Vendredi de la Passion

Des rencontres

La liturgie du vendredi Saint, nous aide à méditer plus particulièrement, sur ce chemin de souffrance physique et morale que Jésus a vécu.

Les mots « souffrance et passion », tournent, nos regards vers les situations de notre monde, où tant de femmes, d’enfants et d’hommes vivent dans leur propre chair les douleurs insupportables commises par les humains eux mêmes. Devant ces réalités, les sentiments de révolte, de vengeance, de haine, de peur… face à l’avenir, peuvent envahir nos cœurs, nos pensées.

Et pourtant, Jésus sur son chemin vers le calvaire, lui, l’innocent, fut confronté à  la souffrance extrême, expérimentant l’abandon, la solitude…Sur ce chemin de détresse,  il a rencontré des personnes qui lui ont exprimé de la tendresse, et de la solidarité.

Aujourd’hui, sans oublier les victimes, trouvons un moment pour faire mémoire de tous ces « Simon de Cyrène »(Luc 23,26), qui dans la discrétion, nous ont aidés ou nous aident à porter nos « croix », faisant un bout de chemin avec nous ou au long de notre vie.

Pensons à toutes les personnes qui, comme cette « femme qui essuie le visage de Jésus » selon la tradition, sont là pour essuyer nos larmes, pour nous soutenir avec bienveillance, nous encourager.

Ou encore, regardons cette figure du « malfaiteur » (Luc 23 ; 40-41), condamné avec Jésus, et qui, dans un moment de lucidité, de vérité, reconnaît l’innocent condamné et s’en remet à lui pour son avenir. Ne sommes-nous pas surpris parfois, par des personnes que nous jugeons mal et qui, un jour de difficulté pour nous,  nous expriment  leur solidarité, leur écoute, leur amitié !

Quel amour dans le cœur de ces femmes, qui retournent pour préparer des aromates pour embaumer le corps », Luc 23, 55-56.

Prions et rendons grâce à Dieu, pour toutes ces personnes qui se font proches de leurs frères dans la souffrance,  humblement et sans attendre de retour

Méditons ces mots d’un chant de Sr. Marie-Pierre Faure :

« L’Eglise ouvre le livre et se souvient :

L’amour nous a aimés jusqu’à la fin.

Que nul ne désespère du pardon,

Jésus nous a saisis dans sa passion.

Seigneur, fais-nous brûler de ton amour !

Seigneur, fais nous bruler de ton amour !

Oui, brûlons d’amour pour Dieu et pour les hommes !

Sr. Amanda Mancipe

Publicités

Nous passons de la Pâque à la Pâque

Enfin après moult revirements, Pharaon cède. Le peuple hébreu célèbre la Pâque. On apprête l’agneau ou le chevreau sans défaut, un mâle de l’année, il sera immolé le soir dont le sang –signe de vie- comme un sceau, marquera les montants et les linteaux des maisons où il sera mangé. La chair sera rôtie, accompagnée de pain sans levain et d’herbes amères. Le peuple sera prêt à partir : ceinture aux reins, sandales aux pieds, bâton à la main car c’est la Pâque du Seigneur. Le Seigneur va se manifester à son peuple et lui indiquer le chemin de la libération de l’esclavage. Cet évènement sera inscrit en vous et chaque année au 14 nisan vous fêterez la Pâque en mémoire de votre libération. Voilà un texte détaillé mais combien important pour ce peuple dont Pharaon a rendu esclave.

Comme tout bon juif, Jésus se prépare dans la lignée de ses ancêtres, à fêter la Pâque. Il réunit ses disciples pour un repas, lieu de convivialité, lieu de partage. Mais en signe d’hospitalité, Jésus va prendre la place du domestique et va laver les pieds de ses disciples. Ceux-ci ne comprennent pas – peut-être que nous aussi à cette époque – et Pierre refuse ce geste de Jésus. Celui-ci insiste : « Si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ». Alors Pierre accepte mais parmi les disciples, l’un va le trahir. La faiblesse de l’homme est présente même parmi ses disciples. Ce geste du serviteur, prendre la place du serviteur de la maison, par ce geste Jésus indique le chemin. Chacun est serviteur de l’autre. Dans le respect, la fraternité, la liberté, le témoignage, ce que Jésus nous a montré nous devons à notre tour le transmettre par notre vie quotidienne. Tâche parfois bien difficile mais n’oublions pas que Jésus pose ce geste alors que son heure arrive, qu’Il va passer de ce monde au Père. Donner sa vie, montrer ce chemin, à contrecourant bien souvent dans ce monde d’aujourd’hui. Nous ne sommes pas seuls, Il est là.

Pour nous aider, nous soutenir, nous nourrir, au cours de ce repas Jésus rompt le pain « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi ». De même pour la coupe « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi ». Par ces actes, ces paroles, Jésus est là présent. Cependant Il nous annonce sa Passion, plusieurs fois annoncée dans l’Ecriture. Mais est-ce possible ?

Jésus se retire au Mont des oliviers accompagné de ses disciples. C’est la nuit. Une nuit étrange, trouble « Père que ta volonté s’accomplisse » …

Soeur Corine    

Ceci est mon corps

Capture d_écran 2018-03-28 à 17.34.17

Suite à la publication de son livre de méditation sur l’eucharistie, Ceci est mon corps, au Cerf, soeur Anne Lécu a été reçue :

  • à RCF pour la halte spirituelle, où chaque jour de la semaine, elle reprend les moments importants de la messe, (et le vendredi, l’émission intégrale de 50 minutes est diffusée)
  • et à KTO, pour l’émission L’esprit des lettres, en même temps que Charlotte Jousseaume (pour un très beau livre : Le miroir brûla) et Julien Leclerq (pour Catholique débutant)
  • Elle sera reçu à RFI le dimanche de Pâques par Geneviève Delrue pour Religions du monde.

 

Soeur Anne Lécu

Semaine sainte pour le monde

Édito RCF mardi 27 mars 18

 On peut l’écouter là

Semaine Sainte pour le monde

Nous entrons dans la Grande semaine. Celle qui est au cœur et au creux de la foi chrétienne. Pourtant, voilà qui ne parle plus beaucoup et même plus du tout à nombre de nos contemporains, sauf à savoir qu’il y aura des œufs en chocolat dans les jardins.

Cependant, c’est bien la semaine sainte.

Celle célébrée par les Chrétiens de par le temps et de par le monde. Semaine qui s’enfonce avec le Christ en sa passion, tente d’épouser au plus près ce chemin escarpé de l’art d’aimer. Cette semaine inouïe où l’Église croit que le Christ serviteur de tous descend jusque dans les enfers de nos vies et de ce monde pour les briser, non d’une lance mais de la force de son amour. Afin que nous puissions croire en tremblant que plus rien n’est clos à jamais, destiné à la nuit à perpétuité. Annonce bouleversante de cette semaine : Là où étaient l’injustice, le mensonge, la trahison et la mort, la vie persévérante et amicale, va encore et encore surgir.

Oui, tout cela semble bien loin de la lourde réalité de notre époque.

Mais non ! Car il est tant d’hommes et de femmes serviteurs de la vie. Alors que notre monde est livré aux puissances du pouvoir et du gain, une foule qu’on ne peut dénombrer vit autrement. Des êtres de chair et de sang qui savent intimement que la vie est unique, fragile, précieuse. Tous ces visages, proches et lointains, tiennent le monde. Pour de vrai.

Ils sont les serviteurs de la vie qui vient de plus loin que nous, refusant tout ce qui bafoue l’humain, le met en danger et lui fait violence. Ils sont des résistants du quotidien comme de l’extraordinaire. Ils n’ont pas de plan mais agissent par un flair d’humanitude – selon le mot d’Edmond Rostand. Tout leur être sait d’instinct, sans tambour ni trompette, ce qui est juste et bon.

C’est ce qu’a fait, jusqu’au bout du témoignage de sa vie le lieutenant-Colonel Arnaud Beltrame. C’est ce que font des multitudes de femmes et d’hommes, qui malgré les bombes, la faim, la peur, malgré tous les risques de la terre, emmènent leurs enfants à l’école jusqu’au bout du monde s’il le faut, et se lèvent, frêles et résolus, contre toutes les barbaries.

Alors oui, cette Grande Semaine du Serviteur qui s’ouvre est pour eux tous. Ils sont nos paratonnerres, afin que du fond des drames et des crimes, la vie submerge la mort.

 

Véronique Margron op.  

Tardive déjà est l’heure

Capture d’écran 2018-03-24 à 23.22.24.png

Crucifixion or, Chagall

Cette fois, l’heure est venue.

Qui peut dire, quand son heure vient ? Ce qu’il faut décider, d’un coup ? Saisir cette heure, la reconnaître, qui le sait vraiment ?

Jésus, lui, s’approche de Jérusalem. Il sait du dedans que cette fois c’est l’heure. Dans l’évangile selon Jean, Marie vient de le parfumer, et les Juifs ont décidé non seulement de le tuer, mais de tuer aussi Lazare, rendu à la bonne odeur des vivants.

Ici, chez Marc, Jésus vient de guérir un aveugle, et tandis que les siens cherchaient à savoir qui est le plus grand, il vient de leur préciser ce que c’est qu’être grand.

« Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Marc 10, 42-45)

 

Le ton est donné. Alors Jésus s’avance.

Tout est en place.

Les disciples vont chercher un petit âne, « car le Seigneur en a besoin »

Des inconnus posent des questions.

Des passants déposent des manteaux sur l’ânon.

Jésus s’assoie.

D’autres jettent des vêtements en avant de l’ânon, sur le chemin,

D’autres encore, jettent des branchages.

Certains le précèdent tandis que d’autres le suivent.

Certains crient et l’acclament tandis que d’autres se taisent.

Certains le suivront, tandis que d’autres, dès demain, le trahiront.

« Il entre à Jérusalem, dans le temple. Il regarde tout à la ronde. Tardive déjà est l’heure. Il sort vers Béthanie, avec les Douzes ».

(Marc 11, 11 dans la traduction de sœur Jeanne d’Arc).

 

Tardive, déjà est l’heure.

Et nous sommes là, pour les uns, devant, pour les autres, derrière. Pour les uns, les palmes à la main, pour les autres, en retrait. Pour qui sait ouvrir les yeux, il y en a aussi qui sont ce petit âne, dont le Seigneur a besoin pour un temps, monture royale et dérisoire, amené à porter le Roi dans le temple, à une heure bien tardive.

Et puis il y en a d’autres, qui n’ont peut-être rien à donner sinon eux-mêmes, qui se jettent sous les pieds du Roi pour être ce manteau qui adoucira les cailloux du sentier. Ceux-là sont nos maîtres, qui font de leur vie une offrande.

Tardive est l’heure.

Demain, Jésus quittera la ville, pour avoir été jugé indigne d’y mourir en prophète. Demain, il sera livré par le pouvoir religieux et le pouvoir politique.

Demain, il se laissera conduire.

Comme un agneau qui n’ouvre pas la bouche.

Car l’heure est venue.

Demain, il prendra le pas des héros et des traitres, le pas des gens ordinaires, pour que tous, sans exception, soient accueillis entre ses bras ouverts. Y compris si l’un des traitres est son voisin de croix.

Demain, il déposera sa vie entre nos mains.

 

L’actualité parfois, nous saute à la gorge.

Oui, il est bien tard et la nuit est bien noire.

Mais, cette année nous entrons dans la grande semaine sainte, précédés par un homme, Arnaud, qui a saisi son heure et nous propulse au cœur du mystère pascal : Qui donne sa vie ne peut plus la perdre. La terreur ne peut rien contre lui.

Dans ce vertige qui nous étreint quand l’évangile est pris au sérieux par quelqu’un, puissions nous étendre notre supplication à ceux qui pleurent un proche, et au delà à l’humanité que nous sommes, qui a tellement, tellement besoin d’être délivrée de la haine.

Tardive, déjà est l’heure.

Pourtant, il n’est jamais trop tard.

Capture d_écran 2018-02-21 à 14.49.27

 

 

 

 

 

 

Anne Lécu o.p.

Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. S’il meurt, il porte beaucoup de fruits » Jn 12,24

Cet évangile est comme un prélude à la semaine sainte. Nous sommes, selon la chronologie de Jean, à quelques jours de la pâque juive, après l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem. C’est maintenant l’heure de Jésus. L’heure du pressoir et du moulin.

Ce qui est dit du grain de blé est qu’il convient qu’il tombe en terre et qu’il meure. Ces expressions sont mises en perspective avec l’ensevelissement du Christ tombé en terre. Et, en revanche, porter beaucoup de fruits signifie la résurrection et cela n’est pas nouveau car cette expression se retrouve fréquemment en saint Jean.

Vous me direz : «Mais non, le grain ne meurt pas puisqu’il germe !»
Justement la semence a une double caractéristique :

  • être enfouie, invisible … non accomplie
  • être déjà secrètement, de façon latente, ce qui sera manifeste, visible pleinement accompli.

C’est pourquoi d’ailleurs cette dualité semence/fruit met en œuvre, d’une certaine façon, la dualité de 2 mondes :

– il y a dans la semence la caractéristique d’être, en tant que semence d’un fruit, ce qu’est le fruit lui-même. C’est la participation au monde qui vient,

– mais, en tant qu’elle n’est que semence, c’est-à-dire non visible et non accomplie, elle est quelque chose qui est de ce monde-ci.

Durant sa vie Jésus n’a cessé de donner de l’amour à profusion.

Par sa mort Il a donné jusqu’à sa vie par amour. Une mort libre, donc totalement consentie, assumée et, comme telle, porteuse de fruit de vie, une vie jaillissante au matin de Pâques.

Mais le grain de blé c’est aussi chacun d’entre nous «  Le disciple n’est pas plus grand que le maître ». Il marche à sa suite. On ne peut être disciple du Christ sans rien donner et sans renoncer à rien, sans aller quelquefois jusqu’au don de soi.

Saint Ignace d’Antioche, disciple de saint Jean, dans une lettre adressée aux Romains n’écrit-il pas :

« Que je devienne donc la pâture des bêtes. C’est par elles qu’il me sera donné d’aller jusqu’à Dieu. Je suis le froment de Dieu. Que je sois donc moulu par les dents des bêtes pour devenir le pain immaculé de Dieu. »

Le don de soi se manifeste aussi dans le quotidien banal et méconnu :

  • vivre en souriant pour ses enfants quand on en perdu un,
  • soigner un parent dépendant
  • garder auprès de soi un conjoint atteint d’une maladie dégénérative
  • compter le peu qu’on a pour aller jusqu’à la fin du mois et trouver le moyen de partager avec des plus démunis,
  • se réjouir de voir le soleil se lever depuis sa chambre d’hôpital,
  • prendre quelques heures les jeunes enfants de la voisine de palier, étrangère et débordée

Tous ces gestes et tant d’autres, ignorés ont redonné vie au frère, remis debout le collègue découragé…

Dans l’évangile apocryphe de Philippe, il y a ce très joli mot :

« Ce monde-ci c’est hiver – les semences sont enfouies – et le monde qui vient c’est l’été. »
L’été c’est donc le moment de la manifestation solaire de ce qui était caché et en réserve.

Sœur Françoise-Chantal Lelimouzin o.p.  

La grâce qui rend capable

 

Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés.

Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus.

C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

Ephésiens 2, 4-10

 

Sauvés. Sortis des enfers, tirés de l’enfermement, de ce qui retient vers la mort et étouffe. Ce salut-là est gratis. Il ne dépend pas de nos œuvres, de notre ascèse, pas même d’ailleurs de notre culte. Non, le salut vient de Dieu en sa générosité, de sa veille à nous vouloir du bien. Voilà ce qui nous est confié : ses entrailles, sa miséricorde, nous offrent l’empreinte de son Esprit.

Comme pour Paul, quand il implorait son Dieu d’être libéré d’une « écharde dans sa chair » (2 Co 12,7-8), de ce qui le blessait et le ramenait à sa fragilité, la grâce nous suffit. Paul ne sera pas libéré de son humaine condition, car ce n’est ni nécessaire ni fidèle au Christ, vrai homme. Il peut vivre mal en point ; nous pouvons vivre blessés et vulnérables. Car sauvés.

Ainsi ne s’agit-il pas de faire des efforts, croyant qu’alors nous obtiendrions quelque chose. C’est d’être sauvé qui rend possible de revenir vers ce qui est juste et bon. Car la grâce nous rend capables. Elle ouvre en nous la capacité à revenir sur les chemins que nous avions perdus de la justice et du droit, de la fidélité et de la miséricorde. Elle nous rend capable de prendre le chemin du Fils, jusqu’au relèvement de la mort, jusqu’à la vie partagée.

Le mal et le péché qui rôdent dans l’histoire depuis que le monde et monde, sont un tragique constat. Et chacun de nous y participe. Mais cet état des choses n’est pas un destin. Car par son amour intense, le Christ vient fendre cette chape de plomb. Le destin du malheur et du mal est vaincu par ce Dieu qui est venu comme aspirer le mal afin que nous puissions alors désirer autre chose que ce qui détruit. Notre Dieu veut que nous nous soyons des vivants et des amants, des chercheurs et des marcheurs. Désormais, au fondement du monde, de chacune de nos vies, veille un désir qui désire pour nous la vie, un désir qui porte notre énergie à nous libérer des liens qui nous enchaînent.

Là se tient, peut-être, l’authentique conversion à laquelle le temps du carême convie : croire que sa grâce gracieuse nous accompagne et nous entoure. Croire que les entrailles de Dieu sont plus fortes que ce qui nous abîme et nous défait. Le croire, c’est-à-dire s’y engager corps et âme. Alors, marcher en sa présence c’est répondre par notre responsabilité envers qui peine dans le difficile voyage de l’existence. Répondre de lui, répondre pour lui. Comme ce qui renforce la veille de notre Dieu en ce monde, ou au contraire ce qui l’amoindrit quand nous nous absentons devant le visage de l’autre homme.

Oui, les « Les publicains et les prostituées vous précéderont dans le Royaume des cieux ». Mt 21, 31. Le salut n’est pas affaire de morale. Publicains et prostituées – la lie de la société, les impurs par excellence — ont juste dit vraiment oui, accueillant la parole de Jean. Et ils sont autour de Jésus dans l’Évangile, comme la prostituée au parfum (Luc 7) ou le publicain Matthieu (Mt 9,9) ou encore Zachée (Lc 19, 1-10), sans parler de l’homme crucifié à ses côtés (Lc 23, 39-43).

La Bonne Nouvelle qui laisse intranquille et joyeux est bien celle-ci : du sein des bourbiers de nos vies, s’ouvrir, tels que nous sommes, à la parole de vérité qui nous habite déjà et la laisser agir.

Véronique Margron op.  

(publié dans La Vie de ce dimanche)

 

Dernières publications :

Fidélité infidélité, question vive, Cerf.

La Parole est tout près de ton cœur, Bayard.