Car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples ».

« Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens ».

Ce n’est pas un hasard si ce récit de l’évangile se situe entre deux  multiplications des pains : Mat.14, 13 et Mat. 15,32.  Dans Jn 6,34,après la multiplication des pains,  Jésus  annonce : « Je suis le pain de vie ». Cela la femme cananéenne l’a  déjà deviné. C’est pourquoi elle a cette réponse désarmante et tellement juste  dans sa  simplicité : « Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ».  Jésus est précédé par sa réputation de guérisseur messianique : Seigneur, Fils de David ! ». Et la cananéenne sans aucune retenue, poussée par la souffrance dont elle voudrait être libérée pour sa fille et elle-même, en dépit des rebuffades qu’elle reçoit de la part  des disciples et de Jésus lui-même, crie…affirmant,  par cela même, sa foi en lui et son espoir d’être entendue. Elle se prosterne. Elle  montre  ainsi que de lui seul peut venir son salut, lui en qui elle  reconnaît,  par cette attitude, le bon Maître dont elle souhaiterait  partager la table.

L’émotion de Jésus s’exprime à travers son cri d’admiration: « Ô femme, grande est ta foi ! ».

Quelle aventure pour Jésus ! Après une controverse avec les pharisiens et les scribes, le texte dit qu’ « il se retira dans la région (païenne) de Tyr et de Sidon ». On peut penser qu’il voulait mettre un peu de distance d’avec ses détracteurs et prendre du repos. Mais ce fut le lieu, d’un changement  providentiel  de regard sur sa mission divine.

Isaïe l’avait prophétisé : « Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur …je les comblerai de joie dan ma maison de prière… » Es 56,7

Comblée, oui ! Au lieu de miettes qu’elle réclamait,  la païenne reçut le pain des enfants, Jésus lui-même, qui lui apporte l’amour du Père. Il la   restaure ainsi,  elle et son peuple, dans l’amitié avec le Dieu de l’Alliance, Ce Dieu qui nourrit, guérit, qui ressuscite en redonnant la joie de vivre.

L’humilité du Christ a rencontré l’humilité de la cananéenne ; rencontre merveilleuse, prémisse parmi d’autres, d’une aube nouvelle pour l’humanité.

Aujourd’hui, ce texte nous touche dans les profondeurs encore paganisées de notre être solidaire  du monde tellement « malmené par le démon » Mat. 15,22.

« Jésus, toi la Vérité révélée, vers toi nous venons demander la guérison de nos maux, de nos blessures, de notre péché. Entends  nos cris  montant du creux de nous-mêmes et du cœur de notre monde, à travers celui de la cananéenne : « Seigneur, viens à mon secours ».

 

                   Sœur Viviane

 

Une main tendue

Après l’Evangile de la multiplication des pains, la Parole de Dieu ce dimanche nous invite à méditer sur la main tendue que Jésus offre à Pierre. Après que la foule a été rassasiée, elle cherche Jésus parce qu’il lui avait donné à manger. Les disciples, ceux qui étaient les plus proches de Jésus, ne pouvaient pas comprendre la façon d’agir de leur maître.

Jésus part seul. Peut-être veut-il  prendre un moment de vis-à-vis avec son Père ? Mais peut-être désirait-il aussi mettre de la distance avec ses disciples. Leur laisser la possibilité de partager entre eux, de ressentir l’effet produit en chacun par le miracle dont ils venaient d’être témoins.

L’image de cette barque qui s’éloigne est pour moi le signe d’un appel fait aux disciples de s’éloigner de leurs certitudes ; de prendre le temps du discernement, pour accueillir le message de l’évènement de la multiplication des pains qu’ils venaient de vivre.

Jésus viens vers eux. L’Evangile précise que c’était vers la fin de la nuit à la quatrième veille, au petit jour. C’est le moment où, entre « chien et loup », on  n’arrive pas à distinguer, à faire la différence entre les choses.

Jésus vient vers ses disciples. Il marche sur les eaux. Ses disciples voient un fantôme, une apparition surnaturelle d’un mort ! Ils sont effrayés. Jésus leur parle. Il les rassure : « Courage, c’est moi, n’ayez pas peur ».

Alors Pierre ose se lancer ce défi « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne que je vienne près de toi ». « Si c’est bien toi », Pierre a besoin d’être convaincu de la véritable identité de celui qui leur parle ; sa confiance n’est pas aveugle. « Viens », c’est la réponse sans ambigüité, de Jésus. Alors Pierre sauta le pas et marche vers Jésus manifestant, dans un premier temps, une intrépide assurance.

Mais très vite, la fureur des éléments de ce lieu de mort qu’est la mer, a raison de sa foi. Devant l’anormalité de la situation, la frayeur reprend le dessus..

Alors il crie,  comme Jonas le fit en son temps coulant au fond de la mer. « Seigneur, au secours ! ». A ce cri, Jésus tend la main et le rattrape : « Homme de peu de foi ! ». Le cri de Pierre est pourtant un cri de foi à l’adresse de celui qui pouvait, dans l’urgence, le sauver ; mais comptant sur lui-même pour marcher sur l’eau, peut-être n’avait-il pas compris que sans Jésus, il n’y a pas de salut possible. Pierre a besoin de temps pour connaitre, accueillir et comprendre le message et la personne de Jésus. Il doit continuer à mettre au clair dans sa vie l’image qu’il a de Jésus. Son cheminement avec lui devra le conduire à dire « vraiment tu es le Fis de Dieu », non pas parce que Jésus l’a sauvé des eaux, mais parce qu’il a découvert que celui qui lui tend la main est celui seul qui peut le « sauver ».

Dans ma vie, et même après des années de consécration, de temps de prière… j’ai expérimenté comme Pierre des élans de certitudes où je crois tout pouvoir faire, supporter, assumer seule, où c’est ma raison qui l’emporte… et comme Pierre, des moment de foi en celui qui me tend la main et qui «  me sort du gouffre des eaux », comme le dit le psaume.

Jésus me rappelle, que dans ma relation avec Lui, si le doute s’insinue, je dois être attentive à toujours prendre la main qu’il me tend dans la médiation de sa parole, des sacrements , mais aussi des  médiations  humaines.  Soyons conscients que la main tendue de Jésus passe par notre relation avec les autres. Soyons une  main tendue les uns vers les autres,  et accueillons avec humilité la main que les autres, au nom de Jésus, nous tendent.

Soeur Amanda Mancipe

Saisi de compassion

Jésus vient de perdre tout à la fois son cousin et ami,  Jean Baptiste, d’une manière aussi cruelle que violente à cause de l’orgueil d’un homme et de la rancune d’une femme.

On peut aisément comprendre le chagrin et la douleur qu’il peut éprouver comme tout un chacun. Tous deux étaient liés l’un à l’autre bien au-delà de leur humanité, dès avant leur naissance. Pour Jean Baptiste, Jésus était l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde ( Jn 1, 29).  Celui dont il n’était pas digne de défaire les sandales parce qu’avant lui, Il est. ( Jn1,19-30;Lc 3,16 et ss)…

Pour Jésus , Jean  est  son prophète(Mt.11,11)  la lampe ardente et lumineuse (Jn.5,35ss), son fidèle témoin (Jn1, 17 ss) et son précurseur jusque dans sa mort violente.

C’est dire à quel point Jésus, dans son humanité, peut être troublé par sa disparition et éprouvé le besoin de se mettre à l’écart.

Peut-être que les foules elles aussi, ont saisi quelque chose du drame qui vient de se produire et vont chercher leur consolation auprès de Celui qu’elles  reconnaissent aussi comme étant un prophète avec l’espérance que Dieu ne les a pas abandonnées. Jésus comprend leur plainte et l’ampleur de leur désir et se trouve “saisi de compassion”. Et aussitôt, s’oubliant lui-même, il se met à les consoler , à guérir ceux qu’ils aiment et tous ceux qui se présentent en quête d’un salut.

C’est la compassion, l’amour de DIEU pour l’humanité souffrante qui agit Jésus dans ces actes de miséricorde à l’égard des personnes qui attendent tout de Lui. Il n’a de cesse que de les consoler mais aussi de les rassasier aussi bien moralement que physiquement.

Bien souvent, comme nous le faisons nous-mêmes, les disciples sont fatigués et ( appréhendant sans doute, la suite de cette longue journée) proposent à Jésus de renvoyer les foules pour qu’elles se trouvent  quelque chose à manger . L’argument est bon mais Jésus ne s’y arrête pas et renvoie les disciples à leur propres capacités d’action pour trouver une meilleure solution conforme à la volonté du Seigneur. Dieu ne peut renvoyer simplement ceux qui se tournent vers Lui. Sa compassion va au-delà et concerne tout l’humain ,y compris dans ce besoin primaire qui est de se nourrir pour vivre et cela parcourt toute la bible.

Alors pour les disciples , il s’agit de partir de ce qu’ils ont…même pas grand chose, au regard des foules; le Seigneur fera le reste. Ils doivent encore l’apprendre du maître et s’en souvenir. Etre sûrs que leur foi en Jésus pourra tout réaliser, après son retour au Père.

Reconnaître que ce qui jaillit du coeur de miséricorde du Christ, c’est l’abondance inépuisable de l’amour du coeur de notre Dieu et Père(Rm8, 37-39)

C’est de cela que les disciples auront à témoigner jusqu’à son retour.

 

Soeur Christine Panin

Trésor caché

Le royaume des cieux est comme un trésor caché. Tout le monde ne connaît pas la vérité et ne comprend pas les messages cachés de Jésus. Certains ont des yeux mais ils ne voient pas. Ils ont des oreilles mais ils n’entendent pas. Ils ne voient et n’entendent que ce qu’ils veulent voir et entendre. Dans le premier livre des rois, nous avons entendu comment le Seigneur Dieu a récompensé Salomon pour son désir désintéressé d’être juste devant le peuple en tant que roi. Dieu n’a pas changé! Il continue de bénir ceux qui mènent une vie chrétienne désintéressée, s’efforçant de répondre aux besoins physiques et spirituels des autres. Dans la lettre de Paul aux Romains, nous avons appréhendé comment Dieu savait nous répondre avant la création grâce à son libre arbitre. Il savait à l’avance lesquels d’entre nous vivraient notre foi chrétienne conformément aux enseignements de Jésus, brillant dans l’amour divin afin que nous puissions hériter du Royaume de Dieu. Si nous sommes parmi ses humbles et obéissants serviteurs de Dieu, ceux qu’Il a connus d’avance, alors nous sommes parmi ceux qui ont été appelés à être justifiés. Nous sommes parmi ceux qui seront glorifiés en Jésus-Christ. Par la grâce de Dieu, par la puissance du Saint-Esprit, notre foi en Jésus-Christ et le sacrement du baptême, nous avons reçu un cœur et un esprit nouveaux, libres de tous les péchés passés que nous avions commis, y compris toutes les traces du péché originel. Et pour aider notre nouveau cœur et notre nouvel esprit, nous sommes nés de nouveau de l’Esprit, [Jn. 3: 5] car ayant reçu le séjour de l’Esprit Saint pour nous guider sur le chemin chrétien. Cette nouvelle création en nous est notre seule assurance de l’espérance bénie de la vie éternelle. Mais ce n’est pas la fin du chemin spirituel. Ce n’était que le début de la route, le début de notre nouvelle marche en Christ en tant que nouvelle créature. Maintenant, nous devons vivre notre foi. Nous devons maintenir notre justice aux yeux de Dieu. Un chrétien ne peut avoir une foi vivante que lorsqu’elle coule comme des ruisseaux d’eau, lorsqu’elle brille comme une lumière. En tant que nouvelle création, enfant de Dieu, nous devons aimer Dieu par-dessus tout. Nous devons aimer notre prochain comme nous nous aimons. Et nous devons recevoir les sacrements de la Sainte Église catholique de façon continue. Par le sacrement de la réconciliation, après avoir reçu le sacrement du baptême, nous sommes sanctifiés par l’Esprit pour être obéissants à Jésus-Christ et pour être aspergés de son sang [1 Pierre. 1: 2] afin que notre justice soit maintenue devant Dieu. Mais même tout cela ne suffit pas. Nous devons encore recevoir le sacrement de la Sainte Eucharistie car le Christ a dit que le pain, la Sainte Eucharistie, est son corps. Il est le pain vivant, il est Tout à tous. Suite à la crise sanitaire, plusieurs personnes ont vécue différemment leur relation au sacrement du Royaume. Sachons donc faire le tri de tout ce que nous possédons, faire le classement de ce que nous pensons être des valeurs car le Royaume de Dieu est ouvert et donner à tous sans exception. Nous sommes libre de désiré ce Royaume ou pas car Dieu n’oblige personne à y entré.

Sœur Patricia YAMEOGO

Construire la vie qui est au cœur du Royaume de Dieu

Mt 13, 24 – 43

Cette épisode des 3 paraboles : l´ivraie, le grain de sénevé et le levain s´inscrit dans l’ensemble des sept paraboles sur le Royaume. Jésus assit dans une barque au bord de la mer. Lui, il réchauffe les cœurs des foules dans un partage à l’aise et dynamique, plein de vie.

Jésus leur demande de bien remarquer une scène qu´ils ont l´habitude de contempler tous les ans dans les champs de Galilée. Tandis que les gens présents sur les chemins sans rien voir de spécial, quelque chose se produit sous terre : les grains semés se transforment peu à peu en une belle récolte mais pas sans contrainte : à côté du bon grain grandi aussi l´ivraie. Ainsi que pour le pain préparé le matin par une femme, quelque chose se fait en secret et bientôt la pâte va lever. Il en va de même pour le Royaume de Dieu : Sa force bénéfique agit-elle maintenant en silence à l´intérieur de notre vie et transforme-t-elle tout mystérieusement. Est-ce là le secret ultime de la vie ? Nous vivons distraitement le monde des apparences et des expériences incompréhensibles se produisent au cœur de l´existence.

La force de Dieu sera-t-elle dissimulée dans la vie ? Comme la levure qui agit secrètement Dieu arrive-t-il aussi de façon imperceptible, mais avec une force puissante pour tout transformer ? Il y a plus surprenant dans cette parabole et cela a pu en scandaliser certains : le levain était considéré comme symbole et métaphore de la force du mal qui peut tout corrompre : Le pain azyme par contre symbolise la pureté et sainteté, on le mangeait pour la Pâque. Jésus interpelle par cette métaphore déconcertante et provocante. Comment peut-il comparer le royaume à une portion de levain ? Dieu interviendra-t-il en inversant les schémas traditionnels de pureté ?

Le grain germe et croit, poussé par une force mystérieuse qui lui échappe. Il s´agit d´un Dieu qui intervient par de toutes petites choses.

Le sens n´a pas besoin d’être expliqué dans une parabole aussi claire. Nous devons faire renaitre dans notre entourage le ressenti que Jésus a voulu nous transmettre. Cela n´exclue pas la possibilité de s´interroger ultérieurement sur les différentes résonances que peut générer la parabole. C´est à nous le dernier mot dans chaque situation de se risquer à croire que son action salvatrice se manifeste dans l´humilité des interventions de Dieu.

Ce qui compte c´est de construire la vie qui est au cœur du Royaume de Dieu. Il y a beaucoup de chemins mais on a besoin de se réveiller, de croire et de faire autrement. La vie s´écoule il faut des cœurs ouverts,  libérés, des changements de schémas qui nous amènent à la transformation.

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Sr. Ruth Esperanza TORRES C.

 

 

 

L’homme au coeur doux et humble

Jésus, l’homme au cœur doux et humble. L’humilité et la douceur, voici de belles vertus qui rendent plus agréables nos relations en société, familles et toutes formes de communautés. Ce bienfait est davantage plus palpable quand il s’agit de Jésus, car de par cette attitude il nous motive à un plus grand attachement à lui.  Il s’attire ainsi une grande confiance. Dans cet évangile, il rend grâce à son père pour ses merveilles à l’égard des plus petits. Nous avons l’impression qu’un seul thème est déployé dans tout le texte de l’évangile. C’est celui de l’humilité. L’humilité parce que Jésus, ayant accompli de belles œuvres reconnait que seul son Père mérite la gloire, lui, source de tous les dons. Tout lui a été remis par le Père. Et les dons sont faits à tous mais à des personnes humbles, les petits, le Père fait des révélations particulières.

Jésus non seulement nous fait part des émotions qui l’habitent mais aussi nous invite à recevoir apaisement, douceur, soulagement auprès de lui, car, dit-il, « je suis doux et humble de cœur ». « Venez à moi ». Cette parole de Jésus est très forte de compassion et de miséricorde. Il s’occupe de l’être humain sans oublier ses moments de détresse. En outre, le christ nous rassure que les petits voire les pauvres, ceux qui se savent moins savants et faibles sans l’autre et sans Dieu ont une place d’honneur aux yeux du Père. Le petit, c’est aussi l’humilié qui n’est pas forcément celui que l’on écrase verbalement ou gestuellement mais par exemple l’homme ayant le cœur abattu, l’esprit vraiment humilié, ceux qui sont dépourvus le plus souvent de nos considérations, de la parole, de la voix, de nos richesses, des forces et des bonnes opportunités qui sont offertes à certains mais pas à eux. Ces cœurs sont dépouillés de tout pour entendre la Parole et la pratiquer. Dans cet évangile, il est question de ces petits. Selon la logique de Dieu, ce sont eux les mieux disposés à le recevoir   C’est à eux qu’il révèle ses secrets les plus intimes. Ils ont un cœur pauvre, détaché de tout orgueil, de toute suffisance qui peut conduire à l’aveuglement du cœur. C’est à eux que Dieu donne toutes les capacités pour diffuser son amour autour d’eux. Ces petits, tandis qu’ils n’intéressent pas les hommes, attirent le cœur doux et humble de Dieu. Le cœur de ces petits, libre de toute haine et libéré des sciences toutes faites est beaucoup plus disponible à écouter et voir.

Puisse le Seigneur nous accorder un cœur nouveau. Qu’il renouvelle nos pensées, purifie nos intentions, nos regards afin que notre cœur ressemble au sien. Qu’il nous accorde la force d’aller à lui en vue de trouver consolation et réconfort quand nous sommes sous le poids du fardeau.

                                 Sœur Virginie DOLEBZANGA

Avons-nous changé ?

Avons-nous changé ?

Question qui me poursuit au creux de ces mois difficiles, douloureux. Avons-nous changé, appris dans pareille épreuve ?

« Avez-vous changé ? Vivre de mon évangile vous transforme-t-il ? » Telle pourrait être la question de Jésus à la lecture de cette page d’évangile dérangeante. Page écrite en contexte de persécution, quand il faut choisir, radicalement.

Radicalement, voilà bien un adverbe dérangeant. Dérangeant car usé et abusé par toutes les dérives sectaires et leurs violences, qui sous ce prétexte peuvent « décerveler » les meilleurs et entraîner vers de la mort ceux qui désiraient juste « perdre leur vie à cause du Christ » car « il les avait saisis », comme un feu intérieur.

Comment lire alors un tel texte ? Nous qui aspirons à la reconnaissance sociale et l’approbation des nôtres, nous sommes pris à contre-pied par cette page qui nous rappelle avec force, rudesse même, que le Christ ne suscite pas l’assentiment ni la bienveillance, et que plus nous nous attachons au Christ et prenons au sérieux notre nom de chrétien, plus l’opposition peut être grande. Y compris au cœur de la cellule de base de nos sociétés, la famille.

Non qu’il s’agisse de ne pas aimer les siens. Mais nous pouvons être enfermés dans les projections de nos familles, leurs désirs, leur idéal pour nous. Empêchés alors d’aller à notre propre vie, ailleurs, risquée, incertaine. Il s’agit d’interroger le cœur de notre existence : en qui est-il ancré ? Qui anime notre vie, au plus intime ? Non un système, non un gourou, mais un homme qui rend libre puis passe son chemin. Un homme, mis en échec, l’échec de la croix.

« Prendre sa croix » n’est pas un dolorisme morbide d’un petit dieu sadique. Non, prendre sa croix, c’est suivre le chemin du maître et serviteur, dans le refus de la haine, dans l’annonce d’une bonne nouvelle pour les délaissés, car la croix du Christ est devenue l’arbre de vie. Prendre sa croix, conséquences de l’engagement en faveur du Christ et de son évangile. Prendre sa croix, c’est la planter dans toutes les situations qui paraissent sans issue, sans espérance ni joie de vivre. Prendre sa croix, c’est prendre avec le Christ la décision de vivre, avec ce que la vie charrie avec elle de bonheur et de douleurs.

Au temps de l’épreuve, comme celle de traverse le monde et chacun aujourd’hui, vivre de la confiance non en un clan, si affectueux soit-il, mais de la confiance au Christ qui ne peut nous délaisser dans le malheur. Il ne va pas nous en tirer par magie. Mais croire de toutes nos forces qu’il nous donne le courage de parcourir le chemin de la vie, malgré tout. En Christ il n’y a plus tant des pères et mères, fils et filles que des sœurs et des frères adoptifs de l’unique fils unique. Des amis de l’époux hors de toute appartenance ethnique, culturelle. C’est dans cette nouveauté de l’Évangile que les évêques du Rwanda ont écrit après le génocide qui a décimé leur pays : « Notre appartenance au Christ est-elle plus forte que notre appartenance ethnique ? »

Le Christ implore que nous puissions aimer en vérité, en justesse d’humanité. Et chacun le sait, ce voyage-là n’est pas sans peine. Voyage majuscule, bouleversant, qui s’affronte à ce qui fait mourir, à ce qu’il faut quitter, avec pour bagage ce minuscule essentiel, « quiconque donnera rien qu’un verre d’eau fraîche », celui-là accomplit tout l’Évangile.

Véronique Margron op.

 

Commentaire pour La Vie. 

Une belle conclusion de ce discours de Mission

Mat. Ch. 10 v. 37 à 42

En ce dimanche du temps dit ordinaire, nous voici à la conclusion du discours apostolique écrit par l’Evangéliste Mathieu, où il nous est redit d’une façon nette, sans ambages, d’aimer, d’aimer DIEU en premier et d’essayer d’aimer les humains dans cette lignée, de ce fait, de se renoncer à soi-même afin d’être digne du CHRIST !

Mathieu, comme disciple du CHRIST l’a déjà suivi depuis un temps et peut nous dire ce qu’il a connu de Celui-ci, les prodiges, les guérisons qu’il a fait, sa prédication, ses enseignements et c’est à la suite de ce vécu avec JESUS et les autres, que de disciples, ils peuvent être APPELES pour être APOTRES !

Une étape importante ! Au verset 1 du Chapitre 10, JESUS appelle les 12 disciples, « Il leur donne pouvoir et puissance sur les esprits impurs de façon à les chasser et à guérir toute maladie et toute langueur. » Et voici que les noms sont donnés à entendre et Mathieu nous souligne bien que parmi les autres il était publicain, donc de ce fait pas le parfait correspondant à la loi.

Et c’est de suite après l’Appel : «l’Envoi ».  « Partez et en partant : Prêchez et dîtes que le Royaume de DIEU est proche, guérissez les malades, réveillez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons… » et JESUS leur donne des consignes : ne vous chargez pas de choses superflues pour ces étapes que vous aurez à faire, mais n’oubliez pas de donner la PAIX à ceux qui vous accueillerons, et puis si on ne vous accueille pas, qu’on n’écoute pas vos paroles, que cette PAIX vous revienne.

« Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups… Ne vous inquiétez pas de ce que vous direz, l’Esprit vous sera donné et parlerez pour vous…. N’ayez pas peur ! Confessez mon nom sans crainte ! Ne craignez pas, vous valez mieux que beaucoup de moineaux… » Ne soyez pas étonnés, il y aura toujours des dissensions… vous ne serez pas toujours reconnu même dans vos familles, vos amis, vos proches…

Et surtout pour me suivre, il faudra laisser beaucoup sur la route… Car pour me suivre, je dois être le premier : Aimé, Préféré… !

Et lorsque vous serez accueilli, c’est moi qu’on accueillera et à cause de moi c’est DIEU le PERE qui sera accueilli ! Qui vous écoute m’écoute ! Et ensuite il y a ces versets magnifiques, sur lesquels nous pouvons méditer ;

« Qui accueille un prophète à titre de prophète, recevra récompense de prophète !

« Qui accueille un juste à titre de juste, recevra récompense de juste !

« Qui donnera à boire à un petit à titre de disciple, en vérité je vous le dis Il ne perdra pas sa        récompense ! »

Ces enseignements sont de grandes richesses ! Ils peuvent se comprendre de deux façons car celui qui annonce JESUS et son Royaume peut être accueilli comme prophète, comme juste, comme serviteur…et celui qui reçoit peut être aussi prophète, juste, serviteur… Comment reconnaître en chacun de nous, en chaque humain des signes qui le personnalisent :

Je te reçois car tu es la sagesse ! Je t’accueille car tu es le souffrant de ce jour ! Je t’accueille car tu as la beauté du cœur ! Je te reconnais, tu es la persévérance !… tu es la Joie… Je te reçois, tu es mon soutien… etc.

Il y a quelques jours, lorsque nous étions en grande pandémie, nous avons bien senti entre nous, en famille, entre amis, et lorsque nous avons eu l’occasion d’accueillir des personnes de services divers : hospitaliers, éboueurs, facteurs, agents des pompes funèbres, pompiers …etc, combien les personnes avaient de la valeur, des richesses insoupçonnées parfois et toujours : générosité, don, oubli de soi et cela pour l’autre…

Pour nous chrétiens, essayons de rassembler tout ce vécu merveilleux, ce vécu donné pour l’autre qui était l’humain à sauver, l’humain à faire vivre, à faire revivre, à consoler, l’humain à aider à  faire des passages et parfois le Grand Passage … Des renoncements à ce que l’on voudrait pour soi pour pouvoir donner au frère. Des croix à porter par amour des autres ! Pouvons-nous présenter à DIEU notre PERE toutes ces missions qui rejoignaient bien la MISSION de JESUS donnée aux Apôtres.

« Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche…

                          ne perdra pas sa récompense ! »

 « Ce que vous avez fait à l’un des plus petits des miens, c’est à moi que vous l’avez fait ! »

                                              Mat. Ch. 25 v. 35   

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Sr. Marie Christine COUSIN

 

 

 

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps.

Matthieu  10, 26-33

« Ne craignez pas ces qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme; craignez plus tôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi  bien que le corps »

A propos de l’évangile d’aujourd’hui je vous propose méditer avec la prier de sainte jeanne de la croix

La Prière de Saint Jean de la Croix « Je meurs de ne pas mourir » :

Et je vis sans vivre en moi.
Embrasée par mon désir,
Je meurs de ne pas mourir
Si je vis sans vivre en moi,
Sans Toi je ne peux pas vivre.
Exister sans moi, sans Toi,
Est-ce donc mourir ou vivre ?
Mille morts serait la vie
Hors du suprême désir.
Je meurs de ne pas mourir.

Cette vie où je crois vivre,
Où j’agonise sans Toi,
Est la mort qui va me suivre
Jusqu’à ce que je Te voie.
Ecoute, Seigneur, la voix,
Les plaintes de mon désir !
Je meurs de ne pas mourir.

Etant si loin, si loin de Toi,
Quelle vie a-t-il, mon être,
Sinon la mort sans effroi,
Sans mourir et sans renaître ?
Seigneur, j’ai pitié de moi,
J’ai pitié de mon désir.
Je meurs de ne pas mourir.

Le poisson sorti de l’eau
Voit la fin de sa misère :
La mort qu’il subit lui vaut
La Mort, une mort plénière.
Moi je vis dans la douleur
Qui n’a ni nuit ni lumière,
Car je vis plus que je meurs.

Quand j’adore Ton image
Dans le Très Saint Sacrement,
Ton regard ne me soulage
Que pour creuser mon tourment.
La chair dressant ses barrages
Sur les flots de mon désir,
Je meurs de ne pas mourir.

Si j’exulte d’allégresse
A ta présence, Seigneur,
De ne pas Te voir sans cesse
Se décuple ma douleur.
Vivant ainsi dans la peur
Terrible de mon désir,
Je meurs de ne pas mourir.

Ah ! Sors-moi de cette mort,
Seigneur, donne-moi la vie !
Ouvre Ta source aux transports
De ma soif inassouvie !
Je meurs d’espoir, de remords,
Et de crainte, et de désir.
Je meurs de ne pas mourir.

Je redouterai la mort,
Je pleurerai sur ma vie
Tant qu’elles seront flétries
Par des péchés sans remords.
Quand luira, Seigneur, le jour
Où je pourrai dire : « Amour
Je vis de vivre toujours ? »

Saint Jean de la Croix (1542-1591)

Diana Sierra op

Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement

En cette fête du saint sacrement, l’évangéliste saint Jean nous invite à méditer en profondeur sur le don que le Christ fait de lui-même à l’humanité. Il est le pain vivant descendu du ciel et donné pour la vie du monde. Jésus annonce clairement que le pain qu’il donnera est sa chair. Suite à ces paroles, les juifs se mirent à s’interroger. « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? ». Cette interrogation demeure légitime si nous comprenons matériellement et non spirituellement les paroles de Jésus, car, manger la chair et boire le sang de quelqu’un demeure inacceptable. Mais il s’agit d’aller plus loin pour saisir le sens des paroles de Jésus. Si Jésus insiste dans son propos en disant : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous », c’est parce qu’il veut que les Juifs fassent preuve de décentrement pour une compréhension profonde de ce qu’il annonce. Jésus veut nous dire qu’il nous faut nous nourrir de ce qu’il est, Lui qui a été jusqu’à offrir sa vie sur la croix pour que le monde ait la vie et qu’il l’ait en abondance.

Qu’est-ce qui caractérise la vie de Jésus ? Il y a l’amour sans limite et sans condition qui a marqué chaque décision de sa vie. Jésus a donné sa vie, son Corps et son Sang pour la vie du monde. Il est source de salut, car celui qui mange la chair de Jésus et boit son sang a la vie éternelle. En quoi consiste cette vie éternelle inaugurée dès maintenant dans le quotidien de notre vie ? Elle est avant tout une relation intense et profonde avec Jésus Christ, le Fils de Dieu : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui » ; « et je le ressusciterai au dernier jour ». Par ces paroles, Jésus montre que lui seul est capable de nous donner la vie éternelle, le salut. Il s’est fait nourriture, une vraie nourriture. Le geste de Jésus ouvre à la vraie vie, à la source vraiment vivifiante. Accepter de manger cette nourriture c’est choisir le chemin de la vie éternelle.

Que veut dire demeurer dans le Christ ? Demeurer dans le Christ c’est puiser en lui la force de vivre, même en temps d’épreuves. Demeurer dans le Christ c’est regarder dans la même direction que lui et repartir chaque jour sur le chemin de l’espérance. Demeurer dans le Christ c’est laisser résonner sa parole au plus profond de notre liberté, c’est vivre en intimité avec lui. Ainsi déclare-t-il « celui qui mange ce pain vivra éternellement ». Toute communion à son Corps et à son Sang sera donc une communion avec lui et même une communion à sa mission.

L’Eucharistie est bien le repas qui nous unit au Christ. Elle redit et actualise ce don de Jésus. L’Eucharistie apparaît en conséquence comme l’aliment précieux qui donne au chrétien de vivre de la vie de Jésus. La plénitude de vie recherchée par le disciple du Christ est bien sûr l’union à lui et dont la possibilité est garantie par l’Eucharistie. C’est cette union au Christ qu’évoque Saint Augustin en affirmant : « vous recevrez ce que vous êtes, devenez ce que vous recevez ».

Puissions-nous devenir réellement ce que nous recevons !

 

Pascaline Bilgo op