Un prophète n’est méprisé que dans son pays

Le commencement de l’évangile de ce quatorzième dimanche ordinaire, présente les habitants de Nazareth en admiration devant les paroles de sagesse que proclamait Jésus. Jésus est de retour dans son pays avec ses disciples. Comme en Galilée, où il avait enseigné, chassé les démons, guéri les malades, et rendu la vie à la fille de Jaïre, les disciples seront témoins de l’attitude de Jésus et de celle des Nazaréens.

À Nazareth, son pays natal, Jésus se mit à enseigner dans la synagogue le jour du sabbat. Jusque là, tout semble bien se passer. Mais la sagesse qu’il incarne, perturbe la sérénité des habitants de Nazareth qui ont du mal à se convaincre qu’une prouesse aussi grande soit accomplie par quelqu’un qu’ils semblent connaître très bien. Mais finalement, peut-on dire qu’ils connaissent très bien celui qu’ils désignent comme le fils du charpentier ? Certes, les parents de Jésus sont connus, mais pour autant, la proximité même très forte des Nazaréens avec les parents de Jésus, ne peut être le gage d’une connaissance certaine de leur fils, Jésus. Et la suite de l’évangile montre combien, ils sont passés à côté de la vérité dans la force de leur apparente conviction et fausse certitude.

Comme quoi, l’évangile du jour nous interdit de prétendre connaître suffisamment l’autre sans le laisser se révéler à nous. Nos certitudes sur l’autre ne sont parfois que la projection de nous-mêmes sur lui ou la grotesque image que nous nous forgeons sur lui en le réduisant au produit de notre pensée. La réalité est cependant bien autre. L’homme a déjà des difficultés pour se connaître lui-même ; comment peut-il alors connaitre l’autre et le définir dans la vérité de ce qu’il est ? Toute entreprise dans ce sens n’est que pure illusion et chemin d’erreur garantie. Et c’est à ce piège que se sont fait prendre les Nazaréens qui semblaient connaître véritablement Jésus, qu’ils ont réduit au fils du charpentier. Si seulement leur étonnement les avait disposés à découvrir qui est vraiment Jésus, en le laissant se manifester, ils auraient sûrement été plus émerveillés de le connaître véritablement et de comprendre comment Dieu, en son mystère, agit dans le monde pour le bien de l’homme.

Arrêtons de trop vite connaître les autres ; et laissons-les se manifester et se dire à nous, tels qu’ils sont. C’est l’humilité qui nous le permettra. Alors seulement, nous accepterons la possibilité d’être instruits par le plus petit et peut-être le moins intelligent que nous. Car, si ce que Dieu a caché aux sages et aux savants il l’a révélé aux tout-petits, il peut bien passer par ce plus petit pour se communiquer à nous et nous sauver. Soyons donc humbles.

Ne ratons pas le rendez-vous que Dieu nous donne au carrefour de l‘humilité.

 

Sr Pascaline Bilgo  

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Dieu n’a pas fait la mort

Livre de la Sagesse, Psaume 29 et Évangile de St Marc 5, 21-43

Nous avons peur de la mort… et c’est normal ! Nous avons peur de souffrir avant de mourir. Nous avons peut-être vu des parents, des amis traverser de grandes souffrances ou avoir subi une mort violente et soudaine. La mort est un mystère, que nous n’arrivons pas à comprendre et dès les temps les plus reculés, l’homme a cherché des explications, il s’est posé beaucoup de questions.

Or, Dieu, dans son amour, a commencé à se révéler, il s’est choisi un peuple avec qui il a fait alliance tout au long de l’Ancien Testament. Malgré ses trahisons et ses infidélités, ce peuple a peu à peu découvert un Dieu qui aime, un Dieu fidèle, patient et qui pardonne, un Dieu qui donne la vie et qui aime la vie. Si bien que, 50 ans avant la naissance de Jésus, l’auteur du Livre de la Sagesse a pu écrire : « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants », et encore : « Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même.» Et Jésus est venu nous révéler le cœur de Dieu, par ses paroles et par ses actes.

Ce jour-là justement, Jésus est au bord du lac et une foule nombreuse l’entoure. Et voici que Jaïre, chef de la synagogue, vient jusqu’à lui, tombe à ses pieds et le supplie : « Ma petite fille est à toute extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive ».

Sans hésiter, Jésus part avec lui en se frayant un chemin dans la foule.

Dans cette foule, se trouve une femme qui souffre de pertes de sang depuis 12 ans, et qui depuis 12 ans se trouve exclue de par la loi juive pour laquelle le sang est impur. Elle a entendu parler de Jésus, elle se faufile derrière lui et se dit : « Si je touche seulement son vêtement, je serai sauvée ». Jésus est pressé de toute part et il ressent comme une force qui est sortie de lui. C’est la foi de cette femme qui a comme arraché à Jésus sa guérison et sa réintégration sociale. Jésus s’arrête et voit la femme qui a peur. Il pose son regard d’amour sur elle et lui parle : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

Et Jésus continue sa route vers la maison de Jaïre. Voilà que des gens de là-bas arrivent et disent à Jaïre : « Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus ne se laisse pas arrêter par ce manque de foi et dit à Jaïre : « Ne crains pas, crois seulement ! » Alors Jésus se renvoie la foule, garde avec lui Pierre, Jacques et Jean et les parents de la jeune fille. Il écarte aussi ceux qui pleurent et crient et se entre dans la chambre où reposait la jeune fille. Il lui saisit la main et lui dit : « Talitha koum ! », ce qui veut dire : Jeune fille, viens, lève-toi, ou encore : réveille-toi. (A noter que c’est la même expression qui est utilisée pour dire la résurrection de Jésus : il s’est réveillé d’entre les morts). Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher.

Et St Marc ajoute : elle avait 12 ans. Ce chiffre est symbolique : il signifie l’accomplissement des temps annoncé par les prophètes pour la venue du Sauveur. 12 ans, c’était aussi l’âge où les enfants devenaient adultes dans la tradition juive. Jésus lui-même avait vécu ce passage, quand à 12 ans il avait été retrouvé par ses parents dans le Temple de Jérusalem au milieu des prêtres et des docteurs de la Loi. Et la femme n’a-t-elle pas aussi été libérée au bout de 12 ans?

Que pouvons-nous retenir de ces évènements pour notre vie aujourd’hui ? Ne crains pas, crois seulement. Comme Jaïre, n’ayons pas peur de confier nos soucis à Jésus, il nous écoute, il marche avec nous; comme à la femme, il nous donne sa force si nous persévérons dans la prière et si nous croyons en lui.

Le psaume 29, lui, nous invite par deux fois à rendre grâce, alors, en ce 13èmedimanche du temps ordinaire, rendons grâce à Dieu qui nous donne sa vie, qui nous libère du mal et de la mort par sa mort et sa résurrection. Que le Pain de Vie que nous sommes invités à partager nous libère de toute peur et nous donne de marcher dans la paix et la confiance en tenant la main de Dieu.

Soeur Catherine Aubry  

 

 

Naissance de Jean le Baptiste

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Comme nous le constatons, la fête de Saint Jean Baptiste tombe cette année un dimanche et malgré cela,  l’Eglise nous invite à la célébrer aujourd’hui. C’est curieux alors de voir que c’est la seule fête d’un « saint », avec celle de Jésus, que l’on célèbre le jour de sa naissance. Les autres saints sont célébrés le jour de leur « mort », qui est le jour de leur naissance au ciel.

En réalité, depuis ses origines au IV siècle, la Nativité de Saint Jean Baptiste est très populaire: c’est la « Saint Jean d’été » avec ses « feux de Saint Jean ». Comme la fête de Noël, placée au solstice d’hiver, la Saint Jean est placée au solstice d’été, six mois plus tôt. A partir du 24 Juin, jour le plus long de l’année, les jours diminuent progressivement jusqu’au 25 décembre, jour le plus court. Ainsi se vérifie, dans les grands mythes inconscients de l’Occident, la parole de Jean Baptiste:  « Il faut qu’il grandisse, et que moi, je diminue »

Il est intéressant pour nous de remarquer que Saint Luc a construit les récits de l’enfance pour mettre en parallèle les deux enfants :

> Annonciation au prêtre Zacharie dans le Temple à Jérusalem;

annonciation à la jeune fille Marie, dans sa maison privée à Nazareth.

> Naissance de Jean Baptiste à Ain Karim… d’une mère stérile;

naissance de Jésus à Bethléem… d’une vierge.

> Jean Baptiste se retire au désert…

Jésus est présenté Au Temple.

L’antienne d’ouverture souligne clairement la mission de Jean Baptiste:

          Il y eut un homme envoyé par Dieu : son nom était Jean.   Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière et préparer au Seigneur un peuple capable de laccueillir…

Dans la deuxième lecture des Actes des Apôtres, Paul proclame que celui dont Jean Baptiste annonçait l’arrivée imminente, est venu sauver Israël  selon la promesse divine faite à la dynastie de David. Maintenant comme alors, il s’agit de se convertir pour accueillir et vivre la Bonne nouvelle du salut.

En approfondissant de plus près cette dimension de notre vie, la prédication de Saint Jean Baptiste comporte une radicale métanoia  ou conversion. C’est donc dans ce monde dans lequel nous vivons, qu’à l’image de Jean nous sommes appelés à contester au niveau personnel, communautaire et ecclésiale, les fausses valeurs qui peuvent nous attirer. Il s’agit d’emprunter le véritable  chemin d’Évangile en Action, qui  s’exprime en attitudes de vie,  dans le quotidien de chaque jour, de chaque heure, de chaque instant. Car, fêter Saint Jean Baptiste c’est en effet reconnaître que les temps nouveaux s’inaugurent  dans la dynamique conjointe de  l’annonce et du témoignage.

 

Soeur Maria Fabiola Velasquez images

Le règne de DIEU …. Le royaume de Dieu est parmi nous !

Ce dimanche, l’Eglise nous propose de réfléchir, de méditer sur ce texte de Marc Ch. 4 v. 26 à 34. Des paraboles pour essayer d’entrer dans cette révélation d’un si grand mystère : « le Royaume de Dieu ! Et le Royaume de Dieu qui nous est donné, que nous devons faire advenir… grandir… en nous, et en toute l’humanité…
Comme Jésus veut essayer de nous faire comprendre un peu ce que peut-être le Règne de Dieu, Il va se servir d’images que nous voyons, que nous connaissons, de réalités de notre vie quotidienne, qui elles aussi sont mystérieuses, nous obligent à y porter notre réflexion, nos interrogations …
Alors, le règne de Dieu, le Royaume, le Royaume de Dieu ? Comment le saisir ? S’en approcher ? Le reconnaître ? Le vivre ?
Marc, après nous avoir donné dans son évangile la parabole du semeur, l’explication donnée aux Douze, va continuer en nous relatant la parabole de la lampe qui éclaire, va enchaîner sur «la semence qui pousse d’elle-même » « le grain de blé » « la graine de moutarde ».
« Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui jette la semence en terre »
La semence petite : le grain de blé ! Encore plus petite : la graine de moutarde…. Quel mystère déjà en cette vie : semés tous deux en terre, arrosés d’eau, chauffés par le soleil, puis ensuite gorgés de celui-ci. De ce grain : la transformation, la tige, l’épi plein de grains … De la graine si minuscule de moutarde : la transformation, une tige, puis un arbre avec des branches….si grandes que les oiseaux peuvent faire leur nid à son ombre. Nous disons « merveilles de la nature », merveilles qui doivent aussi nous interpeller, d’un germe de vie si minuscule se multiplie la vie, mais quelle vie et pour nous faire vivre…. Et nous ne savons comment ?
Déjà, le prophète Ezéchiel nous donnait cette image, préfiguration de ce que peut être le Royaume de Dieu : Une tige toute jeune cueillie à la cime du grand cèdre, plantée par le Seigneur Dieu  sur une montagne élevée, elle portera des rameaux, produira du fruit…. Et les oiseaux y feront leur demeure « à l’ombre » de ses branches. Ez. 17 v. 22-24
Alors, c’est à partir de ces paraboles que Jésus nous enseigne :
Jésus lui-même a sans cesse parlé, annoncé, vécu ce Royaume de Dieu, pour qu’ensuite nous fassions de même. Sans cesse, Il a fait référence à celui-ci : « mon Royaume n’est pas de ce monde » Il n’est pas comme le monde, mais Il doit être dans le monde pour le transformer, lui donner le Sens….
A nous maintenant, de vivre de ce Royaume de Dieu qui nous est donné et de le proclamer. « Comme » Le semeur qui jette la semence…  La Parole de Dieu semée, annoncée, proclamée, témoignée par le vécu de nos vies …. Parole de Dieu donnée en Eglise, à tous et à chacun, c’est le Royaume de Dieu qui nous est offert gratuitement : Une semence qui peut paraître si petite parfois, mais à nous de la faire grandir. Ne l’enfouissons pas, ne la camouflons pas…. ne la mettons pas sous le boisseau… N’ayons pas peur de la mettre en lumière. Préparons sans cesse nos cœurs à la recevoir à notre mesure.
Quand nous prions avec la prière que le Christ nous a enseignée, nous disons : « Notre PERE : Que ton Règne vienne »  Quand nous agissons, faisons-le pour que le Règne de Dieu advienne ! Que nos actes soient tous axés en vue du Royaume de Dieu…. Le Royaume de l’AMOUR !
Nous ne connaissons pas comment le petit germe que nous semons va devenir fruit pour le Royaume, qu’importe ? Peut-être le saurons-nous au temps de la moisson !
La première Béatitude nous dit : « heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux » Oui, Heureux tous ceux qui mettent leur foi dans le Seigneur, tous ceux qui cheminent dans la foi, et non dans la claire vision du Royaume. Oui, Heureux aussi tous ceux qui cheminent selon leur conscience, en recherche de la Vérité, d’une humanité plus éclairée… Heureux ceux qui demain, en voyant des germinations de paix, de fraternité, d’amour, chez leurs frères, ouvriront leur cœur à la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu !
Oui Seigneur !  « Que ton Règne arrive sur la terre comme au ciel ! »

SONY DSCSr. Marie Christina COUSIN

Abus sexuels et pédophilie – Une journée de sensibilisation et de partage organisée par la Corref, le 11 juin 2018

Ce lundi 11 juin, la Conférence des religieux et religieuses de France, a organisé une Journée de sensibilisation et de partage sur le thème « Abus sexuels et pédophilie ». Cette journée s’inscrit dans la dynamique déjà engagée par la Corref depuis plusieurs années sur ces questions. Dans l’assemblée : 120 religieux et religieuses, responsables de leurs instituts, de vie apostolique et monastique.

Ouverture de la journée par Sr Véronique Margron, présidente de la Corref.

« Je me demande comment les enfants survivent au chagrin ».
Christian Bobin, Le Christ aux coquelicots

Voilà ce dont il s’agit pour nous aujourd’hui. Entendre ce chagrin si particulier, insupportable, qui ne s’efface ni ne s’apaise vraiment. Un chagrin du fond de l’âme et du corps et une grande colère.
Il s’agit donc des abus sexuels commis par des membres de l’Église, par des membres de nos instituts religieux, plus d’hommes que de femmes, mais des femmes aussi. Il s’agit aussi d’abus dont des membres de nos Instituts ont été les victimes. Des abus qualifiés bien improprement de pédophilie. Terminologie pernicieuse. Car chacune et chacun de nous ici aime les enfants. Pour aimer en vérité les enfants, comme d’ailleurs pour pouvoir aimer cet enfant que nous sommes toujours, comme l’écrivait avec tant de passion Françoise Dolto, il faut s’écarter de toute confusion. Aussi est-il plus correct de parler de « pédoclastie ». Analogie avec l’iconoclastie qui est le fait de briser, de détruire, les images religieuses. La pédoclastie c’est alors briser l’enfance, la détruire. Prendre la mesure du séisme provoqué, c’est voir combien nous sommes à l’opposé d’une affection, voire d’une amitié (philia) avec les enfants.
Le piège des mots est déjà souvent celui de la pensée.  » Mal nommer un objet c’est ajouter au malheur de ce monde, car le mensonge est justement la grande misère humaine, c’est pourquoi la grande tâche humaine correspondante sera de ne pas servir le mensonge. »
Par-dessus le marché, commis par des prêtres ou religieux, c’est aussi de Dieu dont il s’agit. Un Dieu qui se trouve aussi brisé, lui le Dieu dont les entrailles saignent quand les plus pauvres ou vulnérables, dont les enfants, sont trahis jusqu’au fond de leur âme comme de leur corps.
Voilà alors qui introduit une double mémoire traumatique. Celle dont parle si bien Muriel Salmona, psychiatre qui se bat en faveur des victimes, afin que l’amnésie traumatique – qu’elle a amplement théorisée – soit reconnue par la justice.
Citons-la un instant : « La mémoire traumatique, trouble de la mémoire implicite émotionnelle, est une conséquence psychotraumatique des violences les plus graves se traduisant par des réminiscences intrusives qui envahissent totalement la conscience (flash-back, illusions sensorielles, cauchemars) et qui font revivre à l’identique tout ou partie du traumatisme, avec la même détresse, la même terreur et les mêmes réactions physiologiques, somatiques et psychologiques que celles vécues lors des violences. Anhistorique, non-intégrée, hypersensible, elle est déclenchée par des sensations, des affects, des situations qui rappellent, consciemment ou non, les violences ou des éléments de leur contexte, et ce jusqu’à des dizaines d’années après le traumatisme. Elle s’apparente à une bombe prête à se déclencher à tout moment, transformant la vie en un terrain miné… »

3 points d’attention pour ouvrir cette journée, et qui ont motivé notre volonté de vous proposer ce temps de sensibilisation, d’écoute, d’échanges sur un sujet si grave et lourd.

Nos instituts, à partir des leurs intuitions fondatrices, ont tous des règles de vie, des constitutions dont la finalité est de nous tourner vers l’Évangile par un chemin particulier. Ce simple constat me parait faire écho à ce que le philosophe Paul Ricœur nomme le tournant de l’interdiction, non pas d’abord pour interdire ou pénaliser, mais pour fournir des repères, pour rendre à la conscience ses droits, pour ériger une digue qui rend possible les amours, pour manifester le lien qui doit exister entre la loi morale et le droit et signifier à l’homme qu’il n’a pas le droit d’avoir tout pouvoir sur l’autre. Faut-il nous rappeler ici que la foi chrétienne peut être d’autant plus pervertie que le sentiment de toute-puissance propre aux agresseurs peut s’appuyer sur la célèbre sentence de S. Augustin : « Aime et fais ce que tu veux » , en s’appuyant sur S. Paul pour dénier la loi : nous ne sommes plus soumis à la loi puisque « Le Christ est la fin de la loi » (Rm10,4) …

La vérité
La transparence, dont je ne suis pas une adepte par ailleurs, est pourtant ici indispensable. Pendant des décennies, elle n’a pas été le critère d’action de l’Église qui voulait au contraire cacher ces actes. Renforcé de plus par une culture de nos Instituts vécus comme des familles où le réflexe premier est de protéger les siens et de les croire, parfois envers et contre tout. Nous avons maintenant l’obligation de veiller à tenir un langage de vérité et à renoncer à toute langue de bois comme à ce que les sociologues nomment la « culture de docilité » dans l’Église catholique.
Cette vérité qui nous rendra libre (Jean 8,32) et qui suppose courage et cohérence. Qui nous fera tout mettre en œuvre pour protéger les innocents et les personnes vulnérables, et pour éviter tout ce qui pourrait leur nuire . Une exigence qui doit aller de pair avec le discernement, avec la vertu de prudence afin de se garder de tout amalgame et d’un soupçon généralisé qui peut devenir fou et tuer aussi des personnes dans leur réputation, dans le regard des autres, dans l’estime d’eux-mêmes, parfois jusqu’à alors décider de mourir.
Exercice éthique, exercice de responsabilité, aussi délicat qu’indispensable.

La foi et l’Église

Les adultes abuseurs ont volé Dieu à leurs victimes. Comment croire encore que Dieu est réellement bon ? proche ? un Dieu qui me veut du bien ? Comment croire qu’il est vivant lui qui est apparu absent lors du drame. Comment encore reconnaître l’Église comme fiable ? Approcher sans crainte ni confusion de la table eucharistique ? Comment prier le Père, quand ceux que l’Église désigne pères ont semé le malheur et la destruction par leurs mensonges (c’est pour ton bien, c’est parce que je t’aime davantage) comme l’antique serpent de Genèse 3. Tous ces éléments, si douloureux pour les victimes, leur demandent un très long et incertain voyage de retour vers la vie qui se tient en Dieu. Lent et douloureux travail pour se réapproprier les Écritures, les sacrements, la vie de l’Église… pour ne plus avoir peur. Pour tenter, pas à pas, refaire confiance

La vie est longue à revenir me disait un jour une victime, qui parlait enfin plus de 30 ans après les faits.

Alors avant tout les écouter. Et écouter encore. Laisser pénétrer leurs mots, ouvrir nos oreilles autant que nos intelligences et nos cœurs. Entendre leur peine, leur souffrance indicible, leur colère, leur déception, leurs questions criantes et leurs espérances.
Quelle parole tranchante comme le glaive saura déchirer un obscurantisme moral, un idéalisme aveugle et meurtrier, une fraternité dévoyée ? Quelle parole tranchante dans nos propres communautés pour reconnaître notre implication dans les effets du mal et rompre avec nos réactions encore trop souvent défensives.

En fin de compte, quelle lecture spirituelle pouvons-nous faire de la situation présente ?
Quelles conversions et quels actes indispensables pour tenter de réparer ce qui peut l’être, afin que ces enfances brisées puissent à nouveau croire en la vie, en un Dieu de douceur –espérons-le de tout cœur, et un jour peut-être si nous avons tous œuvré pour la vérité et la justice, à une Eglise enfin plus sûre.

Paris le 11 juin 2018, Véronique Margron op.
Présidente de la CORREF

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FETE DU SAINT SACREMENT

Pellevoisin

L’Eglise célèbre en ce jour la fête du saint sacrement. Cette fête nous fait vivre une alliance d’amour à jamais égalée : alliance nouvelle, éternelle et universelle.

En effet le passage du livre de l’Exode souligne l’alliance qui a été conclue entre Dieu et son peuple Israël. Désormais, Dieu se montre proche de l’homme, plein de sollicitude pour lui sans pour autant occultée la place de celui-ci. Chacun reste ce qu’il est, et c’est ce qui garantit la richesse des échanges entre Dieu et l’homme.

Cependant, l’homme le premier ne reste pas dans la logique de l’alliance car il en a transgressé les lois.Il a fallu toute la tendresse et la miséricorde de Dieu pour que l’alliance ne soit plus seulement traduite dans un texte mais en son propre Fils revêtant la nature humaine. L’homme se trouve alors dans la Nouvelle Alliance, qui sera scellée par le sacrifice d’amour, celui de la Croix. Le texte de la lettre aux Hébreux  montre bien comment le Christ, sur la croix, est le grand prêtre qui désormais accomplit à la fois le rite et l’offrande : Il est lui-même le lien entre Dieu et l’humanité et cela pour toujours.

Enfin, en instituant l’Eucharistie Jésus a dit à ses disciples que son sang est  librement donné pour la multitude c’est-à-dire, pour tous les hommes, jusqu’à la fin du monde. Pour cela, le Christ est particulièrement présent dans le sacrement de son corps et de son sang.

 En célébrant cette fête nous prenons conscience de tout ce dont nous comble l’Eucharistie : tout d’abord le Christ se rend présent au milieu de nous ; ensuite il se donne en vraie nourriture pour  la vraie vie, celle éternelle ; enfin elle nous unit à Lui pour que nous vivions de sa vie.

Que cette fête avive en nous la faim de Dieu présent dans l’Eucharistie par son Fils Jésus. Amen !

Sr. Patricia YAMEOGOSONY DSC

Allez ! De toutes les nations faites des disciples ! (Mt 28, 16-20)

Au début de son ministère, quand Jésus appelle ses premiers disciples, il leur dit : « Suivez-moi… » (Mt 4.19). C’est ça un disciple : quelqu’un qui suit son maître. Ce ne sont pas ceux qui parlent de Jésus qui le connaissent vraiment, mais ceux qui lui obéissent (Mt 7.21)

Mais qu’est-ce pour Matthieu, que la mission ? Des disciples qui font d’autres disciples ; des hommes et des femmes qui, expérimentant que l’enseignement de Jésus transfigure leur propre existence, partagent cette expérience avec les autres.

La mission n’est pas l’expansion d’une idéologie, par contre, elle propose de former une communauté, qui veut enraciner des liens mutuels dans une communauté appartenant  « au nom du Père du Fils et du Saint Esprit » Cette formulation trinitaire c’est unique dans le Nouveau Testament qui parle du baptême « au nom de Jésus » et « dans l’Esprit » La triple dénomination au v. 19 vient sans doute de la liturgie baptismale en vigueur dans l’Église de Matthieu.

Pour faire des disciples, il faut commencer par partager la bonne nouvelle de l’Évangile. Cette bonne nouvelle traduite dans la vie quotidienne à partir de nos prises de paroles, nos décisions, nos regards, notre accueil et sans oublier le respect et l’amour a tout être vivant qui est au tour de nous.

Sr. Diana M. Sierra