« Tu aimeras… »

Les textes liturgiques de ce trentième dimanche du temps ordinaire laissent percevoir quatre points essentiels pour notre vie chrétienne. Il s’agit de : l’amour de Dieu , l’exhortation à l’amour du prochain, le respect du pauvre et de l’immigré et enfin la conversion à travers une vie missionnaire.

La première lecture nous présente un Dieu amour et compatissant qui prend soin de ses enfants : «  S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! » et le psaume 17 nous montre un Dieu amour libérateur et protecteur : «  … Lui m’a dégagé mis au large, il m’a libéré, car il m’aime. »

Dieu qui est amour exhorte l’homme à l’amour de son prochain. En effet, dans le livre de l’Exode (22,20-26) le Seigneur s’adresse au peuple d’Israël en ces termes : «  Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas… » ; «  Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. » Dans l’évangile (Mt 22, 34-40) , à la question «  quel est le grand commandement ? », Jésus donne cette réponse au docteur de la loi : «  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » et « tu aimeras ton prochain comme toi-même. » A travers cette réponse, le Christ invite le pharisien qui représente chacun de nous à une vie harmonieuse entre prière et action.

L’amour de Dieu passe par celui du prochain comme le mentionne ce petit refrain des Focolaris «  Mon chemin pour aller à Dieu c’est toi ! » et saint Jean d’élucider que l’amour du Seigneur ne peut se soustraire de l’amour du prochain. Les deux sont étroitement liés : «  Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20). Le prochain, c’est le Christ à notre rencontre.

Le livre de l’Exode (Ex 22, 20-26) évoque un sujet toujours d’actualité qui est celui de l’immigré. Comment est perçu l’immigré dans notre société contemporaine ? Quelle place occupe-t-il ? Quel accueil réservons-nous aux immigrés, aux réfugiés de guerre, aux orphelins et aux veuves ? L’appel lancé au peuple d’Israël «  Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas … » est aussi une convocation pour chacun, chacune au respect de la dignité des personnes vulnérables ou marginalisées habitant près ou loin de nous.

L’accueil et l’attention portés aux personnes vulnérables ou marginalisées est le chemin d’une vie de conversion et de charité missionnaire. Puisse le Seigneur ouvrir large nos cœurs à la rencontre de nos frères et sœurs qui ont besoin de notre regard et de notre sourire.

Sœur Catherine Zongo  

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Nous rendons grâce à Dieu pour vous

« À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, en faisant mémoire de vous dans nos prières. Sans cesse,  nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. (ITh.1, 2-3).

Dans la liturgie de ce dimanche, c’est ce passage de la lettre de Saint Paul qui a retenu mon attention… « Nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous en faisant mémoire de vous dans nos prières »

Le « vous tous » de Paul désignait les habitants de Thessalonique. Mais à travers eux, qui n’étaient sans doute pas tous des saints, ne pourrions-nous élargir la perspective ?

Oui, rendons grâce à Dieu pour la « foi active » de nos frères et sœurs, dans notre famille ou notre communauté, dans l’Eglise, et, pourquoi pas, dans le monde entier. Rendons grâce à Dieu pour leur « charité qui se donne de la peine », pour leur  espérance qui ‘tient bon ». Il est vrai que c’est à des degrés divers…

Dieu ne fait acception de personne : en chacun et chacune, il a déposé le germe de sa vie. Si nous sommes attentifs, nous le décelons souvent chez nos proches, Nous pouvons l’entrevoir aussi en ceux et celles qui ne sont pas en consonance avec ce que nous cherchons à vivre. Nous ne le voyons ni ne le sentons, en ceux et celles dont les agissements, voire les atrocités, nous révoltent.

Mais que savons-nous de ce qui habite au fond des cœurs ? Sans nous lasser, rendons grâce à Dieu qui nous a tous voulus, même les terroristes et les pires criminels… Et faisons mémoire d’eux tous dans nos prières, Comme Dominique qui ne cessait de supplier pour les pécheurs.

Nous dépendons tous de la miséricorde d’un Dieu qui nous a créés par amour.

 

Soeur Marie-Thérèse Perdriault o.p. 

La colère du roi

La lecture de l’évangile de ce jour (Mt 22, 1-14) nous remet en présence de cette souffrance du Christ, qui, malgré toutes ses paroles et tous ses actes, ne parvient pas à retourner les cœurs endurcis des prêtres et des pharisiens. (Il a déjà annoncé par deux fois sa passion et sa résurrection aux disciples (Mt 16, 21 -22 et 17, 22-23).Par cette nouvelle parabole, Jésus les invite à nouveau à un festin de noces : à cette communion joyeuse et définitive de Dieu avec son peuple. Et nous voyons, d’un côté, les invités qui ne viennent pas ou pire méprisent, rejettent et vont jusqu’à tuer, et de l’autre des non-invités qui arrivent sans bien comprendre pourquoi eux…

Jésus s’est heurté aux refus des prêtres et des pharisiens de dépasser ou de déplacer leurs catégories : la piété pour les pharisiens, c’est la pratique des prescriptions légales de la LOI et des traditions qui les entourent. Sont justes ceux qui obéissent à ses pratiques. Ils ne pourront pas reconnaître Jésus, comme Messie, lui qui fait bon accueil aux pécheurs, aux prostituées, aux publicains et qu’en plus, ils traitent de « glouton ».

Dans le N.T, l’impiété c’est le mépris de Dieu, l’injustice, le rejet du commandement de l’amour. Les vrais impies sont les hommes qui refusent ce message ou qui le corrompent, les faux docteurs qui troublent les fidèles (2Tm 2,16 ; 2P 2, 1ss ;3, 3ss) ou les indifférents qui vivent dans une ignorance volontaire ( Mt 24, 37).

L’Evangile nous enseigne que Jésus est mort juste pour des injustes (IP 3,18). Il est compté parmi les malfaiteurs, Il est mort pour des impies (Rm, 5, 6) afin que ceux-ci soient justifiés par la Foi en Lui (Rm 4, 5). Tels sont les justes du NT, ces impies justifiés par la grâce parce qu’ils ont reconnu dans l’Evangile l’appel au salut et renoncé à l’impiété.

Au-delà du refus des prêtres et des pharisiens c’est aussi celui du peuple élu (Rm 11, 32 ; Ga 3, 22) qui va donner lieu à l’appel universel de tous : mauvais ou bons selon les critères du judaïsme mais aussi selon ceux adressés à tout homme et d’abord aux pécheurs que nous sommes.

Que nous faut-il donc pour participer à ce banquet.

Répondre à l’invitation ne suffit pas toujours, encore faut-il avoir revêtu «  le vêtement de noces ». Aucune présomption n’est de mise au regard du jugement de Dieu.

Dans le 1°Testament, en procurant les dons de Dieu, le repas comme le festin (Is 25, 6-10a) réalise déjà les annonces messianiques : joie, pardon, salut, surabondance pour la multitude des affamés de toutes sortes qu’est notre humanité en ce monde compliqué.

Mais pour y avoir part, il nous faut passer par la porte qu’est le Christ, nous qui l’avons choisi comme ami, frère, maître et Seigneur, pour éviter de ressembler à ces pharisiens tellement sûrs d’être justes.

Ainsi, le Christ annonce par sa parole et par ses œuvres un autre banquet : l’Eucharistie. Mais il le fait précéder du lavement de pieds et rappelle que l’humilité et la charité sont requises pour participer à la Sainte Cène ( Jn 13, 2-20) : quiconque mange ce pain avec le Seigneur est « un » avec Lui et par Lui, avec tous. Ce repas n’est pas définitif, il annonce que le Seigneur va revenir pour le festin eschatologique, pour tous ceux qui ont répondu par la foi à l’invitation du roi si, du moins, ils ont revêtu le vêtement nuptial. L’humanité sort alors de sa nudité ; elle acquiert ainsi Liberté, Filiation, Droit à l’héritage divin par l’acte de «  revêtir le Christ ».

Or, cela ne va pas forcément de soi puisque c’est le Christ lui-même qui nous revêt. Ne reste alors qu’à s’appuyer sur sa miséricorde afin de pouvoir nous exclamer avec Paul : « Je peux tout en celui qui me donne la force » et compter sur les autres s’il est vrai, comme j’aime à le croire, que « nous

mourons à la place des autres et que nous ressuscitons les uns par les autres » (cf. Le Dialogue des Carmélites).

Soeur Christine Panin 

Quelques propos décoiffants de Jean Druel o.p. sur la prière

A notre retour du pèlerinage du Rosaire, nous voudrions vous faire profiter de deux conférences du frère Jean Druel sur la prière. Le frère Jean vit au Caire depuis 17 ans, il est spécialiste en grammaire arabe, directeur de l’IDEO (institut dominicain d’études orientales).

Outre une conférence sur le dialogue, il a donné trois conférences sur la prière. Les deux dernières ont été enregistrées. Les voilà ci-dessous :

https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FPelerinage.Rosaire.Lourdes%2Fvideos%2F1548001428598493%2F&show_text=0&width=560« >La première (du 5 octobre)

et https://www.facebook.com/plugins/video.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2FPelerinage.Rosaire.Lourdes%2Fvideos%2F1548001428598493%2F&show_text=0&width=560« >la seconde (du 6 octobre)

Régalez-vous !

Il est par ailleurs l’auteur de deux petits livres sur cette même question, comment laisser naître l’Esprit en nous : Petit manuel de speed dating avec Dieu et Speed dating 2. Et auteur d’un livre sur le dialogue : Je crois en Dieu, moi non plus.

Une vigne, un héritage, des héritiers

(Arcabas)

 

 

 

 

 

Lorsqu’il parle aux pharisiens (nos frères de sang), Jésus va droit au but. Ils devraient pourtant se douter que sa parole a le tranchant de la parole de Dieu. « Vous voulez accaparer l’héritage en tuant l’héritier ? Allez-y, tuez-le. Mais c’est mal connaître Dieu ! »

Ils n’ont pas compris, ces lettrés, que l’héritage et l’héritier sont la même réalité. Il est la vigne, et l’héritier, mais aussi l’héritage, Lui Dieu qui se donne, le don de Dieu. En tuant l’héritier, l’héritage échappe à la mort et revient à ceux qui ont toujours eu sa préférence, les petits, qui n’ont rien que leurs mains pour mendier et prier.

Ils oublient, ces lettrés, que de toujours à toujours, notre Dieu est un Dieu vagabond, surprenant, qui préfère la compagnie des exilés à l’heure où les gens bien se réunissent dans le temple pour se protéger des envahisseurs (Ez 10). Ont-ils oublié que le Dieu d’Israël aime la compagnie de Ruth, l’étrangère, ou de Rahab, la prostituée ? Comprennent-ils que depuis le grand matin du monde, Dieu se promène avec son peuple sous une tente, afin de pouvoir l’accompagner partout où il va, même dans ses détours et ses bouderies, même si il met quarante ans à parcourir un désert que l’on peut traverser en moins d’un mois ?

Même s’ils oublient, lui reste fidèle. Et Il aime évidemment aussi beaucoup ces pharisiens et ces grands prêtres qui n’y comprennent rien, attendant patiemment l’heure bénie où eux aussi tendront des mains de mendiants pour recevoir l’héritage qui leur est promis : le Fils, qui se donne, à nous tous.

Anne Lécu o.p.   

Oui, ou non ?


 

Un « non » qui devient « oui » – un « oui » qui va glisser vers le « non » !

Pourquoi ces revirements ?

Observons l’attitude du Père : un dialogue filial s’amorce : « mon enfant » pour s’ouvrir sur une requête de tâche commune : « Va travailler aujourd’hui à ma vigne », car le Père comme les deux fils sont concernés par le soin qui doit être apporté à leur vigne.

Pourquoi ce refus net : « Je ne veux pas » ? La parabole ne le dit pas, peut-être pour cet homme le désir de se prouver l’exercice d’une liberté face au vouloir paternel ? « Mais ensuite s’étant repenti il y alla ».

« S’étant repenti…le ressort d’un vrai repentir n’est- ce pas l’amour qui va effacer cette velléité stupide et infantile de vouloir s’opposer à un ordre ? Mais face à la tendresse du Père qui sait pouvoir implorer son aide pour le bien de la vigne, ce fils redécouvre la miséricorde et le pardon paternels… Ezc. 18,28 « car il a ouvert les yeux…il vivra… il ne mourra pas »

En est-il de même pour le 2° fils ? Quelle belle réponse, rapide ! « Oui, entendu Seigneur »

Seulement voilà : « et il n’y a pas »… !

A la demande de Jésus, tous ont la bonne réponse !

« Le premier ». Tous tombent dans le piège…comme nous !… ne nous voilons pas la face !

« Jean Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice… vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. » Comme tout baptisé est appelé à le faire ! Combien d’événements surgissant dans nos vies nous sollicitent pour un champ de mission, prioritaire, mais qui réclame de laisser celui auquel nous sommes attachés… en étant devenus comme propriétaires !!

Or laisser celui-ci pour favoriser l’avancée du Royaume plus urgente, n’est-ce pas répondre à la demande du Père ? Pratiquer sa justice d’une manière plus effacée peut-être, permettant de mieux rejoindre les égarés ?

Mais demandons-nous : pourquoi les Publicains et les prostituées ont-ils cru ?

Tout être vivant veut la justice, être reconnu, aimé ! Encore faut-il désirer cela pour tous. Et Jean le Baptiste a montré le chemin souvent ardu : celui du repentir qui porte à la justice à l’amour fraternel ! Et ce sont les plus éloignés de cette manière de vivre qui vont découvrir la miséricorde et le pardon divins : ils ont cru en cette relation d’amour avec le Père, relation nourrie à l’écoute de sa Parole !

Seigneur, au début de ma journée, lorsque tu m’appelles pour travailler à ta Vigne, donne-moi la Force et la Joie de l’Esprit pour te répondre comme Marie :

Oui, que ta volonté s’accomplisse en moi !

Soeur Monique Wagner-Ballon