Tout est dit

Qui cherchez-vous ?

                                        Que voulez-vous ?

                                                                                  Voici l’homme !…

Jésus est livré à la foule trop riche de ses  comptes à régler … un pauvre est jeté  en pâture. Et tout se joue en l’espace de quelques heures…..

  • un procès qui n’en n’est pas un
  • un condamné qui n’a rien fait de mal, contre lequel Pilate lui-même n’a rien retenu
  • une foule manipulée par les prêtres, qui ne sait plus qui elle est, ni ce qu’elle fait,  ni pourquoi elle le fait

À vrai dire, il nous en faut du temps pour essayer de mieux  comprendre le sens de  la longue montée de Jésus vers Jérusalem, son dernier repas, sa traversée du Jardin des Oliviers, son arrestation, sa condamnation et sa lente ascension vers le Golgotha…

Il nous  en faut du temps pour comprendre cet amour fou qui, cloué sur la croix, devient source de vie pour toute l’humanité.

Devant le Christ en croix, il n’y a plus rien à dire…. Seul le silence peut parler. Au pied de la Croix, ce sont nos propres vies que nous sommes appelés à regarder. Au pied de la Croix, ce sont nos propres chemins de croix que nous sommes appelés à revisiter. Certes, pas simplement les nôtres, mais aussi les chemins de croix des autres, de tous nos frères et sœurs du monde entier.

La vie de Jésus, à l’image de la nôtre, est arrivée à une heure que chacun aimerait éviter : celle des ténèbres. Ténèbres des cœurs qui le jugent ; ténèbres de la corruption qui vient détruire le seul pur et le seul juste ; ténèbres de la peur dans laquelle Pierre se débat ; ténèbres de la souffrance et de l’abandon ; Ténèbres de la persécution, ténèbres de l’oppression. Ténèbres du meurtre et de la violence.

Ténèbres qui sont aussi les nôtres aujourd’hui : dans la maladie ou l’épreuve, dans la solitude ou dans l’abandon, dans la tentation, dans le mal, dans la tristesse ou dans le désespoir; dans la misère ou dans injustice, dans la violence ou dans l’oppression.

À la neuvième heure (c’est-à-dire vers 3h de l’après-midi) Jésus poussa un grand cri: «  Eli Eli, lama sabachthani » ce qui veut dire : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Il est intéressant de constater que Marc et Mathieu ont transcrit  ces paroles du Christ en araméen, comme ils le font pour les paroles les plus impressionnantes de Jésus dans de circonstances spéciales :  « Ephphata »,   » Rabbouni « ,  » Abba »… En ce moment précis, ces paroles sont certainement authentiques et ô combien troublantes. Jésus se sent abandonné par son Père.

Psychologiquement, humainement, Jésus ressent une grande solitude, effectivement une sorte d’abandon. Mais cependant on ne peut pas dire, comme André Gide en s’appuyant sur ce cri, que Jésus soit mort désespéré. Bien sûr cette détresse est réelle, mais il ne s’agit pas à proprement parler de désespoir, car celui-ci signifie qu’on a perdu la confiance en Dieu. La détresse, elle, résulte simplement d’une immense tristesse et d’une grande désolation.Jésus par la volonté du Père a vécu la tragédie que représente toute mort humaine. La peur de la mort, pour lui particulièrement ignominieuse, mort qu’il avait demandée à son Père de lui épargner à  Gethsémani. Mais il s’est incliné devant la volonté du Père.

La détresse de Jésus, exprimée dans cette phrase:  » Eli Eli lama sabachthani « , nous le savons, est reprise du premier verset du Psaume 22 . Elle a donné lieu à de multiples  interprétations, mais en prononçant ce verset, Jésus a voulu montrer que l’Ecriture s’accomplit en lui et que le psalmiste  annonçait sa propre plainte. Il est intéressant de souligner aussi que ce psaume qui a commencé dans l’angoisse s’achève dans la confiance. « Que ta volonté  soit faite et non la mienne « Jésus en fidèle Fils de Dieu, s’abandonne  pleinement à Lui.

 Et, à notre tour, c’est cette confiance absolue en Jésus Ressuscité que nous devons avoir. Lorsque nous contemplons la Croix, pensons toujours que du haut de cette Croix, c’est Lui qui nous regarde avec une immense tendresse, avec Amour, un amour démesuré. En étendant ses bras entre ciel et terre, notre Frère nous a précédés auprès du Père où il nous attend dans la joie parfaite de la Résurrection.

Soeur Maria Fabiola Velasquez   

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Qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse, au ciel, sur terre et aux enfers.

Nous voilà aux portes de Jérusalem, acclamant Celui qui vient au nom du Seigneur. Saint André de Crète commente, « C’est nous-mêmes que nous devons en guise de vêtement, déployer sous ses pas ».

Nous voilà aux portes de Jérusalem, réclamant Barabbas, l’autre « fils du père », et laissant là, livré, Jésus, le véritable Fils du Père.

Dans la foule des disciples qui acclament son Seigneur, celui qui crie et que les pharisiens rabrouent, c’est toi, c’est moi. Et celui qui rabroue le petit peuple de Dieu, au nom de je ne sais quelle bienséance, c’est peut-être toi, ou moi.

Celui qui pose la main sur la table, et se prépare à trahir Jésus, qui est-ce ? demandent les siens ? Oui, serais-ce moi ? Jésus accepte son baiser, comme pour sceller l’amour plus fort que la trahison, non sans lui faire remarquer qu’il n’est pas dupe. Mais voilà. Le traitre est embrassé par son Sauveur. Alors, qui retourne quoi ? Est-ce Judas qui trahit par un baiser son ami, jeu pervers s’il en est ? Ou bien est-ce Jésus, qui acceptant jusque là la trahison, scelle la victoire de son amour plu fort que la mort ?

Oui suis-je et où sommes-nous chacun, dans cette foule bariolée qui conduit Jésus à la croix ? Avec Pierre, au coin du feu, en train de renier lâchement Jésus ? Avec Pierre, bouleversé par le regard du Christ, conscient soudainement de sa misère, qui pleure, mais malgré tout garde au fond de lui une espérance plus forte que son désespoir, nourrie de la promesse de Jésus : « Quand tu seras revenu, raffermis tes frères ! » ? Avec Hérode, qui n’en a rien à faire et se moque cruellement de Jésus ? Avec Pilate, convaincu de l’innocence du Christ, mais piégé, et lâche aussi, au point de le livrer à ceux qui le réclament pour avoir la paix ? Sommes-nous dans la foule qui crie « Crucifie le » ? Ou dans la foule qui pleure, effrayée de ce qu’elle voit se dérouler sous ses yeux ? Sommes-nous du côté des soldats, obligés de faire leur travail, et comme le centurion convaincu de l’innocence du Fils ? Sommes-nous Simon, requis pour porter la croix du Seigneur, alors qu’il n’a rien demandé ? ou les femmes de Jérusalem, qui pleurent après que Jésus a pleuré sur cette ville qui n’a pas su reconnaître celui qui la visitait ? Sommes-nous du côté des responsables du Sanhédrin, qui livrent le Christ à la mort, ou bien avec Joseph, l’un d’eux qui pourtant prend sur lui d’offrir au Seigneur un tombeau digne ? Ou peut-être sommes-nous de ces bandits crucifiés, dont on ignore tout du crime, bandits que le Christ a accepté de rejoindre, lui l’innocent par excellence, qui va mourir du côté des coupables, confondu avec eux, afin qu’ils ne meurent pas seuls ?

A l’heure où nous avons quelqu’idée de ce qu’un péché collectif signifie, si nous n’avons pas su faire de nos vies un tapis pour ses pas, oui, sans doute ne nous reste-t-il qu’à tomber à genoux, en mettant notre foi dans la foi de tous ceux qui nous ont précédés, elle-même enracinée, tenue, par la foi du Christ. Car il est plus sûr de notre foi que nous-mêmes. A l’heure où tout s’effondre, le contempler, c’est encore croire. Et Paul, dans son épitre aux Philippiens l’a assuré : même aux enfers, on tombe à genou devant le fils de l’homme élevé de terre.

Anne Lécu o.p.     

 

 

 

 

Des hommes, en flagrant délit

De quoi s’agit-il ? d’une femme ? D’hommes « mâles » qui se croient les détenteurs de la Loi ?

Dans nos bibles, ce récit est le plus souvent nommé « la femme adultère ». Voilà qui me mettrait en colère, si je n’avais tous ces temps bien d’autres motifs. Car n’est-ce pas là prendre le point de vue des accusateurs ? À l’instar du satan de l’antique jardin de la Genèse qui accuse déjà ?

Car que savons-nous de cette femme ? rien. Aucune preuve n’est là, sinon sa présence forcée, jetée là en pâture par ces hommes. Qui confirme son adultère ? Personne. Est-elle seulement mariée, ou fiancée ? Rien ne l’indique. Et où est l’homme, alors même que la Loi demande que l’homme aussi soit amené (Dt 22, 22 ; Lev 20, 10) Et qui les a si bien renseignés ?

Pour ses accusateurs cette femme n’existe pas. Elle est un appât pour mettre Jésus en contradiction. Ils n’ont que faire d’elle, de son adultère éventuel et même de la loi véritable. Compte de piéger Jésus. C’est lui qu’ils veulent prendre en flagrant délit d’une transgression de la loi de Dieu.

Mais alors qui se retrouve dans ce tribunal de l’arbitraire ?

N’est-ce pas plutôt eux-mêmes, tel est pris qui croyait prendre, dirait Jean de la Fontaine dans la fable « le Rat et l’huître »

Qui est infidèle donc ? N’est-ce pas ceux que dénoncent les prophètes, comme au livre de Jérémie (ch. 2)

Les prêtres n’ont pas dit : « Où est-il, le Seigneur ? » Les dépositaires de la Loi ne m’ont pas connu, les pasteurs se sont révoltés contre moi ; les prophètes ont prophétisé au nom du dieu Baal, ils ont suivi des dieux qui ne servent à rien.

Voilà les véritables fautifs, ceux qui profanent le nom de Dieu, qui parlent faussement de lui, car ils accusent et trompent au lieu de consoler, d’encourager, de porter.

La justice divine dont scribes et pharisiens se réclament se retourne contre eux et dévoile leurs cœurs fermés.

« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » S’il en est un qui soit fidèle, un qui n’ait pas perverti la parole et dont la vie témoigne de ce que la bouche proclame, alors qu’il commence.

Personne donc.

La femme se retrouve libérée. Libérée du jugement des hommes et peut-être de son propre jugement, comme en miroir aux leurs.

« Déliez-le et laissez-le aller » dira plus loin Jésus aux siens concernant Lazare (Jn 11,44).

Voilà la vérité de la Loi. Jésus délie et laisse aller ceux qui se croyaient perdus, accusés, pécheurs… Tous ceux que l’on voulait enfermer dans les tombeaux de la culpabilité et du jugement réprobateur des bien-pensants.

Ces hommes appartiennent au monde des ténèbres en prétendant détenir le vrai contre l’humain ; un « faux-vrai » qui fait mourir.

Et Jésus, qui décidément ne veut rien avoir à faire avec eux, ne les condamne pas davantage. Ils repartent d’eux-mêmes. Espérons que cette mise en face de leur mensonge les aura changés. Rien n’est moins sûr, puisque plus loin les mêmes, exaspérés « ramassèrent alors des pierres pour les lui jeter » (Jn 8,59). Au moins une femme n’en fera plus les frais.

Va. Ne pèche plus.Étrange finale pour une femme dont rien ne dit qu’elle était coupable de quoi que ce soit. À moins qu’il soit possible d’entendre cette parole comme une promesse d’avenir : ne plus se croire jugée par Dieu, moins encore condamnée, pas plus par elle-même. Ne plus se vivre exclue.

 

Véronique Margron op.

Va et ne pèche plus désormais

Dans ce passage d’Evangile regardons les Pharisiens… ils sont sincères et fidèles aux obligations de la loi, ils défendent les règles et les valeurs de leur religion. De l’autre côté la femme, qui a commis une erreur et est tombée. Ils la jugent et elle attend d’être lapidée. Au centre de ce tableau, Jésus. Il ne condamne pas cette femme adultère et ne méprise pas les commandements de Dieu. Jésus ne veut pas prendre partie, face aux accusateurs. Il voit le cœur de cette femme accablée et porte sur elle un regard de compassion, de miséricorde : « Personne ne t’a condamnée ? ». « Personne » répond-elle. « Moi non plus… ». On pourrait penser que Jésus favorise, en quelque sorte, son péché… Il poursuit en l’invitant à se laisser habiter par la grâce de Dieu : « Va et ne pèche plus ! »

Dieu regarde chacun de nous avec amour. Comme cette femme, nous sommes, toujours, appelés à devenir meilleurs. Nous pouvons, malgré nos fautes, regarder en avant, accueillir la nouveauté et la miséricorde de Dieu pour traverser les épreuves, les déserts et monter vers Jérusalem, en à cette fin de ce carême.

Prenons le temps de nous demander : quelle parole va me sauver cette semaine ? Et ne perdons pas de vue la parole de Jésus à cette femme, qui s’adresse peut être chacun et chacune d’entre nous : « Va, et désormais ne pèche plus ».

 

Sr Françoise-Marie op.  

Un saisissement et un élan

De l’Evangile de ce dimanche, il y a tant à dire. De notre partage en communauté, nous avons repris plusieurs aspects: de la conversion du plus jeune fils qui a pris le risque de prendre en charge sa propre vie mais qui face à l’échec retourne à la maison, à la colère de son aîné qui a choisi la sécurité de la propriété familiale mais reste finalement rongé par la jalousie envers son cadet accueilli dans la joie et la fête, en passant par cet amour inconditionnel d’un père déchiré par la mésentente de ses fils…chacune reçoit l’histoire selon son propre cheminement intérieur.
Pour ma part, à bien y regarder, aujourd’hui ce qui m’apparait c’est encore cet amour inconditionnel du Père pour chacun de ses enfants que nous sommes pour lui dans notre totale humanité, même si nous l’oublions trop souvent.Cet amour dont nous sommes aimés est source de compassion. Le Père est saisi de compassion et provoque cet élan irrépressible vers son fils. Plus rien n’est sous contrôle :  « être saisi » autant que l’élan qui nous projette en avant, nous dépasse. Peut-être pouvons-nous y reconnaître des révélateurs de la présence du Christ en nous: la compassion, l’élan de générosité nous poussent à aimer les autres en vérité au-delà de nous-mêmes.
Puissions-nous entendre cette demande de St Paul: « Ne brisez pas l’élan de votre générosité… »

Soeur Christine Panin o.p.

« Un moment de vérité » chez Albin Michel, le 27 mars

Notre soeur Véronique publie ce mercredi Un moment de vérité, chez Albin Michel.

« Je me suis décidée à écrire non pour enfoncer le glaive plus avant dans l’Église, mais pour proposer des voies afin de sortir de ce désastre. ».

Véronique Margron est une voix catholique qui compte et une responsable reconnue de l’institution ecclésiale. Cette appartenance la rend peut-être plus radicale encore dans sa critique d’un système qui a permis tant d’abus sexuels dans l’Église, et qui en a organisé l’impunité. Véronique Margron a été amenée depuis des décennies à recevoir et écouter des victimes d’abus de toutes sortes, et cette expérience donne à son propos une densité humaine unique. De plus, s’engageant en théologienne, elle pousse la réflexion au-delà de la simple critique d’un dysfonctionnement, fût-il gravissime : il s’agit de déceler dans ce qui structure l’Église les racines du mal – et dans ses fondements spirituels les issues possibles d’un relèvement.

Il est possible de trouver ce livre dans toutes les librairies, ou en ligne ici.

Laisse-le encore cette année

Il est des heures où l’on est sans voix. Le malheur sans raison (la chute d’une tour qui fait 18 morts) ou le mal commis (l’assassinat des Galiléens par Pilate) laisse sans voix les disciples de Jésus.

La mort brutale signe l’urgence de la conversion.

Il est urgent de vivre, urgent de vivre pour les autres et pour Dieu, autre nom de la conversion.

Cette urgence, Jésus la décline selon une parabole agraire.

Devant un figuier qui semble stérile, l’urgence n’est pas de le couper, mais de le soigner patiemment. Il est urgent d’attendre.

Le viticulteur décide de donner du temps à son arbre. Il bêchera autour pour lui donner de l’air, et y mettra du fumier.

Le fumier, des déjections, ce qui ne sert à rien, voilà peut-être ce qui sauvera l’arbre.

Aux heures que nous traversons, qui nous laissent sans voix, la conversion, c’est peut-être prendre sa bêche, et travailler la terre en silence. Sans oublier d’y déposer tout ce que l’on pensait vain et inutile. Nos fautes, peut-être, regardées en face. Du fumier et du temps.

Il faudra de la patience, et du travail, pour permettre à l’arbre à donner du fruit.

Mais une fois que nous aurons fait ce que nous pouvons, si le figuier reste sec, sans fruit, libre au Seigneur de le couper.

« Tout ce que ta main trouve à faire, fais le tant que tu en as la force » Qo 9

 

Anne Lécu o.p.