quel qu’en soit la situation dont nous vivons.

 

Sœur Madeleine DEDOUI Image-1.jpg

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Ephata

Ses oreilles d’ouvrirent

sa langue se délia

et il parlait correctement.

L’opération accomplie par Jésus dans l’évangile de ce vingt troisième dimanche, renvoie aux gestes divins de la création par lesquels Dieu, dans sa mansuétude, façonna le corps humain auquel il donna vie.

Et il parlait correctement. C’est cette sollicitude dont déborde le cœur de Dieu pour l’homme, que Jésus manifeste aujourd’hui, pour signifier que l’acte créateur est permanent et que la main de Dieu est toujours posée sur sa créature. Jamais Dieu n’abandonne sa créature, pas plus qu’il ne la délaisse point dans ses souffrances aussi bien physiques, matérielles que spirituelles. Le prophète Isaïe nous donne cette assurance quand il déclare : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver »

Ce que Dieu a crée, il le protège, il l’accompagne et il en prend toujours soins. Le geste de Jésus rassure par rapport à la présence continue de Dieu dans notre vie et nous redonne confiance, en même temps qu’il renforce notre conviction en la toute puissance divine.

Des gens lui amenèrent un sourd et supplient Jésus de poser la main sur lui. Soyons donc confiants à l’instar de ses gens et espérons à chaque instant de notre vie que la bonté et la proximité divine ne nous feront jamais défaut. À chacun Jésus dit aujourd’hui : «  Effata » afin que nos oreilles s’ouvrent pour que nous écoutions les paroles de Dieu et que nos langues se délient pour que nous les proclamions avec certitude.

Daigne le Seigneur nous y aider tous.

Soeur Pascaline Bilgo  

C’est donc maintenant

 (Dt 4, 1-2.6-8)

 

Le temps de Dieu est le présent, car c’est dans ce temps de l’histoire qu’il nous accompagne, nous invite à prendre son pas, se fait proche, bref qu’il nous aime. Le présent, ou vivre « sous le soleil », comme dirait le vieux sage Quoelet.

Mais le présent n’est pas l’instant, qui est saccadé, sans passé et sans avenir. L’instant ne fait que se succéder à lui-même, éphémère et sans épaisseur. L’enjeu des humains, c’est bien de vivre au présent. Non dans un passé fantasmé où tout semblait bien mieux – l’Église, la famille, le climat, le monde…- pas plus que dans un futur qui promettrait la lune.

Mais que dire du présent, lui qui est toujours en fuite et nous échappe. L’immense Augustin d’Hippone, grand penseur du temps, peut nous éclairer et nous aider à entrer dans cette page du deutéronome. Pour lui tous les temps sont au présent, mais un présent qui se déploie en présent du passé, en présent de l’aveniret en présent du présent. Allons plus avant :

La loi, les préceptes sont comme un présent du passé, car il s’agit que ces paroles racontées et transmises il y a si longtemps, nous concernent aujourd’hui. Non pour être dans un carcan. Non pour penser qu’il n’y a rien à inventer et à transformer. Au contraire, mais non sans un socle, non sans revisiter le passé car l’aventure humaine est une. Cette visitation du passé ouvre le présent de la foi comme de la vie afin que la nouveauté ne se perdre pas du côté de la destruction, du faux. Elle nous tient du côté du vrai car la loi, les « dix paroles » – que nos catéchismes nomment encore « les dix commandements » – n’offrent rien de moins que la vie. Rappelons-nous la première, « c’est moi le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir d’Égypte. » (5, 6) Sortir, un verbe de naissance en hébreu. Sortir d’Égypte, c’est recevoir la liberté et la vie, « pour que nous soyons heureux tous les jours de votre vie et qu’il nous fasse vivre comme aujourd’hui. » (6, 20-24)

À travers les Paroles, ce qui est en jeu c’est la relation avec ce Dieu qui offre un chemin pour vivre, aujourd’hui, un Dieu qui ouvre et fait advenir. Nous ne sommes pas là pour exécuter des ordres d’un autre âge, mais pour vivre d’une relation qui donne confiance pour tracer une voie large. Et ce sont les impasses que Dieu démasque, afin que le peuple puisse les éviter et ne revienne pas à ses esclavages, à ce qui le fait mourir : « tu n’useras pas faussement du nom de Dieu… tu ne tueras pas, tu ne convoiteras pas… » L’envie, le mensonge, la haine de l’autre et les idoles, voilà qui nous tire vers l’abîme. Si la « loi et les préceptes » mettent à nu les voies sans issue, reste à dessiner sa vie afin qu’elle soit bonne et sensée. Là se trouve la liberté.

Ainsi, le rapport à notre Dieu et à sa parole devient-il aussi un présent de l’avenir. Car vivre de cette relation, de la mémoire de ce qui l’a fondée, c’est porter l’inquiétude d’une terre plus hospitalière pour tous, car nous-même avons été esclave ; non en Égypte, mais en quelques terres intérieures. C’est s’engager pour le respect de droits des plus fragiles, pour faire advenir des paroles vraies, pour ne pas se comporter avec duplicité ni désinvolture.

Enfin de compte, le présent auquel nous sommes invités, le présent du présent, c’est peut-être juste un nouveau regard. Poser un regard renouvelé sur notre vie, elle dont le Dieu vivant est l’indéfectible compagnon, là serait un secret du présent. C’est quand nous cessons de lui attribuer de la valeur pour notre vie, aujourd’hui, que le présent tombe dans le passé. Plus même, vivre dans l’attention au présent et vivre dans l’attente de l’éternité sont une unique réalité, ce présent de la joie que nous mettons à faire les choses et à nous engager dans la vérité et dans la bonté.

 

Véronique Margron op.  

(Publié dans La Vie de ce dimanche 2 septembre 2018)

Conscience universelle!

Mc 7, 1-8. 14-15. 21-23

Ce passage de l’Évangile selon Marc nous invite à réfléchir sur un thème récurrent dans la Bible : « L’homme peut-il être pur ? »

Mais dans ce passage, le fait de « ne pas se laver les mains » n’est pas montré comme une faute de propreté ou un manque d’hygiène. Des mains non lavées sont beaucoup plus que des mains sales, elles sont considérées comme « impures » et « souillées ». Et dans la Bible, l’« impureté » et la « souillure » sont des choses insupportables pour l’homme juif, car elles signifient qu’il est coupable vis-à-vis de Dieu.

Jésus, ne dit pas aux Pharisiens que ce n’est pas bien de se laver, mais il rappelle que ce geste en lui-même ne rend pas gloire au commandement de Dieu : il n’est qu’un précepte humain. Celui qui suit consciencieusement un tel précepte peut paraître, aux yeux des hommes, quelqu’un de pieux. Mais aux yeux de Dieu, qu’en est-il ? Si les hommes sont attachés aux apparences, Dieu regarde le cœur. Ce sur quoi il nous juge, ce n’est pas le nombre de rites que nous avons accomplis, même avec la plus grande sincérité.

Nous sommes jugés sur l’amour que nous mettons dans nos gestes, dans nos relations avec nos proches et tous ceux qui croisent notre route.

Ainsi, Jésus considère que l’homme coupable n’est pas celui qui n’a pas pratiqué les lavements et purifications rituels. Jésus affirme que l’homme véritablement coupable est celui dont son « intérieur », c’est-à-dire son « cœur », est la cause de toutes sortes de mauvaises choses, pensées ou actions. Ces dernières sont décrites au verset 22 : « intentions mauvaises, inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidité, perversités, ruse, débauche, envie, injures, vanité, déraison ». Voilà ce qui caractérise l’impureté de l’homme, une impureté qui vient de son fort intérieur et de son cœur.

Ce qui rend impur, c’est-à-dire ce qui éloigne de Dieu, ce n’est pas la désobéissance aux prescriptions humaines touchant des gestes extérieurs à poser ; c’est plutôt la rupture multiforme (des  toutes sortes de crimes) que l’homme entretient à l’intérieur de lui-même avec pourtant cette loi d’amour que Dieu a mise en lui (Mt 22,36-40).

C’est la simple conscience universelle, la morale la plus naturelle, que Jésus remet en valeur. Aucune coutume nationale, aucune tradition des ancêtres, ne peut aller contre ces lois essentielles que tout homme droit reconnaît au fond de sa conscience.

Diana Sierra op.

Reste ou partir ?

21éDimanche du temps ordinaire.

                                         Evangile selon Saint Jean 6,60-69

Dans ce dimanche nous arrivons à la fin du chapitre 6 de l’évangile de st. Jean, que surement nous avons bien suivi pendant les quatre dimanches de ce mois : Il s’agit du discours de Jésus sur le Pain de Vie. (Jn 6,22-59)

Aujourd’hui nous sommes confrontés aux réactions de la part des disciples à ce discours prononcé par le Maître à  Capharnaüm (6,24), « Cette parole est rude, qui peut continuer à l’écouter »(6,60),  combien de fois nous est arrivé à nous aussi d’avoir des réactions pareilles face aux discours qui nous sont difficiles à comprendre ou que simplement  ça nous choquent, parce qu’ils sont contraires à notre manière de penser.

La Parole de Dieu est une parole qui opère, qui révèle, qui séduit et aussi qui scandalise, et dans le quatrième évangile à partir du chapitre 1,  il nous montre les différentes réactions à la parole de Jésus : parole qui attire les deux premiers disciples, (1.37) l’eau qui est changée en vin: Marie, dit aux servantes « quoi qu’il vous disefaite-le » (2.5), l’entretien avec Nicodème (1-21), et  la merveilleuse rencontre avec la Samaritaine (4,1-42), qui ont bouleversés leur vies, en les transformant  en des créatures nouvelles,  de même que par la Parole de Jésus : le fils d’un officier   est guéri (4,43-45), et par l’autorité de sa parole, un paralytique à Jérusalem « prend son brancard et marche » (5,8), ce paralytique reprend vie et dignité, grâce à la Parole qui vient d’en haut, aussi c’est par la Parole que Jésus pardonne les pêches (5,14), une parole qui redresse l’homme vers Dieu.

Par la bouche de Jésus, Dieu parle, sa Parole est loi, et règle de vie, elle nous révèle les sens de choses, des évènements, elle est promesse et annonce (5,19-30), même si il nous indigne; la parole de Jésus est donc un fait, en face duquel l’homme ne peut se tenir passif, l’auditeur de la Parole de Jésus se voit sommé de prendre une position et cela engage son destin. Et voilà ce qui se passe après le discours sur le Pain de Vie (6,22-59), déjà avant la fin du discours certains se mirent à murmurer à son sujet (6,41), même l’ont interrompue, après la tension se tourne à vif et des murmures qui se sont transformés en violentes«  discussions entre eux » (6,52).

Il y a ceux qui trouvent que  cette Parole est  dure, que personne ne résiste à l’écouter(6.60), d’autres, « s’en retournèrent et cessent de l’accompagner »  C’est-à-dire ils ont rejeté le Christ, et rejeté le Christ est aussi s’éloigner de Dieu, qui par la Puissance de sa parole a tout créé.

Ici, ne s’agit pas de comprendre, mais de croire (6.64),et croire pour comprendre les mystères de Dieu,  ça nous dépasse ! nous devons faire confiance, nous laisser conduire par l’Esprit et rentrer quelque fois dans le silence face à nos incompréhensions, comme la fait Marie, «  garde tout dans son cœur ( Luc 1,52).

Jésus avait donné son enseignement à une foule nous dit st Jean(6.22), les Paroles de Jésus avaient choqué les disciples (6.60,66) ; les disciples sont ceux qui ont reconnu Jésus comme Maître et les voilà  entrain de partir, cette fois ne sont pas les juifs, ni les saducéens….  ce sont les disciples.

Dans la scène seulement resta Jésus face aux douze, il leur dit, avec une parole aussi rude «  Voulez-vous partir, vous aussi »Jésus rend libre le groupe des douze à continuer de le suivre, il ne force personne, il laisse le choix ; maintenant  sont eux, les douze à prendre une position  face à ces Parole  si dure, de la part du Maître. «  Voulez –vous partir » et pendant que les autres sont entrain de partir Simon Pierre, s’approche à Jésus et au nom du groupe prend la parole : «  Seigneur à qui irions-nous ? Tu as les Paroles de la vie éternelle » (6,60)Même si Pierre, n’avait tout compris, lui en revanche avait été témoin de la puissance de la Parole de Jésus, depuis qu’il avait décidé de la suivre (1,42) Pierre présent à la multiplication du pain (6,1-15) et à la marche sur les eaux, est marque par l’épreuve et la foi.

Pierre, avait l’expérience par la foi que les paroles de Jésus, suscitent et communiquent la vie éternelle «  Tu es le saint de Dieu » (6,69), Simon Pierre au nom de douze, reconnait que Jésus est l’envoyé  du Père, mais c’est la foi qui lui donne la grâce de reconnaitre en la Parole de Jésus une Parole de vie, et  de vie  éternelle.

Que l’Esprit Saint, nous aide à être persévérants dans le chemin de la foi.

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Sr. Maria Esperanza OLARTE-MATEUS. OP

…Conviés au sens de la mort pour la vie

Commentaire sur les textes du 20è dimanches de l’année B.

Pr. 9,1-6 ;   Ep 5,15-20 ; Jean 6, 51-58

Depuis le 17èm dimanche, jusqu’au 21 ème, soit 5 dimanches, la liturgie de l’Eglise nous invite à la méditation sur le pain de Vie. 5 semaines qui correspondent au temps plus particulier des vacances d’été. Dans notre société, c’est le moment où beaucoup de gens quittent leurs habitudes quotidiennes à la découverte d’autres horizons, d’autres coutumes, d’autres visages…Tous n’empruntent pas des chemins de randonnées ou de pèlerinage portant sur leur dos les vivres indispensables pour le chemin, mais quelque soit les conditions du déplacement, et pour la réussite de ce temps,  il faut prévoir le gite et le couvert.

Ce temps est donc favorable pour mieux comprendre de quelle nourriture nous devons nous préoccuper pour notre corps, certes, mais aussi pour notre âme.

Dans la 1ère lecture de ce 20 èm dimanche, la Sagesse, elle qui fut engendrée avant la création, se soucie de notre devenir. Elle construit,  sa maison, à partir de 7 colonnes. Ces 7 colonnes m’évoquent les 7 dons de l’Esprit que la Sagesse couronne comme celle qui les contient tous. Là, elle convie à son  banquet, semblable à celui que prophétise Isaïe 25,6.

A ceux qui se laissent immergés dans un univers mondain, affairés à réussir, à s’enrichir, à dominer quelque soit les moyens pour y parvenir, bref, à ceux qui choisissent la voie de mort, elle propose son chemin de vie. « Quittez l’étourderie », revenez à Dieu, revenez à la Loi.

La figure de la Sagesse, personnifiée et  qui vit parmi les humains, s’approfondit tout au long de l’histoire d’Israël et trouve sa pleine révélation  en Jésus, Parole fait Chair, Verbe de Dieu.

Le pain et le vin que la Sagesse offre, selon la lecture de Proverbe, préfigurent le pain et le vin que Jésus donnera à ses disciples le soir de la Cène : «  Ceci est mon corps qui est donné pour vous… Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang qui est versé pour vous… ». Corps donné, Sang versé, là se trouve  la source de la puissance de  Vie de L’Eucharistie. « Tel est le pain descendu du ciel ».

Dans le verset 64, de ce chapitre 6, Jésus  proclame, « les Paroles que moi je vous ai dites, sont Esprit et elles sont Vie. Mais il en est parmi vous qui ne croient pas. »

« Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? ». Pour comprendre la vérité que contiennent ses paroles, Jésus nous appelle à dépasser les représentations humaines et à nous laisser éclairer par son Esprit. Il nous faut croire et étreindre la Croix, folie pour le monde mais Sagesse de Dieu. Sur ce chemin, ô combien escarpé, la nourriture, « Je suis le Pain de vie » et la Présence divine, nous sont assurées.

Il nous faut vivre ce paradoxe : «  C’est en éprouvant l’insensé de la vie pour la mort que nous entendons le Christ nous convier au sens de la mort pour la vie. (Citation d’après un poème eucharistique de P. de la Tour du Pin. )

Sœur Viviane Martinez

Marie, métisse du monde

      (Dormition de la Vierge, Fra Angelico)

Mémoires de ceux que nous avons aimés. Qui se sont endormis pour toujours. Des traces de leur tendresse se sont inscrites dans notre chair. Empreintes de douceur qui nous protègent, nous guérissent dans nos douleurs d’aujourd’hui. Fidélité aimante à toute épreuve jusque celle de la mort.

Marie, femme pour nos histoires sinueuses. Douceur tenace, liens sûrs. Comme ceux qui racontent l’Évangile de ce jour. Nous imaginons peut-être l’Assomption comme un événement grandiose, où s’ouvre le ciel en recevant la vierge. Où elle est couronnée de gloire et de beauté, comme je l’admire dans la peinture de Fra Angelico et de la Renaissance. Mais ce jour est plus humble. Une jeune fille enceinte de Dieu même par l’enfant qu’elle porte, qui vient de dire à un ange « que tout se passe pour moi selon ta parole », (Lc 1, 38) part rapidement visiter une autre femme. Sa cousine, qui se croyait trop vieille et délaissée dans sa stérilité (1, 36). Car elle aussi attend un enfant, l’inespéré. Marie entreprend donc un long voyage pour visiter et soutenir Élisabeth. La solennité de l’Assomption — selon la traduction latine : « enlever », « s’adjoindre » — trouve sa vérité dans un modeste récit, celui d’une Visitation. Histoire de femmes, de solidarité, de fidélité, de bénédiction.

Marie, première des croyantes, reconnue ainsi par sa cousine Élisabeth : « La mère de mon Seigneur vient jusqu’à moi ». Depuis le Ve siècle, l’Église célèbre avec ferveur Marie qui, jusqu’en sa chair, entre dans la vie éternelle et vit dans la gloire de Dieu, dans l’éternelle proximité de son fils. Son fils et son Dieu. Marie, mère car elle a écouté la parole, l’a retenue en son être, l’a vécue en toute sa chair, jusqu’en ce jour où à trois heures il faisait nuit : celle de la mort de son fils unique. Chacun peut devenir la mère du Seigneur : en le recevant en sa vie intégralement, lui, la vérité et la vie. Lui, le fils, ami de ceux qui se croient loin et désolés. Destinée offerte à tous, femmes et hommes, juifs et païens… Une unique condition : écouter. Entendre jusqu’en ses entrailles celui qui frappe doucement et attend. Avoir de l’espace en soi. Voilà pourquoi les arrogants et ceux qui croient posséder le monde, ou leur vie, ne peuvent y consentir. Car il n’y a aucune place dans l’auberge de leur cœur. Elle affiche complet depuis longtemps.

Depuis les premiers temps de l’Église, c’est toujours la même histoire. Du Mexique à la Pologne, de Madagascar, au Togo, ou à Paris et Rocamadour, et sous tant de cieux, Marie est choyée, priée, bénie. Non comme une sorte de déesse. Mais parce qu’elle est la sœur de chacun, son proche. Métisse en quelque sorte, des couleurs du monde, des cœurs, des histoires et des croyances.

Affection et protection de toujours, depuis l’heure où Jésus lui dit « Mère voici ton fils » en parlant de Jean, le disciple et l’ami, qui la prit chez lui. En cette heure, la fatalité a été renversée. Nous ne sommes pas seuls et l’histoire n’est pas close, fermée à triple tour sur nos malheurs pourtant parfois si violents. Marie ne craint rien de nos douleurs ou de nos errements. Elle peut tout entendre, tout porter vers son Fils.

Luc nous enjoint de suivre ce que Marie accomplit aujourd’hui : aller visiter les hommes qui se croient délaissés, abandonnés des hommes comme de Dieu. La mission de l’Église en fidélité à la dormition de Marie, n’est autre que l’humble compagnonnage avec toute humanité. Grâce à la force que nous offrent les entrailles aimantes de Marie.

Véronique Margron, op. 

Dans La Parole est tout près de ton cœur, Bayard 2017