Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » cet Evangile met au centre la question de la résurrection qui est au cœur de notre foi en Jésus-Christ, pourtant aujourd’hui, comme au temps de Jésus, croire en la résurrection des morts n’est pas forcément une évidence. Parler de la résurrection c’est parler de la vie, c’est parler de la mort des autres mais aussi de notre propre mort. Nous le savons tous que la mort est la chose qui fait le plus peur à l’homme. Nous voulons voir Dieu mais nous ne voulons pas mourir car nous avons peur de l’inconnu. A vrai dire bien que nous affirmions notre foi tous les dimanches au moment du Credo cela fait problème parfois pour nous. C’est pourquoi l’Evangile de Luc nous interpelle si fortement en mettant en scène les Sadducéens qui, eux, ne croient pas en la résurrection comme le précise l’Evangile de Luc-et Jésus qu’ils interrogent.

Jésus est la résurrection et la vie : notre foi repose belle et bien sur l’expérience que nous avons en Lui. Il n’est pas le Dieu des morts, Il est le Dieu des vivants. Saint Paul nous le dira dans l’épître aux Corinthiens ; si le Christ n’était pas ressuscité notre foi est vaine (1Co 15,14-19). Nous croyons fermement que Dieu ressuscitera nos corps mortels au dernier Jour. Comme la mort salvifique du Christ, l’annonce de la résurrection fait partie du noyau primitif de la prédication chrétienne (Ac 2,24 ; 3,15 ;10,40). La résurrection éclaire l’avenir. Elle montre que les derniers temps sont inaugurés, que l’Esprit peut commencer à se répandre abondamment et la mission universelle s’ouvre au profit des nations. Elle annonce la possibilité de notre propre résurrection (1Co15), sur la base d’une première avance de l’Esprit Saint qui travaille déjà les cœurs, avant de renouveler les corps (Rm 8,11). En ce dimanche ou il est question de résurrection, demandons une grande foi en la résurrection afin que le Christ qui a vaincu la mort nous réconforte davantage et nous donne l’assurance de ressusciter au dernier jour avec Lui. Notre dame de la Résurrection intercédez pour nous vos enfants.

Soeur Madeleine Dedoui    

Où demeures-tu ?

Où demeures-tu ? Cette question qui inaugure la rencontre de Jésus avec les disciples de Jean (Jean 1, 35-42) est la nôtre : Où demeures-tu ?

Dans notre évangile, personne ne s’attendait à ce que Jésus vint demeurer chez Zachée. Ni les foules, ni Zachée lui-même, ni les proches, puisque « tous murmuraient ».

Et comment ne pas murmurer quand Jésus descend chez un voleur. Voleur au carré sans doute même comme chef des collecteurs d’impôts. Excellent voleur, donc très riche. Rappelez-vous cette parole à la fin du récit de ce jeune homme qui repart tout triste, car il avait de grands biens (Marc 10, 17-30) : « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Propos d’autant plus dur que le chameau était considéré comme un animal impur, lui qui était une mesure de la richesse, comme au livre des Chroniques : « La reine de Saba apprit la renommée de Salomon et vint à Jérusalem éprouver Salomon par des énigmes. Elle arriva avec de très grandes richesses, des chameaux chargés d’aromates, quantité d’or et de pierres précieuses » (2Ch 9,1). De plus, passer par le chas d’une aiguille avec deux bosses paraît relever un exploit quasi inaccessible.

 

Alors comment comprendre que Jésus se rende chez ce sinistre individu qui volait les plus pauvres avec un impôt injuste au profit de l’occupant romain, compromis alors avec lui jusqu’au cou. Tout sauf un pur donc !

La première clé est dans le mouvement. Car pour voir sans être vu, pour regarder de loin sans être nullement impliqué, Zachée est monté sur un sycomore, ce figuier sauvage qui monte très haut et possède une grande masse de feuillage. Facile alors de se cacher tout en observant la scène. Mais voilà que Jésus, lui, le voit. Et le fait descendre. La vie et l’avenir commencent là. Le relèvement aussi. Descendre.

Non pour s’humilier, se rabaisser, se dénigrer. Mais descendre à hauteur d’homme, à hauteur de ce Dieu qui marche pieds nus dans la glaise.

 

Où Demeures-tu ? Là, semble répondre Jésus, chez ceux qui sont dans le combat des hommes, bras cassés et souffle précaire, et ne cherchent pas à se préserver en regardant le monde sans y être impliqués. Là, chez cette crapule aux yeux de tous – mais craint de par son pouvoir. Car à l’appel de Jésus il répond et s’engage. Il n’envoie ni servantes ni serviteurs, car c’est chez lui – et non dans ses murs cossus, que Jésus s’invite.  Alors Zachée est là, debout (v. 8), comme déjà relevé par le Seigneur.

 

Jésus ne lui impose rien. Il veut juste partager le pain et le vin de l’amitié, de la réciprocité, avec celui qui ne partage guère et que la foule méprise et exclue de ses agapes pour son impureté.

Jésus vient demeurer en ce soin, en cette bienveillance qui n’a rien de mièvre, qui traite d’égal à égal avec Zachée. C’est ainsi qu’il va chercher ce qui était perdu. Zachée à désormais une place précieuse, unique, singulière, dans le cœur de Dieu, dans le regard du Christ. Il n’est plus besoin de l’acheter.

Comme pour nous.

Le salut est entré dans chacune de nos histoires où se mêlent le clair et l’obscur et il les tire vers le 3e jour, celui de l’avenir.

 

Véronique Margron op.

Commentaire paru dans La Vie 

Dernier livre paru Un moment de vérité, Albin Michel 2019.

Zachée

Nous voilà avec Jésus traversant la ville de Jéricho, un Jésus lucide sur ce qui l’attend à Jérusalem mais n’en continue pas moins sa mission auprès des hommes.  Là entre en mouvement le chef des collecteurs d’impôts. Dis-nous Zachée ce que tu sais sur cette ville.  D’accord, cette ville est la plus basse de toutes les villes, à 250m au-dessous du niveau de la mer, c’est dire que quand on y vient on ne peut que remonter dès qu’on se déplace. Et moi je vais vivre un chemin où je partirai très bas pour peu à peu remonter vers un autre horizon, du fond de moi-même et dans ma vie, d’un désir enfoui au fond de mon cœur qui surgit m’amenant au cœur d’une rencontre.

Zachée sais-tu ce que ton nom signifie ? Non, est-ce si important ?  Ecoute bien, ton nom en Hébreux signifie : « le Pur, le Juste ». C’est étonnant moi qui suis le chef des collecteurs d’impôts, au service de l’occupation romaine, oppressant les pauvres gens, faisant d’énormes profits…. Oui j’étais bien petit dans mes attitudes, mes pensées, mon égoïsme.

Et voilà Zachée qui entend parler de Jésus, qui vient de guérir un aveugle à l’entrée de la ville. Alors qu’Il passait, intrigué il cherchait à le voir, mais la foule, sa petite taille l’en empêchaient. Dis-nous qu’est-ce qui t’a poussé à grimper dans un sycomore pour le voir ? Je ne sais pas, peut être un retour sur moi-même, les gens m’évitent, je suis mal vue, parce que je les poursuis au nom de la loi, un malaise indéfini dans ma vie, un désir mystérieux ? Peut-être aussi parce que j’entends dire que Jésus est l’ami des gens que l’on n’aime pas…   Je me disais  de cet arbre je le verrai bien étant plus haut, au-dessus de la foule, je le verrai et avec peut être au fond de moi cette espérance que l’on dit vrai de Lui. N’allez pas me demander pourquoi. Mais voilà c’est Lui qui le premier m’a vu et s’est mis à me parler et à lever Son Regard sur moi. Ah si vous saviez ce Regard sur moi, nos 2 regards qui se croisent, vous comprendriez tout. Avec des mots c’est difficile de dire ce moment, je dirais c’est fort comme un Amour qui vous enveloppe et vous inonde, il est chaud et doux comme la lumière, il est transformant comme le soleil qui dessèche, brûle, Lui brûle nos défenses, nos armures, nos prisons, nos péchés.  J’étais en haut parce que si petit et Lui d’en bas m’a relevé, élevé, remis debout. Je croyais que je cherchais cet Homme, alors qu’enfin de compte c’est Lui qui me cherchait. Comme parfois vous croyez que vous cherchez Dieu, alors que c’est Lui qui nous cherche chaque jour.

Amie(e), mon frère, ma sœur, pêcheur, pauvre et petit, ose regarder Jésus qui te regarde avec la Tendresse du Père, découvre le pardon et l’invitation à une vie nouvelle dans les yeux de Celui qui t’aime.

Et oh ! Il m’a dit « descend vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi » Vous vous rendez compte, il me connaissait, il m’a appelé par mon nom, Il me cherchait bien et en plus Il s’invite chez moi, Il m’a choisi moi le plus bas, le plus méprisé. Pensez à la vitesse où je suis descendu et Le reçu avec Joie. Joie signe d’un rencontre, malgré les récriminations autour de moi. Mon cœur fut bouleversé, profondément retourné. Le désir de donner, de partager, de créer des liens, de ne plus tout garder pour moi…, a été le plus fort en moi. Ton Regard oh! Jésus a changé ma vie, j’y ai vu tant d’Amour, de respect, de confiance, de joie, de pardon et d’espérance en moi. Dis-nous maintenant Zachée tu peux porter ton nom véritable, « le Pur », le purifié ? Oui, Il ne m’a pas condamné, enfermé à double tour dans mon exclusion, mon péché, Il m’a Regardé, Il m’a Aimé et m’a ouvert la porte de la Vie, mon cœur n’était plus fermé, mais remplie et illuminé de la Joie de cette rencontre qui transforme.

Ami pêcheur mais bien aimé de Dieu, ne doute pas que quelqu’un t’Aime, ne te désole pas de toi-même, de ta vie, des échecs…. Pour Lui c’est toujours un lieu de renaissance. Cherche Le jusqu’au moment où par Jésus Il posera Son Regard sur toi, laisse toi trouvé par Lui, n’aie pas peur.  Je vous souhaite vraiment à chacune(e) de vivre cette rencontre, de découvrir ce Regard, Regard d’Amour où rien n’est définitif, où tout peut éclore. Il t’attend, Il t’invite à Le laisser libérer ton cœur. N’oublie pas ce que dit Dieu dans Isaïe : « Tu es important pour moi, tu as du prix à mes yeux et je t’aime. »  Rien n’est impossible à Dieu, crois en mon expérience, ma résurrection, foi de Zachée. Tu es aimé(e) comme personne ne pourrait l’imaginer. Le sais-tu ?

Laisse-toi aimer et comme moi tu verras ta vie transformée, ton cœur changée, s’ouvrir et tu goûteras cette Joie que rien ne peux te ravir ni les évènements, ni les autres. Laisse-toi seulement aimé.

soeur Catherine Arrondel

Où donc est l’Amazonie ?

Mais enfin, me direz-vous, en Amérique Latine, tout du long du fleuve Amazone, principalement au Brésil, mais aussi en Colombie, Équateur, Bolivie, Venezuela, et Pérou. Immense territoire de plus de 5, 5 millions de km2 qui produit 20 % de l’oxygène de la planète. L’Amazonie, où la terre meurtrie crie.

L’Amazonie, où les pauvres crient aussi, eux les victimes de la prédation de la terre et de ses richesses, comme de l’avidité des hommes.

L’Église en Amazonie, où il faut attendre des mois, voire des années, pour bénéficier d’une eucharistie, offrir le sacrement de réconciliation ou oindre les malades, tant les pasteurs sont rares. Amazonie alors où les communautés chrétiennes crient famine.

Le texte final du synode qui s’est clôturé ce dimanche, en appelle à une Église « amazonienne, samaritaine, incarnée », selon les mots du Pacte des catacombes renouvelé quelques jours plus tôt par une partie des pères synodaux, attachés à faire valoir la voix des plus faibles.

Voilà qui vient nous réjouir profondément.

Mais je reviens à ma question : où est l’Amazonie vraiment ?

Car s’il s’agit de penser une Église incarnée, amazonienne et samaritaine, alors l’Amazonie est aussi ici. Il est alors des territoires amazoniens où les pauvres crient et des communautés humaines, chrétiennes, souffrent. Terres rurales que l’Église, dans sa structure habituelle de paroisse, ne parvient plus à habiter. Terre des quartiers « sensibles » où l’implication chrétienne a parfois fondu comme neige au soleil. Terre des périphéries de nos grandes villes, comme les 3000 migrants de la Porte de la Chapelle à Paris, ou encore tant de maisons de personnes âgées ou handicapées…

Alors ce souci et cette volonté d’une Église proche, mêlée à la vie du peuple, une Église à hauteur d’hommes et de femmes, les pieds dans la terre, n’est-elle pas que pour le lointain mais bien pour nous ici aussi. « Cri d’espérance, de l’Église -disait François dans son homélie- que de savoir écouter tous les pauvres », où qu’ils soient.

Chronique du mardi 29 octobre 2019, RCF

Véronique Margron op