Le commandement de l’amour : Aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même.

Trentième Dimanche du temps ordinaire année A

Mat 22,34-40

Dans l’évangile le docteur de la loi cherche à tendre un piège à Jésus qui, en retour lui répond avec bienveillance. Par une telle attitude, Jésus nous enseigne comment vivre avec notre prochain et comment enseigner concrètement la Parole de Dieu avec bonté et douceur par notre vie. Il aurait pu se mettre en colère, mais non ! Il est resté calme en dépit de la provocation des pharisiens. Cette attitude de Jésus nous amène à interroger nos attitudes : comment réagissons-nous face à une personne qui nous importune ? Quel accueil réservons-nous à celui ou celle qui ne partage pas les mêmes idées que nous ?

Nous voyons que Jésus répond au docteur de la loi en s’appuyant sur la Parole de Dieu. Cela signifie que c’est la Parole de Dieu qui nous éclaire. Elle nous montre le chemin d’une vie harmonieuse envers nous-même, envers nos prochains et envers la société. En outre, l’usage de l’adjectif possessif « ton » dans ce passage : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu », semble symboliser l’appartenance et la rencontre personnelle que nous sommes appelés à avoir avec Dieu qui est « notre Dieu » et aussi « notre Père ». 

Aimer Dieu et son prochain comme soi-même. Ce passage de l’évangile selon Saint Mathieu dont nous retenons trois éléments essentiels : l’amour de Dieu, l’amour de ses frères et l’amour de soi-même, nous situe au cœur de la vie chrétienne. Il s’agit d’aimer entièrement : aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toute notre force. C’est un amour qui doit venir librement de notre cœur et c’est à nous de le faire grandir chaque jour. Aimer Dieu et son prochain comme soi-même paraît simple en théorie, mais pas toujours évident dans la réalité, car nous laissons parfois nos besoins, nos désirs et nos intérêts étouffer notre relation avec Dieu et avec nos frères et sœurs. 

Permettez-moi d’illustrer mon propos par une petite anecdote. Lors d’une conversation avec des étudiants en management marketing sur la solidarité et l’économie solidaire, l’un d’entre eux m’a fait savoir que la solidarité tant clamée de nos jours est une idéologie, car d’après lui, « les intérêts guident les pas ».  Pour cet étudiant, l’amour du prochain est conditionné par les intérêts qu’il tire dans sa relation avec autrui. Or, dans la vie chrétienne, l’amour du prochain et la solidarité ne doivent pas être une « idéologie », mais une réalité qui consiste à aimer l’autre pour lui-même et non pour son statut social, ni pour ses biens.

Jésus ajoute : « Voici le deuxième commandement, qui est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

La loi de Moïse réunit deux commandements : aimer Dieu, et aimer nos frères. Parce qu’on ne peut pas les séparer. Ils sont interdépendants. Saint Jean nous l’explique clairement en ces termes : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu » et qu’il déteste son frère qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas ». (1 Jean 4,20). Nous ne pouvons pas dire que nous aimons Dieu, si nous ne cherchons pas à voir et à aimer nos frères et sœurs, qui souffrent autour de nous, qui ont besoin de notre attention et de notre écoute. Et Saint Paul de renchérir dans son hymne à la charité : « J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. » (1Co13,1).

Dieu nous a créés par amour. C’est cet amour qui nous permet de vivre heureux dans le monde et que nous sommes invités à transmettre à nos frères et sœurs. L‘amour que demande Jésus n’est pas celui des discours, mais celui qui se concrétise dans notre vie quotidienne et dans les petites choses comme nous le suggère saint St Jean : « aimez en actes, véritablement. C’est à cela que vous saurez, que vous êtes dans la vérité » (1 Jean 3,18).

Seigneur, obtiens -nous la grâce d’un cœur qui sache t’aimer sincèrement en nos frères et sœurs. 

Amen !

Sœur Catherine ZONGO

Le temporel et le spirituel

Dans l’Evangile de ce dimanche, nous sommes en présence des Pharisiens. Ceux-ci supportent les Romains comme un mal inévitable et en présence des Hérodiens. Ces derniers, tiennent à la restauration du pouvoir d’Hérode sur toute la Palestine.

Ici, l’objectif est de piéger Jésus mais auparavant ils font ressortir ses qualités : « Tu es franc, tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité sans te laisser influencer car tu ne tiens pas compte de la condition des gens ».

Et la question est posée : « Est-il permis de payer le tribut à César ? »

La réponse souhaitée est oui ou non. C’est un peu court comme réponse me direz-vous, aussi Jésus fait apporter la monnaie qui sert à payer le tribut.

A l’époque, la pièce de monnaie porte une représentation du buste de l’empereur, couronné comme un dieu avec cette inscription « Tibère César, fils de divin Auguste ». Les prétentions divines étaient nettes. Cependant, l’Ancien Testament interdit les images humaines en raison de ce risque de déification. Ainsi pour respecter cette sensibilité religieuse, les gouverneurs romains ne frappaient, sur le territoire juif, que des monnaies sans image. Ici, cette monnaie semble sortir de la poche des Pharisiens…Dans l’Ancien Testament, le livre de la Genèse met en garde contre les idoles. On n’adore que Dieu seul.

A la réponse souhaitée oui ou non, Jésus pose cette question : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » La réponse sera donnée par ses interlocuteurs eux–mêmes : « la monnaie porte l’effigie de César ». Donc « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Cet impôt pour l’empire romain, était le même pour les Juifs. Il était considéré comme le signe infamant de la sujétion du peuple à Rome.

Jésus fait une séparation entre le pouvoir de l’empereur et la vie en Dieu dont il vient accomplir la loi. Il n’abolit pas la loi mais l’accomplit par lui-même. D’où cet agacement des Pharisiens car il accomplit l’Ecriture. Ce Messie tant attendu dont le prophète Isaïe mentionne dans divers passage de son livre, ira jusqu’au bout. A travers lui, il révèle son Père : « Qui m’a vu, a vu le Père » (St Jean).

Ce texte d’Evangile comporte la séparation des pouvoirs – l’empereur et Dieu ; le temporel et le spirituel – On pourrait dire aujourd’hui : l’Etat et les religions ; séparation des pouvoirs et respect mutuel des pouvoirs dans l’intérêt du bien commun.

Pour les Pharisiens qui subissent l’occupation romaine, leur souci premier est les droits de Dieu.

Aujourd’hui, le chrétien est attendu dans le quotidien de ses journées. En allant chaque jour puiser à la source, sa vie va refléter son intérieur. Il posera question à son entourage. Peut-être …

Être chrétien, c’est oser dire, oser être, oser témoigner, contre vents et marées, habité par l’Esprit qui nous anime, sans s’imposer.

Sœur Corine op

Les noces du Fils

« En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux prêtres et aux pharisiens et il leur dit en parabole : le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils… »

     Que ce soit un roi ou un frère de famille de condition modeste, prépare le mariage de son fils requiert nombres occupations : choix des invités, invitations à envoyer et tout cela, nous l’imaginons dans un climat de joie ! il faut que la fête soit belle !

      Mais  subitement le tableau change : les personnes invitées ne tiennent pas compte de l’appel, les unes et les autres vont se désister…invoquant comme nous le dirions aujourd’hui, une activité pressante, une opération bancaire difficile, un voyage à l’étranger… mais qui plus est, devant la pression des serviteurs se révoltent et les tuent…dans la plus flagrante indifférence… !

     Nous arrivons au centre de la parabole : que veut bien nous faire saisir Jésus ?

Reportons-nous aux verset précédant cet épisode, terminant la parabole des vignerons assassins : « en    entendant ces paroles, les grands-prêtres et les pharisiens comprirent que c’était d’eux qu’il parlait ; ils cherchaient à l’arrêter mais ils eurent peur des foules car elles le tenaient pour un prophète « .

     Dans la parabole de ce dimanche, nous nous retrouvons dans le même climat hostile, violent, où la parole de Jésus est refusée ; et ce que les petits, les publicains comprennent de son enseignement …les pharisiens, les grands-prêtres le réfutent !

     La salle du festin, après le refus, va-t-elle rester vide ? La joie du banquet nuptial va-t-elle disparaitre ? Or ce Royaume que Dieu offrait n’est-il pas une communauté joyeuse et définitive de tous les hommes qu’ Il a créés (T.O.B.)

     Que penser alors de ces invités ? Pourquoi ne tiennent-ils pas compte de l’invitation reçue ? Ne ressemblent-ils pas à ces personnes que le Pape François cite dans son encyclique : Tutti  Fratelli ? «  Ils vivent de ressentiments, ne se privent pas de violences verbales sur les réseaux sociaux , considèrent les migrants comme indignes d’être accueillis, propagent l’inégalité entre hommes et femmes jusqu’à devenir des meurtriers ».

     Non, la salle du festin ne va pas rester vide… Voici le Roi qui se tourne vers les gens de la rue, les bons et les mauvais, ceux que l’on méprise ou qu’on ne regarde pas. Les voici qui vont pénétrer dans la salle nuptiale et participer à la joie du Royaume ! Mais toutefois à une condition : revêtir le vêtement de noce !

     N’est-ce pas ce que le Seigneur nous rappelle aujourd’hui ? Le vêtement de noce, nous l’avons revêtu avec le Baptême nous sommes alors entrés dans ce Royaume et nous voilà investis de la mission de l’Eglise ! Et quelle est cette mission pour nous aujourd’hui ?

     Elle nous est fortement rappelée par le Pape François qui nous exhorte à laisser de côté toutes les différences de races, et face à la souffrance que nous côtoyons à devenir proche de toute personne, l’antithèse des invités de la noce !

     Faisons nôtre ce que le Pape appelle  « l’amitié sociale qui peut se développer au sein d’une communauté et elle devient la condition de la possibilité d’une ouverture universelle vraie, combattant celle des invités.

     Prions le Seigneur ! que nous puissions répondre à cet appel de notre Pape François en cherchant à créer un climat de joie, partout où nous sommes, en rendant visible et vraie une fraternité universelle authentique, pour qu’en chacun de nous coule le fleuve de l’amour fraternel.

Soeur Monique Wagner op

Plantons la vigne

Parmi les images des paraboles utilisées par Jésus, la vigne est une de ses préférées. Ce dimanche, une fois de plus et dès le premier texte, il est question de vignerons, de maitre du domaine… Il est vrai que, de Noé à Isaïe, la vigne tient une place de choix dans l’économie et dans la spiritualité de la Palestine ancienne. Son abondance est bénédiction divine et son vin a saveur d’éternité. Mais la qualité de son fruit se mesure à la fidélité que l’homme y aura engagée. Pour la troisième fois, Matthieu prend cette image pour réaffirmer qu’Israël, « la vigne du Seigneur de l’univers », n’a pas été à la hauteur de sa vocation. Cet héritage lui sera retiré, pour avoir tué le fils que le Maître de la vigne lui envoyait. Le soin si minutieux de Dieu pour sa vigne sera reporté sur une autre « nation » : celle qui aura reconnu son Fils. Un Fils comparé lui-même à la vigne dont le vin sera le sacrement surabondant de sa vie, versé pour la multitude en rémission des péchés. 

Ce qui se joue, à travers cette image si féconde, vaut donc pour nous, et de multiples façons. Nous sommes aujourd’hui les ouvriers de la vigne du Seigneur, que nous soyons appelés à la première ou à la dernière heure. Nous sommes la vigne elle-même, ou plus exactement, ses sarments. Nous sommes appelés à nous laisser émonder pour donner le fruit le meilleur. 

Et nous sommes les héritiers de la promesse du Père, communiant déjà au vin de fête du Royaume à venir. 

La fin du récit évoque la pierre rejetée qui devient la pierre d’angle. Elle réaffirme, en annonçant la résurrection, que l’amour de Dieu a renversé tous nos refus. 

Sr Claudine Perquin

Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi

L’évangile de Matthieu au chapitre 20 parle de salaire et de bonté. Mais il défait nos modèles et nous place dans un monde où l’on ne mesure pas, où l’on ne pèse pas, où l’on ne calcule pas. Le maître de la vigne a choisi de donner un denier à ceux qui travailleraient pour lui. Les premiers commencent tôt, d’autres arrivent en cours de route, et les ouvriers de la dernière heure, que le maître embauchent pourtant, sont tous payés de la même façon, un denier. Il est bien précisé qu’ils ne sont pas faignants, mais bien chômeurs, et que « personne ne les a embauchés ».

Ceux qui se plaignent de leur salaire sont les ouvriers de la première heure qui espéraient bien être payés au pro rata de leur effort, donc plus que les derniers arrivés. Ils n’ont pas compris que le don n’est pas un dû.

Pourtant, nous avions été prévenus par Isaïe, le prophète du Seigneur, « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. » Les uns et les autres n’ont pas à comparer leur peine, et le denier n’est rien d’autre que la métaphore de ce que Dieu donne à ceux qui le laissent venir à eux : sa tendresse, qui ne se pèse ni ne se mesure en demi tendresse ou quart de tendresse. Reste pour nous cet aiguillon : Qui va dire à ceux qui attendent que le maître embauche ? Et comment nous convertir à la bonté de maître pour devenir comme lui et donner ce qui n’a pas de prix, sans mesurer ni compter : notre attention, notre présence, notre temps, notre tendresse ?

N’est-ce pas cela, travailler à la vigne du maître ? Et ne sommes-nous pas tous en retard sur le maître pour comprendre ce qu’il espère de nous et quitter le marchandage pour entrer en gratuité ?

Anne Lécu op  

Soixante dix fois sept fois

Dans l’évangile de ce dimanche 06 septembre, Matthieu nous donne à méditer sur la correction fraternelle.  Ce passage s’inscrit entre, d’une part la parabole de la brebis égarée (Mt 18,10-14) et de l’autre, une réponse de Jésus à Pierre qui l’interroge sur le pardon à accorder aux frères. La réponse que donne Jésus à ses disciples est exigeante ; il leur demande de pardonner jusqu’à soixante-dix fois sept fois. Cela signifie que, dans la perspective de l’évangile, l’exclusion d’un membre défaillant ne doit pas être définitive. Prendre du temps pour ramener un frère sur le droit chemin nous rappelle notre propre fragilité vis-à-vis des autres. Nous avons besoin nous aussi des autres pour nous comprendre et prendre le temps de nous laisser nous refaire et nous convertir. En plus de cela la vie fraternelle ne peut être féconde que si les membres vivent une correction fraternelle entre eux, s’ils s’unissent pour confier leurs projets communs à Dieu, et s’ils vivent le pardon entre eux, sans limites, ni frein. Ici la correction fraternelle nous demande de veiller les uns sur les autres en osant nous interpeler. Avoir un contact direct et vrai avec la personne que nous pensons en faute pour connaître les raisons de son agir. En dépit de tout, si une faute est avérée, s’il n’y a pas possibilité de s’entendre faire appel à des témoins ou à l’Église pour nous aider à résoudre le différend sans aller devant un tribunal. La parole directe, le dialogue vrai et la confiance sont bien préférables car ils sont acte de foi et d’espérance en l’humain et la possibilité de relations franches et directes exprimées en  leur vérité et partagées.  On dit souvent que, le linge sale se lave en famille. L’Eglise est notre famille unie en Dieu qui veille sur ses membres par sa présence visible et invisible au milieu de nous. Cela nous aidera à comprendre mieux le rôle de l’Église dans le processus qui consiste à aider le frère pécheur à revenir à Dieu et à se laisser réconcilier. Comment vivons-nous tout cela dans nos propres communautés ? sommes-nous prêtes à aider une sœur dans cette situation ? Et mon rapport et ma pratique du sacrement de la réconciliation : où en suis-je ? Demandons continuellement à Dieu la grâce de nous venir en aide face à nos frères en faute afin, de les aider à la lumière de l’Evangile à grandir et à se convertir selon  sa volonté et non la nôtre. Que Marie notre mère nous y aide dans le quotidien de notre vie de foi à la suite du Christ notre Seigneur et notre Dieu.

 

Soeur Madeleine Dedoui

Fraternité

« Je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël », ainsi commence la lecture du prophète Ezéchiel de ce dimanche (ch. 33, 7) Guetteur. Belle ambition pour ceux et celles qui désirent ardemment une communauté simplement plus cohérente avec ce qu’elle croit. Guetteur et non surveillant. Là est aussi le projet de cette page d’évangile.

 

Pourtant, à la lecture, deux écueils se présentent d’emblée.

Tout d’abord, qui suis-je pour oser parler, aller voir celui qui est tombé, qui s’est écarté, voire perdu ? Ne faut-il pas d’abord regarder la poutre qui est dans mon œil avant de me soucier de la paille (Mt 7, 1-5) qui est dans celui du frère ou de la sœur ? Alors soyons clairs : je ne suis pas là pour régler des comptes, faire la morale, ni m’instaurer redresseur de torts. Si je peux m’adresser à ma sœur, mon frère, c’est dans une solidarité des bras cassés, dans ma propre conscience de mes errements.

 

Mais il est une autre difficulté, plus redoutable : Nous savons – bien tard – combien il est des fautes commises, des crimes, des atteintes à la liberté, à la dignité, à l’intégrité et la conscience de l’autre, dont l’enfant, qui ne peuvent relever d’un tête à tête, ni de deux ou trois témoins, ni même toute la communauté. Mais bien de la justice. Imaginer qu’aller trouver un manipulateur est la voie de la conversion est un leurre sur notre puissance. Ce n’est pas à la conscience du bourreau qu’il convient d’en appeler, comme si le mal commis pouvait rester en « petit comité ». Mais à la société des hommes afin que le tiers de justice se dresse, juge, atteste du mal subi par la victime et répare ce qui peut l’être. Nous savons combien l’entre-soi aura participé à plus de violence et de douleurs encore. Abîmant aussi l’intégrité de la communauté du Christ.

 

C’est alors dans la conscience vive de ces deux obstacles que je peux m’approcher de cette page de Matthieu. Et de quoi s’agit-il ? Non de gagner la bataille des arguments, de ma vérité, de prévaloir sur l’autre, mais de « gagner un frère ». Voilà le courage, le devenir frère. Ce frère que je vais trouver est donc celui-ci là que j’espère gagner, non pour moi, mais pour lui, pour nous ensemble, boiteux, tous. Essentiel. « Frère » car fils et fille du même Père, frère et sœur du même fils unique, le Christ. Voilà ce dont il est question.

Cette fraternité-là n’est pas une donnée, mais un projet, une passion. Car il est tant de fraternités mortifères, familiales parfois, mais aussi et en ces temps où des tueurs, au nom d’un dieu imaginaire et sanguinaire, se revendiquent frères, « à l’heure où certains ont fanatisé cette fraternité pour en faire le cœur de leur croisade macabre », écrivait la rabbin Delphine Horvilleur. Fraternités dévoyées.

 

Celle du Christ, loin de l’entre-soi, est bienfaisante et mobile. Une fraternité comme promesse, non sur le mode de l’identité, mais de l’intensité, dans une reconnaissance mutuelle. Non contre, mais pour d’autres, en leur faveur, comme le signe de ce que nous espérons devenir. Voilà l’unique motivation pour oser faire face avec à l’autre et lui parler, dans « l’humilité et la charité affectueuse » dit une règle de Qumrân. Lui parler et si besoin en appeler à des témoins et à la communauté du Christ. Au nom de Christ, rien d’autre.

Ce Christ qui sait parler, lui, et lui seul peut-être, au païen et au publicain ; y compris à cette part perdue en chacun de nous. Lui qui sait les reconnaître et les aimer jusqu’à en faire ses témoins privilégiés du salut, gratuit et surabondant. Personne n’est illégitime.

Véronique Margron op.

 

Dernier livre paru : L’échec traversé, avec Fred Poché, réédition, Albin Michel 2020

Pensées de Dieu, pensées des hommes

Juste avant ce récit, Jésus nous a demandé : « Pour vous qui suis-je ? »  Une force intérieure a fait sortir de ma bouche ces paroles : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». La réaction de Jésus m’a rendu heureux : « Heureux es-tu, c’est mon Père qui est dans les cieux qui t’a révélé cela » et en plus Il m’a confié une mission, Il a dit que je suis Pierre et que sur cette pierre je construirai mon Église. J’étais un peu aux anges et stupéfait en même temps. Mais avais-je bien compris ces paroles de Jésus, leur sens et leur portée ?

Nous avons vu les merveilles qu’Il a faites (guérison, pardon, résurrection…), pour nous Il était le tout puissant selon nos vues humaines, Celui qui peut d’un coup « de baguette magique » changer les choses et puis voilà que d’un seul coup Il part vers Jérusalem et nous parle qu’Il va souffrir et mourir, vous y comprenez quelque chose ? Pas moi. Alors je me suis écrié « cela ne t’arrivera pas », inconcevable pour moi, mais en faisant cela, sans m’en rendre compte je voulais enfermer Jésus dans ma conception que je me faisais de Lui. Et puis la souffrance, la croix, cela rebute. Et sa réaction : « Tu es un obstacle sur ma route, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».  Quel coup, je n’avais rien compris et en même temps il ouvrait quelque chose en moi. Je découvrais le sens de ce que j’ai pu expérimenter dans le compagnonnage avec Lui, la Source de la force qui Lui permettra de surmonter son épreuve : « Il avait sans cesse les yeux tournés vers Dieu ».

Si nous gardons cette fidélité, cette relation avec Lui en Dieu, nous aurons non seulement la force de vivre les épreuves de la vie mais aussi la grâce de découvrir que le suivre c’est :

  • Aimer : aimer c’est tout donner
  • C’est aimer jusqu’au bout, pleinement
  • C’est perdre pour gagner l’essentiel : Sa Vie en plénitude donnée chaque jour
  • C’est laisser Dieu travailler nos résistances intérieures
  • Laisser Dieu par Jésus nous retourner non pour être devant Lui et Lui dicter ce qu’Il doit faire, mais marcher à sa suite, derrière Lui. Oui renoncer à se donner soi-même le sens de sa vie, mais accepter de le recevoir d’un Autre.

A ne plus vivre avec le Christ comme un élément de mon existence, mais à le mettre au centre de ma vie, me laisser conduire par Lui.

Humainement, il nous est difficile d’accepter la réalité de la Croix et d’en découvrir son sens profond et de s’y ouvrir. Oui ne pas garder sa vie pour soi mais la donner à un Autre pour recevoir de Lui la vraie Vie, chemin de Joie et de Liberté intérieures qui nous ouvre à l’Amour vrai. Oui la Puissance de Jésus est autre que notre puissance terrestre. Il nous dit : « la Croix seule est la non puissance de Dieu, la Résurrection seule est la toute Puissance de Dieu ».

Vous pensez comme moi, qu’il n’est pas facile de rentrer dans cette réalité de Jésus, pas facile de faire la volonté de Son Père, exposant sa vulnérabilité, sa fragilité, parce qu’Il n’est qu’Amour. Pas facile d’accepter sa non-puissance, de donner Sa vie pour nous sauver et recevoir de Dieu la Puissance de la Résurrection qu’IL nous donne à chacun. D’ailleurs juste après Il nous fait vivre une expérience inoubliable, que nous ne comprenons pas bien sur le coup, mais qui sera une force pour nous lors de sa Passion et sa mort : Il est transfiguré devant nous, plus blanc que nature, prémices de la Gloire qui l’attend par sa Résurrection, nous disant que la mort n’aura pas le dernier mot et qu’une Joie, qu’une Vie sans fin nous attend, qu’Il doit pour cela vivre sa mission jusqu’au bout. Le chemin avec Lui n’est pas fini, il en faut du temps, des épreuves, des souffrances, des joies, des grâces pour comprendre un peu de Son mystère d’Amour, pour se laisser transformer et changer notre cœur pour qu’Il continue son œuvre en nous et par nous pour le monde.

Soeur Catherine Arrondel

Je te donnerai les clés du Royaume des cieux

 

Que de sueurs froides nous font passer ces maudites clés lorsque au moment de partir, celle de la porte d’entrée, à moins que ce ne soit celle de la voiture,  ne sont pas au rendez-vous !….

Dans l’Evangile, il s’agit de clés pour entrer dans le Royaume des Cieux.

Le pluriel suggère tout un trousseau.

S’il y a des clés, c’est qu’il ya des portes.
… des portes pour enter dans le Royaume.
… plusieurs accès …
Sinon une seule clé aurait suffi.

Confier une clé ou un trousseau à quelqu’un c’est lui faire confiance.

C’est lui permettre d’entrer et de circuler librement à l’intérieur.
Qu’il soit comme chez lui.

C’est en quelque sorte se livrer un peu à lui : il remarquera les livres que j’aime et la musique que j’écoute …

Dieu nous a donné les clés du Royaume
Qu’en avons-nous nous fait ?
Quelles portes ai-je ouvertes ?

La clé de la réconciliation, l’ai-je perdue et pas cherchée ?

La clé de la confiance, l’ai-je enfouie dans les profondeurs de mes poches ?
La clé du service à rendre, l’ai-je laissée sur la table pour que quelqu’un d’autre la prenne ?

La clé de la bonne humeur, au clou dans le vestibule ?

Celle de l’ordinateur pour répondre à ce message qui appelle au secours,  à la corbeille ?

La clé du dialogue ?

La clé de la prière ?

La clé du silence ?

La clé de la bienveillance et celle de l’indulgence ?

La clé de l’espérance … l’ai-je offerte à qui en avait besoin pour reprendre pied ?
la clé du portable fermé pour avoir la paix ? ……

La clé de la cohérence entre l’être, le dire et le faire ?

La clé du risque : risquer une parole, un sourire même masqué, risquer un geste de bienvenue, d’apaisement…

Alors c’est un passe-partout qu’il me faudrait !

Mais …. si  ….. clé voulait aussi dire  … solution, signification, sens ?…

Les clés du sens de ma vie pour entrer dans le Royaume de Cieux ?

 

Sœur Françoise-Chantal op